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Pour beaucoup, la Duchesse, ancien marais salant à Mesquer, était bel et bien « fichue », mais surtout pas pour Pascal. Photo Lucie Beaupérin
Pour beaucoup la Duchesse, ancien marais salant du village de Fontaine-Braz, à Mesquer, était bel et bien « fichu ». Avec 15 ou 20 cm d'envasement par endroits, impossible d'y distinguer le fond d'oeillets qu'on savait pourtant exploités jadis. Jusqu'à ce que Pascal Braud, jeune paludier en quête d'indépendance arrive, il y a six ans.
Dédé, agriculteur à la retraite, né à côté de la Duchesse, se souvient : « Quand on l'a vu arriver, il recherchait des marais. Nous on a bien voulu. On lui a indiqué celui-là, mais il y avait du boulot... C'était recouvert d'eau, au moins 50 cm. Mes gamins faisaient du bateau dedans quand ils étaient petits ! Aussi loin que je me souvienne, ça fait bien 60 ans que je n'avais pas vu quelqu'un travailler dedans. » Pascal, en pleine besogne sur la Duchesse chaque après-midi, le reconnaît, « c'était un grand lac ».
Plus d'oeillets disponibles
Pas de quoi effrayer ce bosseur acharné installé à Saint-Molf. Son souhait, depuis quatre ans qu'il remettait des marais en état pour d'autres propriétaires, était d'être enfin chez lui. « Aujourd'hui, il n'y a plus d'oeillets disponibles sur le bassin du Mès. À un moment donné, quand on débute sans beaucoup d'argent et qu'on a cette envie, on n'a pas forcément le choix. »
La solution ? Retrousser ses manches, ne plus compter ses heures et prendre patience. Car Pascal prévient : « ils m'ont coûté 75 € l'oeillet à l'époque. Mais attention, ça fait trois ans que je suis dessus pour des clopinettes ! Heureusement que ma femme travaillait à côté ». Difficile de se souvenir par quelle étape il a entamé son chantier. Ah si ! « J'ai d'abord délimité un grand rectangle pour tracer un plan de saline, puis j'ai vidé l'eau par le cuit pour commencer à ourdir (mettre de la vase sur les côtés des ponts de marais) ».
Caler un niveau
La première année a été consacrée à vider cet excédent incroyable de vase, accumulé avec le temps, pour reconstituer de nouveaux ponts. La seconde année, il a fallu encore « benner » cette vase depuis le fond sur les bords, un travail interminable. « La difficulté, c'est de se caler sur un niveau pour que l'eau circule à nouveau. Ce n'est pas simple quand on n'a plus du tout de repères ». En cette veille de saison 2009, la tâche est encore ample mais Pascal entrevoit le bout du tunnel. « Là, je pourrais dire que j'ai mangé mon pain noir ».
Sur son marais se dessine aujourd'hui dix beaux oeillets où l'on distingue le sel tant attendu en phase de cristallisation ! À l'époque de Dédé, la Duchesse comptait 40 oeillets, Pascal s'est fixé, à terme, d'en faire revivre une trentaine. Issu de la ténacité d'un homme, un petit miracle s'est produit...
Lucie Beaupérin
Repères
5 000
Nombre estimatif d'oeillets qui resteraient non exploités à ce jour sur les bassins du Mès et de Guérande, soit 30 % de leur capacité.
Prix de l'oeillet
Aujourd'hui, l'oeillet exploité se vendrait entre 300 et 350 €; en friche, entre 100 et 150 € à Guérande et moins encore sur le Mès car tout dépend aussi de l'état des prises d'eau.
vendredi 18 mai 2012
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