À la veille du réveillon, le Premier ministre, François Fillon, a annoncé qu'aucun sans-abri ne dormirait dehors le soir du réveillon. Ce fut le cas à Nantes ?
« Mercredi soir, deux équipes du Samu social ont pu tourner, contre une en temps normal. Tous ceux qui le souhaitaient ont pu être accueillis dans les structures, oui (À Nantes, près de 130 places sont actuellement ouvertes, ndlr). »
Doit-on en déduire que certains ont refusé ?
« Oui, et c'est tous les soirs comme ça à Nantes. On fait des effets d'annonce et on met la pression. On décrète des choses... Mais on ne change pas la vie des gens du jour au lendemain ! Certains ont leurs habitudes. Comme vous avez les vôtres et moi les miennes. Sauf qu'à vous, on ne vous demande pas d'en changer en si peu de temps. »
Qu'est-ce qui motive leur refus ?
« Certains sans-abri sont sur des territoires précis. Ils y sont ancrés. Terrés. Insérés socialement. Parfois, le boucher du quartier vient leur apporter un morceau de viande et une femme leur ramène quelque chose en allant acheter ses cigarettes... Ils sont connus des habitants. Ils discutent avec eux. Pour eux, aller en foyer, c'est quitter tout cela et abandonner, fût-ce pour une nuit, leur paquetage... Ils craignent de ne plus les retrouver en rentrant. »
Et la non-assistance à personne en danger, qui préoccupe le gouvernement ?
« Les gens ne sont pas des objets ! Qu'on les laisse tranquilles ! Nous sommes dans un pays de droit. Il faut composer. La société et le Samu social ont un devoir de non-abandon, c'est vrai. Et il faut faire du dosage. Mais la contrainte, non ! On peut inviter les Français à composer le 115 pour se donner bonne conscience et se laver de toute responsabilité, mais il faut avant tout respecter les sans-abri ».
Que faudrait-il faire pour aider ces sans-abri qui veulent rester à la rue ?
« Il faudrait des duvets haute résistance. Certains réussissent à dormir sur l'Everest par - 40° grâce à des duvets. Voilà ce qu'il faudrait. Chaque année, nous récupérons des couvertures grâce à une association caritative et 150 duvets neufs nous sont livrés. Parmi eux, 40 environ sont de haute qualité. Mais quand il fait aussi froid que ces jours-ci, cela ne suffit pas... Plutôt que de faire du saupoudrage, si on veut sauver des vies, on ferait mieux de nous donner les moyens d'acheter ces équipements. »
Propos recueillis
par Anne-Hélène Dorison
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