Barbara, dix ans déjà
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André Burgaudeau, qui a échangé plusieurs lettres avec Barbara, a rencontré à de multiples reprises son père au café Le Royal.
Ancien élu sous la municipalité Chenard et lors du premier mandat de Jean-Marc Ayrault, André Burgaudeau a croisé le père de Barbara à Nantes. À l’occasion des dix ans de la mort de la chanteuse, le 24 novembre 1997, il raconte.
Dans les années 50, jeune supporter du Snuc rugby, André Burgaudeau, alors représentant chez Pathé-Marconi, avait pour habitude de passer régulièrement au siège du club, le café Royal rue Vauban. Là, il retrouvait « plein de copains », le patron Léopold et les clients habituels. Parmi eux, le père de Barbara, Jacques Serf, « jouait aux cartes tous les après-midis ». « À chaque fois que j’allais au Royal, il était là. Il y mangeait midi et soir. Le patron le connaissait bien. Il ne payait pas de mine, il était fauché et courait toujours après 50 balles. Il jouait aux courses et n’avait pas une thune. Il habitait un petit meublé minable en ville ». Alors le patron dépannait, les copains et clients aussi. « On lui donnait un coup de main. Quand il avait trop de dettes, on effaçait l’ardoise », poursuit André qui ne se doutait pas que « ce petit bonhomme » était le père d’une jeune chanteuse qu’il aimait bien. Son père était fier « Un jour, on en a parlé, il m’a dit que c’était sa fille Monique. Elle passait à la télé, il suivait sa carrière, il était fier. Elle n’était pas encore célèbre, c’était ses débuts ». Pour la première fois, Barbara passe en effet à la télévision, dans Au cabaret ce soir en janvier 1959, son père la voit. Le 20 décembre de cette même année, Jacques Serf meurt à l’hôpital Saint-Jacques à l’âge de 55 ans. « Un jour le patron du Royal m’a dit qu’il était très mal et qu’il fallait prévenir Barbara. J’ai appelé le grand patron de Pathé-Marconi, il lui a téléphoné pour lui dire de venir vite ». Elle vient, vite, mais trop tard. Son père est déjà mort, d’une tumeur cérébro-spinale. L’enterrement a lieu le 27 décembre, au cimetière Miséricorde. « On était une dizaine seulement. C’était la semaine de Noël, il faisait un temps dégueulasse », se souvient André Burgaudeau. « Yeux d’Égyptienne » Habillée en noir, la jeune chanteuse est tout juste vêtue comme il faut. « On voyait que c’était la dèche. Elle avait des chaussures qui n’allaient pas pour l’hiver ». Un souvenir qu’André rappelle à Barbara dans une lettre datée du 14 juin 1989. « En ce jour mouillé, je vis votre longue silhouette noire puis, tout de suite, vos yeux d’Égyptienne très ornés de sombre et cernés d’ombre. Puis dans les graviers crissants du cimetière, vos pieds dans des chaussures trop légères pour la saison, avec des brides et très décolletées, émouvants par leur inadaptation aux conditions météorologiques ». André marchait juste derrière Barbara. Il avait en tête une chanson d’Aragon, L’étrangère et ses « longues jambes de faon ».