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jeudi 31 janvier 2008

Entre ici Franz Schubert, au panthéon des rockers

Cheveux gris, bruns et blonds : toutes générations confondues ont pris rendez-vous hier soir à la Cité des congrès. Au menu, six formations nantaises, des Vilains Voisins (rock) aux slammers de Rapacité pour saluer le lancement de la 14e édition la Folle Journée, festival de musique classique dédié cette année au fabuleux et mélancolique Franz Schubert.

Imaginez-vous à Vienne dans une taverne pittoresque, poutres, tables en chêne, houblon. Entre amis, assis autour d'une bonne table, les discussions et les rires se mélangent. On boit, on mange, on est heureux d'être ensemble un moment. Et puis, l'assemblée se met à chanter spontanément. Du Schubert bien sûr, Franz Schubert car son répertoire, « le plus populaire de tous » touche tout le monde. C'est ce message qu'entend faire passer René Martin, big boss de cet événement, au fil de cette Folle Journée qui vient de démarrer.

Schubert électrifié et slammé

Hier soir à la Cité des congrès, des rockers et des rappeurs ont transcrit à leur sauce le compositeur et ça l'a fait grave, comme dit ma grand-mère. Faut dire qu'ils avaient bossé les Nantais, avec leurs instruments électriques à eux et leur tchatche mélodique, oeuvré autour de Schubert avec la foi des découvreurs. On pense à une autre équipée de jeunes qui s'était frottée aux textes de Léo Ferré version rap. Une histoire similaire en somme qui prouve que du passé, jamais il ne faut faire table rase. Nantes à nouveau capitale des mélanges, des passerelles tendues par ce René Martin, extraordinaire chef d'orchestre de cette partition humaine.

Plus contemporain, tu meurs !

« Vous n'avez pas vécu bien longtemps mais vous nous avez laissé tant/Nous avons découvert ce qu'était un lieder/C'est là que nous sommes tombés sur la 8e en si mineur ». Les Vilains Voisins chantaient ce texte sur un tempo rock, enlacé de grosses guitares saturées. Trop fort. « Misérable et sans argent/La maladie l'a emporté [...] » On retiendra la classe des slammers de Rapacité, évoluant sur des paroles de Wilhelm Muller, musique de Schubert, ou le son à la Cake de Moddy Nation détonant sur ce « trio avec piano n°2 en mi-bémol majeur ». Plus contemporain que Schubert, tu meurs !

Le reste de cette première ? Que du bonheur, de l'orchestre de chambre du Wurtemberg à Barbara Hendricks. Chez Schubert, la mélancolie déploie souvent ses ailes d'une gravité de plomb, mais « rien n'est morbide » chez cet « homme qui aimait les gens », dit René Martin.

« Sa musique ne s'adresse qu'à vous »

Sa musique « prend une dimension nostalgique sur le passé. Si on est amoureux, ce même morceau peut s'écouter. On a l'impression que sa musique ne s'adresse qu'à vous, il est votre confident ». Et les gens aiment ce maître, mort à 31 ans en 1828, à en croire les premiers spectateurs de la 14e édition qui a d'ores et déjà transformé la Cité des congrès de Nantes en ruche. Retardataires, sachez enfin qu'il reste des places, pas moins de huit mille. À bon entendeur !

Stéphane Pajot

 

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