Il a l’œil affûté par des centaines d’observations. Jean-Luc Gasnier a 55 ans, dont 40 d’ornithologie. Ce Nantais, manutentionnaire de métier, passe ses week-ends, ses pauses déjeuner, ses vacances, devant sa longue-vue.
Sa vie d’amoureux des oiseaux a pris un tournant décisif un jour de septembre 2004. « Je marchais en ville, raconte-t-il. Je suis passé par la place Foch. Autour de la statue de Louis XVI, je vois un groupe de pigeons affolés, poursuivi par un oiseau. » Jean-Luc n’a pas de doute : c’est un faucon pèlerin. « Totalement excité », l’homme scrute le quartier dans les jours qui suivent. Histoire de dénicher l’animal. Il découvre que le faucon pèlerin squatte le clocher de l’église Saint-Clément. L’oiseau est une femelle. Il la baptise Clémence.
Il l’observe tous les jours, note ses moindres faits et gestes. Car Clémence est un oiseau rare : le faucon pèlerin a failli disparaître en France, à cause des pesticides. « Dans les années 70, il n’en restait que quelques dizaines, explique François, ami et confrère en ornithologie de Jean-Luc. Aujourd’hui, et c’est bon signe, le pèlerin revient petit à petit ». Il y aurait un peu plus de 1 000 couples en France en 2009, en majorité dans les régions montagneuses. Jean-Luc décide de créer un blog où il publie toutes ses observations.
Le site est vite fréquenté par les passionnés de la région, qui finissent par constituer autour de Jean-Luc un groupe d’observateurs. Aujourd’hui Clémence semble avoir quitté Nantes. Mais l’équipe de Jean-Luc a trouvé mieux : un mâle et une femelle qui ont élu domicile dans le quartier industriel du pont de Cheviré. À l’approche du printemps, ces passionnés n’ont qu’un souhait : que le couple se décide à nicher à Nantes. Un évènement scientifique qui n’a pas été observé, dans la Cité des Ducs, depuis 1921.
Guillaume Lecaplain