L'actu
Respectueuses du rythme donné par la famille, environ 800 personnes s'engagent samedi après-midi en silence avenue de la République. Les militants d'associations comme SOS Femmes, à Nantes, Femmes solidaires, à Saint-Nazaire, ou du Centre d'informations sur les droits des femmes s'étonnent du jeune âge des participants. « Le profil de Marina, une jeune femme - enceinte en plus - touche davantage les gens. On se souvient de cette femme de La Baule, brûlée vive par son mari et décédée en décembre dans l'indifférence totale. Espérons que ce drame rende la population plus sensible aux violences faites aux femmes ». La flamme allumée en souvenir de Marina Lebeau continue de brûler, ainsi que celle saluant la mémoire de son bébé. Il devait naître le 11 février et elle voulait l'appeler Gianni. Des peluches ont été déposées pour lui à côté de la marée de roses blanches déposées à l'hôtel de ville, puis au cimetière. Beaucoup de jeunes anonymes, informés de la manifestation par le réseau social Internet Facebook, ont rejoint spontanément famille et proches pour organiser la marche.
Faire bouger les choses
Plusieurs enseignes ont baissé le rideau ou éteint leur lumière. Des passants gonflent les rangs à mesure. Aux grilles du tribunal, les amis accrochent une banderole : « Reposez en paix Marina et Gianni ». Yannick Rocher, Nazairien, est venu en souvenir de Muriel, sa fille assassinée il y a 13 ans par un mari violent : « Il faut que tout le monde se bouge. C'est la sévérité des peines qui fera que l'on avancera sur ces questions-là ! »
Le chagrin se veut collectif quand les ballons s'envolent derrière les mots d'un poème rédigé par sa meilleure amie. Les messages de soutien s'amoncellent dans une boîte avant que la foule ne se disperse. Ne reste que la famille et son lourd fardeau. La parole est à présent à la justice.
Lucie Beaupérin
Un office religieux très sobre. Hier, l'église Notre-Dame d'Espérance du Pertuishaud était pleine à craquer. Un demi-millier de personnes s'étaient déplacées pour accompagner et soutenir la famille de Marina Lebeau, la jeune femme enceinte, tuée sauvagement par son ex-ami. Toutes les générations étaient mêlées. Du quartier de la Bouletterie où habitent la maman, Sylvie, et sa fille cadette Fanny ; de la Brière d'où est originaire la famille et de tous les coins de la région nazairienne, ils avaient tenu à être présents.
« Un dernier voyage »
De très nombreuses gerbes, à dominante blanche, entouraient le cercueil de chêne clair. Dessus deux photos de Marina rappelaient à la foule silencieuse et triste tout le charme qui émanait de la jeune femme qui allait avoir 30 ans, le 23 février. « Ce sera comme un dernier voyage. Un changement de paysage, ensemble. Ce sera notre dernier regard. La fin de notre histoire » : la chanson de Maurane Dernier voyage, prenait une dimension particulière. Tout comme celle de Jean-Jacques Goldman, Dors, Bébé dors, en hommage au petit Gianni qui n'a pu montrer le bout de son nez le 11 février parce qu'il a été tué avec sa maman.
Thierry Dupuis, le diacre, ou Lucie, l'amie de Marina, avaient des mots simples pour « dire ce qu'il y avait de vrai, de beau et de bien dans la vie de Marina ».
Tout le monde « est sous le choc » et « n'arrive pas à réaliser ce qui est arrivé ».
Des marques d'affection
Parlant avec retenu de l'acte « violent » qui a été fatal à Marina, le diacre a juste souligné que « personne n'a le droit de vie et de mort sur quelqu'un ». Lui tentait d'apporter « un peu de réconfort aux proches, écrasés de chagrin » et souhaitait que « l'amour soit plus fort que le mal ».
