C’est encore une histoire que seule la ville de Nantes peut inventer. Le buste du Nantais Jacques Vaché (1895-1919), icône du surréalisme international et auteur des « Lettres de guerre », vient d’être retrouvé à Nantes, chez un particulier. André Breton, son ami et surtout le créateur du mouvement surréaliste, l’a cherché durant des années. Recherches restées vaines jusqu’à aujourd’hui
.« J’étais fou, franchement, j’étais fou quand je l'ai vu la première fois », raconte Patrice Allain, maître de conférence à Nantes (1), alerté par un particulier nantais qui le possède et qui désire rester anonyme. Ce buste provient des cousins du soldat Vaché, la famille Guibal. Il est ensuite passé de brocanteur en brocanteur.
« J’ai reconnu son visage tout de suite », poursuit Patrice Allain, commissaire d’une exposition sur Nantes et le surréalisme, qui démarre ce 23 octobre.
« Avec ses yeux en amandes, ses petites oreilles. Son col « dandy » est déjà là. Il a été sculpté en 1916 par un dénommé Herbault. La date est inscrite dessus. Je n’ai pas encore retouvé la trace de cet artiste. André Breton connaissait son existence car Vaché l’avait avec lui à l’hôpital de la rue du Boccage ». Des années plus tard, Breton écrira à Marie-Louise Vaché, la sœur, pour lui demander ce qu’est devenu ce buste. Elle ne le savait pas.
Comme par enchantementUn peu d'histoire. Les deux jeunes hommes s’étaient connus à l’hôpital de la rue du Boccage : André Breton était infirmier et Jacques Vaché, alité car blessé au mollet par un obus dans les tranchées. Ils feront les quatre cents coups à Nantes, notamment quai de la Fosse, avant que l’opium ne tue Jacques Vaché d’une overdose le 6 janvier 1919, hôtel de France, place Graslin. En hommage à son camarade, Breton éditera le courrier que celui-ci lui envoyait du front sous le nom de « Lettres de Guerre » aux éditions du Sans Pareil. Il lance le mouvement surréaliste en 1924. Tout au long de sa vie (il est mort en 1966), André Breton parlera de Vaché comme étant le déclencheur de l'un des plus grands mouvements artistiques du vingtième siècle. Aujourd’hui, ce petit buste en plâtre peint, usé sur le nez, fait sa réapparition comme par enchantement. Un signe du « hasard objectif » aurait dit Breton. En tout cas, une nouvelle pièce majeure à glisser sur l’édifice du surréalisme.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com(1) Le buste de Jacques Vaché est visible à partir du 23 octobre et jusqu’au 27 février 2010 à la médiathèque de Nantes, 24, quai de la Fosse. Exposition « En route mauvaise troupe, Nantes et le surréalisme ».