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Allemand, français ? Gernot Rohr dit être « un peu des deux. » Photo Ouest-Médias.
Gernot Rohr : « Ah... C'est une longue histoire, une tradition familiale. Tout petit déjà, je jouais au foot avec mes frères et soeurs. Mon père a été joueur professionnel, puis entraîneur. Gamin, je l'accompagnais sur le banc de touche. Et mon grand-oncle, Oskar Rohr, a été international allemand. »
Avec une histoire très particulière...
« Oui. Il fut le premier joueur allemand à évoluer en France, au Racing, mais ses choix politiques (Il s'est engagé dans la Légion étrangère en 1939 pour batailler contre les nazis, NDLR) lui ont valu beaucoup de problèmes. Il a été poursuivi pour trahison, a été capturé puis envoyé sur le front russe, où il l'a échappé belle. Bien que blessé de guerre, il a néanmoins pu reprendre une courte carrière. »
Et vous, quand avez-vous décidé de consacrer votre vie au football » ?
« C'est venu tout naturellement. On grandit là-dedans. C'est comme les enfants du cirque je suppose (rires)... Dès 15 ans, j'ai intégré la sélection de RFA cadets, puis celle des juniors. C'est là, à 19 ans, que le grand Bayern Munich m'a repéré (en 1972). Puis j'ai été gravement blessé (les ligaments croisés). Je n'ai donc pas pu m'imposer et je suis parti pour un petit périple (Mannheim, Offenbach), avant d'atterrir en France. »
Attardons-nous un instant sur le Bayern. Quand vous arrivez là-bas, c'est quasiment « l'équipe du siècle » avec Beckenbauer, Muller, Maier, Hoeness...
« C'était immense évidemment ! Tous mes coéquipiers, ou presque, allaient devenir champions du monde en 1974 ! J'ai vu ce qu'était le top du football. Au niveau tactique, mental, innovation, gestion des entraînements. Cette formation avait 30 ans d'avance ! »
Mais vos plus beaux souvenirs, on l'imagine, sont à Bordeaux (1977-1989) ?
« Oui, il y a eu trois titres de champion (1984, 1985, 1987), deux coupes de France (1986, 1987), aux côtés d'Aimé Jacquet, l'homme qui m'a donné l'envie de devenir entraîneur. Et puis, ce fut un certain hommage à mon grand-oncle qui, comme moi, était le dernier d'une fratrie de six, qui avait ouvert la voie de la France. »
N'avez-vous pas le regret, malgré tout d'avoir été naturalisé - suivant le souhait des Girondins -, vous privant à jamais de la sélection ?
« Si, bien sûr... Michel Hidalgo (le sélectionneur de 1976 à 1984) a bien tenté de me sélectionner en équipe de France. Mais, légalement, ce n'était plus possible. »
L'image que vous retenez de votre carrière ?
« Sans conteste le premier titre de champion à Rennes, en 1984... Cela faisait 36 ans (34 en fait, NDLR) que Bordeaux attendait ça ! Jacques Chaban-Delmas (le maire de la ville et ancien premier ministre) était sur le banc. Et puis le match de la Juve (demi-finale retour de la C1 en 1985), on mène 2-0 (aller : 0-3), on manque de renverser la situation avec Platini en face, qu'on m'avait demandé de surveiller (sourire)... »
Comment s'effectue, ensuite, la transition entre le joueur et l'entraîneur ?
« J'y ai rapidement songé. Durant mes dernières années professionnelles, j'ai passé mes vacances à Vichy pour passer les différents diplômes. Pendant que mes coéquipiers bossaient, je me levais à 5 h 30 ! Mais j'ai été directement propulsé directeur du centre de formation. »
Puis viennent les premières piges...
« Ca commence en 1990-1991 où je remplace Raymond Goethals. Puis j'ai repris l'équipe quand tout est allé très mal avec la relégation (1991-1992). Personne ne voulait rester ! On a reconstruit avec des joueurs déterminés. »
Et enfin l'épopée de 1996, avec les Zidane, Dugarry, Lizarazu...
« C'est inoubliable ! Une équipe magnifique. Elle venait d'Intertoto et est allée jusqu'en finale de la Coupe de l'UEFA ! Je l'ai prise dans le trou, en hiver, et elle a réussi à devenir brillante. Comment oublier ce match contre le Milan AC (3-0, quart de finale retour) ? »
Passée l'époque girondine, vous bourlinguez un peu...
« Il y a d'abord eu Francfort, mon passage avec Afflelou à Créteil et Nice pendant quatre ans. Une période difficile, mais magnifique. Le club était presque mort puis il est reparti ! »
On vous retrouve par la suite à Salzbourg.
« Exactement. À la demande de Beckenbauer - avec qui je suis toujours resté en contact -, qui était le conseiller sportif du propriétaire, Red Bull, je suis parti les aider à monter une académie de football. Juste avant d'aller à Berne (aux Young Boys). Puis est venu Ajaccio. »
Une expérience douloureuse...
« M. Moretti me voulait absolument. Nous étions en train de monter quelque chose de bien... (silence) Et puis il est mort (le président de l'ACA, atteint d'une grave maladie, s'est donné la mort en 2008). Ce fut une perte terrible pour toute la Corse. Un Monsieur intelligent, qui avait réussi à faire monter le club de la DRS en Ligue 1, avec peu de moyens. S'il était encore parmi nous, je serai peut-être encore à Ajaccio. Son décès m'a conduit à l'Étoile du Sahel (Maroc), où j'ai pu avoir une ouverture sur l'Afrique. »
Comment vous définiriez-vous comme entraîneur ?
« On me colle l'étiquette de la rigueur germanique. Justifiée ou pas, je ne sais pas. Je suis très exigeant, c'est vrai, sur la discipline. Mais tous les entraîneurs suivent cette voie. Après, je suis aussi conscient qu'il faut de la joie de vivre. Mesurer ce privilège d'exercer ce métier. Je cherche le dialogue, en réalité. Faire ce que j'aurais voulu recevoir lorsque j'étais joueur. »
Et l'homme dans tout ça ? Qu'est-ce que M. Rohr aime, en dehors du foot ?
« J'aime l'hôtellerie. J'ai un hôtel au Cap-Ferret et l'autre à La Réunion. Que je gère de loin, attention ! J'adore la mer, également. C'est ce qui m'a fait rester dans la région bordelaise. Il y a la gastronomie, les huîtres... Mais il faut faire attention. »
Recueilli par Etienne Kiss
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