Cette jeune brune aux yeux verts « manquera à beaucoup de monde ». Son charisme, son dynamisme et sa passion pour son entourage, son métier et les animaux sont ressortis des nombreux messages d'affection.
Jacky, Cathy, Dimitri et la grande chaîne d'amis qui se tisse au fil des jours, ont laissé la famille enterrer Marina dans l'intimité.
Ils vont continuer à oeuvrer pour l'organisation de la marche silencieuse de samedi.
Un hommage public cette fois qui permettra à de nombreux anonymes de dénoncer la violence faite aux femmes.
M. Vaillant-Prot
SAINT-NAZAIRE
La mobilisation s'intensifie sur Internet pour rendre hommage à Marina Lebeau, cette jeune femme de presque 30 ans, enceinte (qui devait accoucher le 11 février) retrouvée morte dans son appartement, tuée par son ex-ami. La famille et les amis seront là, coude à coude, pour exprimer toute la douleur que l'on ressent face à cet acte de violence extrême. « Je ne connaissais pas Marina, mais je serai présente pour elle et son petit ange », s'engage Paulette comme bien d'autres anonymes. Près de deux mille personnes sont devenues membres du groupe Hommage à Marina Lebeau, sur Facebook. Hier, déjà près de 200 personnes avaient confirmé sur la Toile, leur participation à la marche silencieuse du 6 février. Celle-ci partira de la gare à 14 h pour se rendre à l'hôtel de ville via le palais de justice. « Les personnes qui le peuvent, pourront déposer une rose blanche pour Marina et une peluche pour Gianni, le bébé qu'elle portait ».
Recrudescence de la violence
Au-delà de ce meurtre sordide, « se pose le problème de la violence faite aux femmes », constate, émue, Lauryane Picaud de Femmes solidaires, association qui avec d'autres comme Mix-cité Nantes (Mouvement féministe et mixte pour l'égalité des sexes et des sexualités), seront présentes dans le cortège. Lauryane compte remettre un courrier à la famille « pour exprimer notre soutien et proposer de les accompagner voire de se porter partie civile ».
« Féminicides »
Elle souhaite que « les violences que subissent de plus en plus de femmes et d'enfants et les féminicides ne soient pas passées sous silence mais dénoncées ». Enfin la société doit « prendre conscience que le phénomène est en recrudescence ici et partout en France ».
On se souvient que début décembre au Guézy à La Baule (sur fond d'alcool) Marie-Thérèse Evellin, femme battue, avait été immolée par son compagnon. Brûlée à près de 80 %, elle avait été transportée à Nantes puis à Paris. Elle est décédée fin décembre. 160 femmes sont mortes en France en 2009.
M. Vaillant-Prot
Violences faites aux femmes
La violence touche toutes les femmes, quels que soient leur âge, leur origine et leur milieu. Elle est liée à une discrimination fondée sur l'appartenance sexuelle. Le sexisme, tout comme le racisme, consiste à nier à un « autre » un statut d'alter ego.
Yassine Khaloir, 24 ans, a été déféré au parquet de Nantes cet après-midi pour le meurtre de Marina Lebeau, 29 ans, mercredi soir à Saint-Nazaire.
Il est mis en examen pour homicide volontaire aggravé. Marina était enceinte depuis sept mois.
Selon ses premières déclarations, le jeune homme aurait porté des coups dans un accès de colère, après la séparation du couple. Il est ensuite parti de l'appartement de Marina et s'est livré aux gendarmes vendredi après-midi, à la brigade du Pellerin.
Pour la maman de Marina Lebeau, il s'agit d'un « meurtre prémédité ». Elle décrit un homme « jaloux » et « possessif ».
