Au-delà du handicap
mercredi 11 novembre 2009
- La Baule Presqu'île
« Un drame au bord de la mer » évoque notamment le handicap, la filiation et l'infanticide.
Les membres de l'atelier théâtral du centre Saint-Jean-de-Dieu viennent de boucler un projet ambitieux.
Réaliser un film dont la plupart des acteurs sont handicapés : voilà le projet que viennent de réaliser une dizaine de résidents du centre Saint-Jean-de Dieu du Croisic et Christophe Héridel. Ce dernier intervient depuis 2000 au centre dans le cadre d'atelier théâtral. Après des pièces et des courts-métrages, le metteur en scène a voulu passer à autre chose avec ce groupe de comédiens.
Pendant deux ans, ils y ont travaillé. Choix de l'histoire, adaptation du roman, scénario, tournage, montage, musique... Les membres du collectif Saint-Jean ont tout fait de A à Z. Aujourd'hui, « Un drame au bord de la mer » est prêt à être diffusé. Il l'a déjà été à la MJC de La Baule, mardi 20 octobre. Une prochaine projection est programmée au Pax, le cinéma du Pouliguen mi-décembre. L'objectif : une diffusion comme n'importe quel film amateur. « Ce sont des comédiens à part entière qui font un vrai boulot de comédiens », insiste Christophe Héridel. Des contacts ont déjà été pris à Herbignac, mais aussi en Sarthe et en Maine-et-Loire.
Des membres du collectif participeront à chaque projection pour débattre avec le public. Ce travail de défense du film fait également parti du projet. Une façon de « se confronter à la vraie vie, sans protection », comme le précise Christophe Héridel. Et d'ajouter : « Je commence à prendre de la distance et je prends conscience qu'un énorme travail a été effectué. Certains comédiens ont atteint un niveau de jeu auquel ils n'étaient jamais parvenus auparavant ».
Dominique Quignon, qui joue Paul Savigné, un auteur de roman policier parisien qui débarque au Croisic, avoue avoir été un peu stressé avant la première projection.Qu'ils aient un petit rôle, qu'ils aient été devant ou derrière la caméra, l'aventure leur a beaucoup apporté.
« Quand on est comédien, on entre dans une autre vie. On était dans l'institution sans y être. Les identités ont été mises à plat », précise Christophe Héridel. Les deux sessions de tournage - en juillet 2008 et en février dernier - ont été les moments les plus intenses. Sur de longues périodes, il fallait aux comédiens être présents physiquement, concentrés et dynamiques. Michel Jonasse, qui interprète Anatole, pense que désormais, il aura « moins peur de la caméra ».
Ce travail a demandé à tous beaucoup d'efforts. Et si l'expérience leur a plu, ils ne sont pas prêts à refaire un long-métrage tout de suite. Comme le précise Christian Lespagnon, résident, comédien et musicien : « Maintenant, on va le déguster ».
Caroline Justeau