Merhaba ! C'est par un joyeux bonjour que, tous les mercredis, Ahmet Yildiz accueille les élèves dans la salle de classe.
« On parle turc pendant une heure et demie, explique le professeur de 34 ans.
Parfois, quand les élèves ne comprennent pas, ils m'interrogent en français mais c'est rare ». Instituteur en Turquie, Ahmet Yildiz est en France pour cinq ans, détaché du ministère de l'Éducation nationale turc. Une opportunité qu'il a saisie sans hésiter.
Un retour aux sources
« J'avais très envie de retrouver le pays qui m'a vu naître (NDLR : à l'âge de 9 ans, il est reparti en Turquie avec ses parents) mais je voulais continuer à améliorer mon français ». Examens (écrit et oral) passés avec succès, Ahmet Yildiz peut enseigner en France. Après un an dans les Ardennes, il arrive à Nantes. « Je connaissais du monde ici et je n'ai pas eu de difficultés à m'adapter ». À l'origine de ces cours à l'école du Chêne-Creux, à Rezé : les parents d'élèves et l'implication du directeur, Jean-Paul Rimbaud.
Grammaire et conversation
Dans la classe, la quinzaine de collégiens (scolarisés à Petite-Lande, Pont-Rousseau à Rezé ou Neustrie à Bouguenais), écoutent attentivement. « Vous allez lire ces photocopies et ensuite on en discutera ensemble ». Au programme : les jours, mois, saisons... « Les cours sont basés sur du concret, lecture, écriture mais nous étudions aussi la grammaire et la conversation est importante explique Ahmet Yildiz. Les enfants connaissent un peu le turc par leurs parents mais la langue n'est pas maîtrisée. Tout est lié, s'ils s'expriment bien en français, ils parleront bien le turc ». Sibel, 14 ans, acquiesce. « Cela fait huit ans que je prends des cours. J'ai commencé quand j'étais au CP. Ça me plaît beaucoup ».
En vacances en Turquie
Sibel attend l'été avec impatience. « Tous les ans, je pars avec mes parents en Turquie et je peux parler avec les gens. Dans les villages, ça ne pose pas de problème mais dans les grandes villes, c'est parfois plus compliqué. Alors, pour moi, les cours ici sont importants. Mais j'aimerais faire plus d'écrit aussi ».
En septembre prochain, Ahmet Yildiz entamera sa dernière année en France. Il repartira en Turquie avec sa femme et ses deux enfants, Zeynep, 10 ans et Oguzkaan, 18 mois. Il n'oubliera pas son passage en France. « Je garderai des contacts ici, cela fait partie de mon histoire ».
Françoise Refloc'h
Repères
7
Ahmet Yildiz intervient dans sept écoles, à Nantes et dans
l'agglomération nantaise :
Saint-Herblain, Carquefou, Rezé...
3
En Loire-Atlantique, ils sont
trois professeurs turcs à
enseigner à des enfants français
d'origine turque. L'un d'entre eux est basé à Châteaubriant.
500 000
C'est le nombre de Turcs
(immigrés et descendants
d'immigrés) vivant en France.
C'est, après l'Allemagne
(3,5 millions), le deuxième pays
européen où la communauté
turque est la plus importante.
« Les cours sont basés sur du concret, lecture, écriture... »
L
ors d'un colloque médical, je discutais avec un confrère, le Dr Frédéric Tangy de l'Institut Pasteur à Paris, qui travaillait sur la rougeole. Au fil de nos discussions je lui ai dit que dans le cadre de mes recherches sur le cancer de la plèvre j'avais remarqué une quantité inhabituelle de protéine CD46 à la surface des cellules cancéreuses. Or il m'apprit que le virus atténué de la rougeole, utilisé dans le vaccin, avait besoin de récepteur CD46 pour infecter les cellules humaines. C'était il y a dix ans », raconte le Dr Marc Grégoire du Centre de recherche en cancérologie Nantes-Angers (CRC). Partant de là, les deux équipes ont appliqué leur découverte aux recherches contre le cancer de la plèvre, aussi appelé cancer de l'amiante, identifié chez de nombreux ouvriers des chantiers navals. «
Le cancer de la plèvre, ou mésothéliome pleural malin, met entre 35 et 40 ans à se déclarer, c'est pourquoi il faut se faire dépister. Il faut aussi savoir qu'un tiers des cancers pourraient être évités avec le dépistage », insiste Marc Grégoire.
Relancer le système immunitaire
Une fois le cancer déclaré, le système immunitaire est submergé et le cancer prolifère librement. La technique mise au point consiste à injecter le virus atténué de la rougeole au sein des cellules cancéreuses. « Le virus va s'attaquer aux cellules cancéreuses et les affaiblit, ce qui permet aux cellules dites sentinelles de se réactiver. Avec elles, les cellules tueuses reprennent leurs rôles et détruisent les tissus cancéreux ». À la lumière de ces résultats encourageants, l'Arc et son président, Jacques Raynaud ont remis un chèque de 50 000 € à l'Institut. Les donateurs de l'association ont eu droit à un exposé succinct mais très clair de la teneur des recherches ainsi qu'une visite des laboratoires par le Dr Marc Grégoire et son équipe dans leurs nouveaux locaux inaugurés en mai dernier. Une façon de « mettre du concret sur l'utilité de nos dons » confiait une contributrice.
Grégory Evenas
« Le virus va s'attaquer aux cellules cancéreuses et les affaiblit
»