
Le phénomène, naturel, résulte « d'une mutation génétique spontanée ». Les raisons exactes ? Elles restent floues. Viticulteur au Loroux-Bottereau, Marcel Jussiaume s'en amuse en parlant des « effets d'une belle vendangeuse ». Alain Poulard, technicien de l'Institut français de la vigne et du vin (IFV), développe une hypothèse moins poétique : « Le melon de Bourgogne (Ndlr : cépage du muscadet) est issu du croisement entre le gouais, un cépage blanc peu connu, et le pinot noir. Avec cette mutation, il retrouve en quelque sorte une de ses origines. »
Pas avant 2015
Toujours est-il que la mutation est stable. Pour preuve, les greffes et plantations opérées par Jean-Luc Viaud et son père. Toutes donnent aujourd'hui encore des baies roses.
Un cépage nouveau est né. Ses découvreurs l'ont baptisé melon rouge ou melon de Bretagne. Ils souhaitent obtenir sa reconnaissance officielle. « Cinq années d'expérimentation dont trois de vinification à l'IFV sont nécessaires, confesse Marcel Jussiaume, animateur d'un groupe de 12 professionnels attachés au projet. Le chemin est long et dépendra de la volonté de la profession. »
La prochaine étape est fixée au printemps 2010. « Nous planterons deux parcelles tests : une au Landreau, chez Jean-Luc Viaud ; l'autre à Corcoué-sur-Logne, chez Jean-Luc et Didier Malidain. » À terme, le G12 comme il se nomme, enclenchera une demande d'appellation. « C'est une espèce originale et protégée, il ne faut pas qu'on puisse l'implanter partout. »
Assemblé au berligou
En attendant, les vignerons poursuivent leur micro-vinification. Ils ont vendangé leur melon rouge dès jeudi. Une partie de cette récolte sera consacrée à l'élaboration de « Bulle rose », un vin mousseux de leur invention né d'un assemblage avec le berligou, un vieux cépage sorti de l'oubli et dont une dizaine d'ares vient d'être plantée au Loroux. « C'est une sorte de conservatoire, note Alain Poulard. Il servira à réintroduire le berligou à Couëron, ville où on trouve trace du cépage dès 1460. » La date est déjà prise : en juin 2010, une parcelle de berligou sera plantée en cité couëronnaise.
Rémi Certain
« La mutation ? Peut-être les effets d'une belle vendangeuse... »