« Vous êtes la fille de Monseigneur ? »
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Le 20 janvier 1964, « L’Éclair » souligne que la ville de Nantes évoque un souvenir secret pour Barbara. Ce n’est que bien plus tard qu’elle racontera l’histoire de son père.
Dans Il était un piano noir, ses Mémoires interrompus, Barbara raconte son passage à Nantes pour la mort de son père.Lundi 21 décembre 1959, Barbara est seule rue de Vitruve à Paris, chez sa mère. Le téléphone sonne, une voix annonce : « Votre père… Il a eu un accident… Il se trouve à l’hôpital Saint-Jacques, à Nantes, et vous réclame », écrit-elle dans ses Mémoires interrompus.Dix ans qu’elle n’a pas eu de nouvelles, dix ans qu’il est parti. « Comme une somnambule », sonnée, elle appelle l’hôpital, fait le tour des services, puis on lui passe la morgue. Son père y repose depuis 48 heures.« Mon père est mort à Nantes, je pars », griffonne-t-elle à l’attention de sa mère, puis elle file à la gare. À Nantes, il pleut, un taxi la conduit à l’hôpital. Chambre C, au fond du couloir, c’est là.
Les formalités administratives accomplies (elle apprend ainsi que son père vivait au 2 rue de l’Échelle, près de la place Royale), elle cherche à en savoir plus et part la rencontre des amis de Jacques Serf.« Vous êtes la fille de Monseigneur ? », interroge l’un d’eux lorsqu’elle rentre au café Royal, alors tenu par Léopold Sarlet. Ces « étranges compagnons » lui expliquent que les belles manières de son père lui ont valu ce surnom.« Longtemps, ils me parlent d’un homme extraordinaire dont ils ne savent rien, sinon qu’il avait été rejeté par sa famille, qu’il avait eu quatre enfants qu’il aimait, une fille surtout, qui chantait », raconte Barbara dans ses Mémoires.Elle apprend que « parfois il dormait dehors » avant de réapparaître au matin « impeccable, pour entamer d’interminables parties de poker », qu’il était « gai, généreux, gueulard », qu’« il ne croyait en rien, n’espérait plus rien ». Elle écoute, « bouleversée », s’en veut d’être « arrivée trop tard », oublie « tout le mal » fait, l’inceste : « Mon plus grand désespoir sera de ne pas avoir su dire à ce père que j’ai tant détesté : je te pardonne, tu peux dormir tranquille. Je m’en suis sortie, puisque je chante ! ».La fosse sans fleursPuis Barbara repart. Seuls souvenirs de son père : un vieux portefeuille et une paire de lunettes en écaille aux verres usés l’accompagnent sur le chemin de Paris où elle rentre « pour trouver l’argent nécessaire à l’enterrement ».Elle revient le 27 décembre, au cimetière Miséricorde où « il pleut tout le ciel ». Dans ses Mémoires, elle se souvient : « Dans la boue du cimetière, je perds mes souliers, je ne sais pas trop comment. On enterre mon père dans la fosse commune. Il n’y a pas de fleurs ».