- Nantes
Xavier Armange, hier, à la librairie Coiffard à Nantes. « Ceci est un extrait d'1,60 m d'une photographie qui mesure soixante mètres ». Ce dépliant tiré du livre sur Bénarès représente les rives du Gange.
Photo : Arnaud Jaffré
Bénarès, une ville dont vous êtes fasciné ?
Bénarès, ville de pèlerinage la plus sacrée de l'Inde, est un espace préservé, hors du temps. Son architecture orientale, multicolore et décadente, ses escaliers monumentaux offrent au Gange un décor somptueux. Mon livre, c'est le regard d'un voyageur amoureux et parfois exaspéré. J'en reviens pour la dixième fois depuis une décennie. Je ne suis pas dupe. Quand on parle de l'Inde fascinante et magique, ce sont aussi des millions de gens qui vont très mal, qui souffrent pour la plupart, il y a des inégalités énormes. La religion hindoue est omniprésente avec les castes, les pèlerinages, les sadhus, la vie quotidienne des indiens, la modernité et les difficultés de vivre d'une grande partie de la population.
Vous avez réalisé une « très longue photo » des rives ?
Je crois avoir réalisé la plus grande - du moins la plus longue - photo du monde. D'une hauteur de 75 cm et d'une longueur de 60 mètres, elle représente cinq kilomètres des rives du Gange à Bénarès en une seule photo.
Comment avez-vous réussi cet exploit technique ?
Il m'a fallu des heures et des heures en barque sur le grand fleuve pour réaliser des centaines de photos. Ensuite, ce sont des semaines de travail pour les assembler en une seule longue bande sans aucun raccord. On y voit toutes les scènes de la vie quotidienne des habitants de Bénarès, les Banarasiens.
On peut la voir où cette photo ?
J'en propose un extrait spectaculaire de deux fois 1,60 m qui est publié en dépliant géant à la fin du livre. Chez moi, j'ai un premier tirage d'une dizaine de mètres. Le tirage des soixante mètres sera effectué pour une exposition autour de l'Inde que j'espère concrétiser en 2009. Elle existe pour le moment d'un seul tenant sur un fichier informatique.
Que représente-t-elle exactement ?
On y distingue parfaitement la totalité des escaliers de la ville sacrée, les ghâts, avec les hindous qui prient, se baignent, lavent leur linge. Il y a aussi les barques, les vaches et les buffles, sur fond de palais en ruine de maharadjahs et de bâtiments hétéroclites et souvent très colorées, franchement dignes des Mille et une Nuits.
La mort est également présente ?
Oui, avec les bûchers de crémation, là où des dizaines de corps sont incinérés chaque jour dans l'espoir d'échapper au cycle des réincarnations. Chacun espère avoir le privilège, un jour, d'être incinérés sur ces bûchers de crémation où création et destruction se rejoignent dans le cycle hindouiste fascinant des recommencements.
Propos recueillis par Stéphane Pajot
vendredi 03 février 2012
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jeudi 02 février 2012
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