Au bout du village, la petite route se transforme en sentier pédestre. La voiture n'ira pas plus loin. À gauche, la Sèvre nantaise coule à perdre haleine. À droite, Gabriel Neau reprend son souffle. La mémoire de Gervaux négocie les dernières marches d'un long escalier accroché aux rochers. Tout là-haut, sur le coteau, sa maison domine la rivière et sa verte vallée. « En pleine nature au beau milieu du bourg », résume le Clissonnais dans un grand éclat de rire.
Gabriel Neau est un enfant de Gervaux. Le digne héritier d'une lignée de meuniers installée là depuis 1652. « Les premiers ont même débuté sur la Sanguèze, à Mouzillon. » Lui sera le dernier. « J'ai produit de la farine jusqu'à mon départ à la retraite, en septembre 1987. J'avais 61 ans. » À bientôt 84, le meunier est toujours fidèle au poste. Pas un jour ne passe sans donner un tour de clé. Derrière la porte, son moulin à farine est toujours en état de fonctionner. « Je viens souvent y bricoler. C'est un peu mon petit musée. » Derrière la roue à aube, sous un vieux sac de toile ou dans les zigzags des courroies surgissent « des tas de souvenirs ». Les choses du passé. « D'une vie au rythme de la rivière ».
« Une rivière vivante »
L'oeil clair rivé sur la chaussée inondée : « Elle a bien changé. Ce n'est plus la Sèvre de ma jeunesse. » Celle qui donnait vie aux 140 moulins qui surplombaient ses rives. Celle qui, parfois aussi, tombait en rade. « Il y avait de vraies périodes d'étiage. » Plus une goutte d'eau pour actionner les machines. « Alors, des plages de graviers se formaient, les joncs poussaient et le poisson s'adaptait. C'était une rivière vivante. »
L'éternel béret vissé sur la tête, Gaby se souvient encore : « Ici je produisais 50 quintaux de farine par jour. Je faisais en un an ce que les minoteries modernes font en 24 heures. » Sa petite affaire régalait les boulangers du cru et jusqu'à Nantes.
Son univers, Gabriel Neau l'ouvre de temps en temps au public. « Je reçois lors des Journées du patrimoine. Parfois des touristes poussent aussi la porte. » Il raconte alors l'incendie de 43, la reconstruction, la machine à vapeur « jusqu'en 32 », le moteur Diesel et l'électricité. Autant d'innovations que la minoterie aura vu défiler.
« Je la conserve en l'état pour montrer ce que pouvait être un moulin de l'époque. Après moi, cela continuera ou cela changera. Ainsi va le temps. » Au rythme de la Sèvre.
Rémi Certain
La Sèvre industrielle
Dans le cadre de son Université sur lie, le Pays du Vignoble nantais organise une conférence consacrée aux « moulins et usines de la Sèvre nantaise » mercredi 10 février, à 20 h 30, dans la salle des mariages de la Garenne Valentin, à Clisson.
Claudine Borrel, de l'Association de la Sèvre nantaise et ses affluents, exposera les activités, les histoires et les architectures de ces moulins et usines hydrauliques. Elle abordera aussi les conséquences de leur abandon, leurs nouvelles attributions et le travail de mise en mémoire de leur vocation première.
Entrée libre.