Le juste prix de la paix
mardi 22 décembre 2009
- Nantes
Outre les stadiers chargés de veiller sur les supporters dans l'enceinte, les clubs de foot indemnisent l'État pour l'emploi des forces de l'ordre réquisitionnées lors de chaque match. DR.
Le FC Nantes débourse près de 60 000 €/an pour assurer la sécurité des matches à la Beaujoire.
C'est Brice Hortefeux qui a soulevé le lièvre à la fin du mois de novembre. Période de disette budgétaire oblige, le ministre de l'Intérieur a relancé le débat portant sur le prix de la sécurité des matches de football, énonçant son souhait de voir désormais les clubs « supporter le coût réel des forces de l'ordre mobilisées » lors de chaque rencontre.
Si l'idée était retenue, les factures adressées aux clubs flamberaient inévitablement. Selon nos informations, le FC Nantes a déboursé près de 60 000 € lors de la saison 2008-2009. « Cela peut paraître une somme conséquente mais c'est une paille par rapport au prix réel que cela coûte à la collectivité », relève un haut fonctionnaire de police nantais. À combien s'élèverait la note sans ristourne ? « Largement dix fois plus, souffle un policier nantais, spécialiste de la question. Actuellement, les services facturés sont fixés sur la base de rémunération d'un fonctionnaire de police à hauteur de 14,72 €/h et ce, quel que soit le grade du policier. Il n'y a aucun distinguo entre un gardien de la paix et un commissaire confirmé. Ces tarifs sont dérisoires. Surtout si l'on se réfère à un récent rapport commandé par le ministère de l'Intérieur qui établit que l'emploi d'un gardien de la paix représente un coût de 36 €/h. »
Le contribuable à la rescousse
Autres rabais systématiquement pratiqués pour l'heure : « Seuls les effectifs mobilisés dans l'enceinte du stade ou aux abords immédiats de la Beaujoire sont facturés, rapporte un policier. Ceux qui sont dévolus à la gestion de la circulation au niveau des accès du périphérique ne sont même pas comptabilisés ! »
Un autre grogne : « Franchement, ce serait normal de relever les tarifs car la situation actuelle n'est pas normale. Au bout du compte, c'est le contribuable qui paye. Et il est évident que l'on aurait bien d'autres missions à mener les soirs de match, on pourrait se recentrer sur notre coeur de métier et bosser sur la voie publique. »
Côté gendarmes comme côté policiers, personne ne se fait néanmoins d'illusions. Le débat risque de se solder par un statu quo, à quelques euros près. Difficile d'imaginer une réduction des forces de l'ordre lorsqu'on se souvient des affrontements qui ont éclaté entre supporters de l'OM et du PSG le 25 octobre dernier. « En moyenne, onze forces mobiles sont réquisitionnées par journée de championnat, souligne un policier. Lorsqu'un match s'avère à haut risque, on peut facilement mobiliser jusqu'à 17 unités. Si on n'était plus présent pour cause de budget restreint des clubs, on se ferait traiter de tous les noms en cas de dérapage de supporters... »
Roselyne Bachelot, ministre des Sports, a tout de même promis de saisir rapidement le président de la Ligue de football pour mettre au point les modalités de tarification mieux adaptées. Si on nous pousse à bout, a déjà répliqué Jean-Pierre Louvel, président de l'Union des clubs professionnels de football (UCPF), certains clubs pourraient être tentés de faire grève. La partie de poker menteur ne fait que commencer. Hier, aucun membre du FC Nantes n'a souhaité faire de commentaires.
Yan Gauchard
Pactole de 30 M€
Services d'ordre veillant sur les rencontres de football ou sur des courses, escortes de convois exceptionnels : les dispositifs de sécurité mis en place par les policiers ou les gendarmes sont généralement facturés. Cette pratique dite des « services d'ordre indemnisés » représente un pactole de 30 millions d'euros chaque année.
Ardoises salées
Le club de Lyon se serait acquitté l'an passé de 435 000 € pour assurer la sécurité de 19 rencontres à domicile en championnat de France. L'OM aurait dépensé 392 000 €.