- Nantes
Julien Gracq et Nora Mitran, août 1958, à Saint-Cyr-Lapopie. Deux exemplaires de ce cliché seront en vente aujourd'hui.
DR
> Réagissez à cet article
À partir de 14heures, à l'hôtel des ventes de la rue Miséricorde, le marteau du commissaire priseur Henri Veyrac adjugera, ce mercredi, la correspondance et le mobilier de Julien Gracq à des collectivités et des particuliers. On attend du monde, dont des représentants de la bibliothèque de Nantes et du ministère de la Culture.
« Je l'imagine arrivant ici, sourit le volubile Henri Veyrac, jetant un oeil sur ces propres objets, ces livres, et faisant un petit sourire dont il a le secret, que l'on retrouve parfois sur l'une de ces photos. Je le vois bien dire, en haussant les épaules : tout ça n'a aucune importance ».
Ce sont ses héritiers, des cousins du côté des parents de Gracq, qui ont décidé de vendre ce qui restait. Les manuscrits de ses livres ont été offerts à la Bibliothèque nationale de France (BNF). Un peu à l'image de la vente André Breton, qui avait suscité un vent de colère, celle de Gracq a fait réagir quelques intellectuels.
«Toute une vie à l'encan»
Sur son blog, au chapitre Toute une vie à l'encan, le journaliste Pierre Assouline parle de la « tristesse » ressentie à la lecture du catalogue de cette vente. Il met en cause les photos sépia. « Celles de l'album de famille. De la classe de 1re au lycée Clemenceau à Nantes. D'un voyage en amoureux à Venise ou ailleurs avec Nora Mitrani. D'un dîner de copains chez Françis Ponge. On a l'impression de violer l'intimité de cet intraitable discret ».
Et d'égrener le mobilier; « le fauteuil club en cuir marron (200/300 €) », le « bureau en bois (1 000/1 500 €), le téléphone en bakélite noire, sa bibliothèque, ses lampes, ses valises... Un lot m'a bouleversé, allez savoir pourquoi : son poste TSF gramophone «La voix de son maître» (50/80 €) ».
Des photos déjà publiées
L'auteur François Bon (qui vient de publier un livre sur Led Zeppelin) le rejoint sur son propre blog, écrit « qu'ils auraient mieux fait d'appeler un vide-greniers, un matin tôt, et hop au revoir, mais sans rien du nom Poirier. La photo ci-dessus ? Brûlez-la, il n'y a plus rien ». Mais les deux blogueurs ne sont pas suivis par leurs lecteurs qui, en majorité, estiment que l'écrivain de Saint-Florent-le-Vieil, savait bien ce qu'il faisait.
Hors série 303
D'ailleurs, il aurait pu empêcher cette vente par un simple alinéa dans son testament, disent-ils en substance.
Plus précis, l'un d'eux rappelle que les photos chez Francis Ponge ou avec Nora Mitrani ont été reproduites dans le numéro de 303 consacré à Gracq (en 2006) avec sa complicité.
Alors? Du haut de son nuage, l'auteur du Rivage des Syrtes, qui s'éclatait au boomerang (lire ici), doit effectivement esquisser un de ces légers sourires dont il avait le secret. Pour l'heure, il y a un vrai buzz autour de la vente Gracq.
Stéphane Pajot
vendredi 03 février 2012
- Nantes
jeudi 02 février 2012
- Nantes
jeudi 02 février 2012
- Nantes
jeudi 02 février 2012
- Nantes