SAINT-NAZAIRE
Les proches étaient réunis hier soir chez la maman de Marina Lebeau, avenue des Bouleaux. Autour de Sylvie, des membres de la famille ; dans la cuisine, les amies de la disparue et de sa soeur, Fanny. Tous venus soutenir les deux femmes effondrées par le drame.Tous essaient de refaire l'histoire de Marina avec Yassine Khaloir, 24 ans, placé en garde à vue vendredi pour le meurtre de la jeune femme de 29 ans, mercredi soir à St-Nazaire. Il a reconnu les faits.Leur rencontre avait commencé par des mails, alors que Marina travaillait dans l'immobilier au Pouliguen. « C'était en janvier 2009. Ils se voyaient le week-end. Et comme toute nouvelle rencontre, ils vivaient dans leur bulle. » Les quatre premiers mois de l'année 2009, ils ont vécu à St-Nazaire « mais Yassine n'avait pas ses affaires chez elle ».Quand Sylvie l'a rencontré « il était gentil, il m'appelait même «belle-maman» ». Sa fille est tombée enceinte en mai 2009. « C'est Yassine qui m'a montré le test de grossesse ». Une grossesse « un peu prématurée » mais finalement bien acceptée par la future maman qui devait accoucher le 11 février 2010. « Au départ, l'amour rend aveugle ; puis on se découvre. Lui était déjà très possessif. Il l'avait conquise ; c'était sa propriété, sa chose. »Les relations se sont tendues. Sylvie décrit Yassine comme un homme « fier, vaniteux et narcissique qui se trouvait beau ».À partir de l'été 2009, la situation s'est dégradée. « C'était quelqu'un de très jaloux. Quand il débarquait chez elle le soir, il regardait ses mails. Il n'a pas été violent physiquement mais il lui proférait des menaces. Je ne pensais pas qu'il aurait pu arriver à cet extrême. »Sylvie, pourtant, ne peut s'empêcher de penser à un geste déplacé qu'il aurait eu en décembre sur le ventre rebondi de la future maman, ou encore d'un vieux film qu'il a voulu que Marina regarde. « Il était question d'une femme qui vit avec son petit gars et le papa tue la maman. » « C'est pour me faire peur que tu montres ça », lui aurait demandé Marina. « Qui sait ! », lui aurait-il rétorqué. C'est en décembre aussi que Marina s'est décidée « à lui avouer qu'elle ne l'aimait plus ».Pour la maman, il s'agit « d'un meurtre prémédité ». « Il avait peur du chien de Marina et il a pris soin de le faire sortir » le soir du drame. « Ce jour-là, il serait arrivé vers 18 h 30 ». À l'heure où Sylvie essayait d'appeler sa fille.
M. V.-P. avec M.F.
Un groupe Facebook « Hommage à Marina Lebeau » a déjà réuni 193 membres.
"Bonjour. Je suis l'auteur du meurtre de Marina Lebeau. Je viens me constituer prisonnier ». Quinze heures, hier, à la brigade du Pellerin : Yassine Khaloir se livre aux gendarmes. Il se dit responsable de la mort de cette Nazairienne de 29 ans découverte chez elle, la veille (lire aussi nos éditions d'hier).
La jeune femme a été retrouvée jeudi midi par les policiers, gisant dans son sang dans la salle de bains de « son appartement dont la porte était fermée à clef », a rappelé la procureure de la République Florence Lecoq, hier soir. Celle-ci a également évoqué la « grande violence des coups portés par l'auteur », lequel se serait acharné, à l'arme blanche, sur le visage de sa victime...
C'est dans ce logement au 19 rue Gaspard-Monge à Saint-Nazaire, qu'elle habitait depuis quatre ans au 5e et dernier étage d'un petit immeuble tranquille, proche de la cité scolaire, que le corps a été découvert. L'autopsie, pratiquée hier, a conclu à un « décès d'origine traumatique ». En clair : la victime serait morte sous les coups.
SMS échangés
« Le décès est intervenu mercredi 20 janvier, en fin d'après-midi ou en début de soirée, a encore indiqué Florence Lecoq. Les investigations permettent de déterminer qu'il y a eu échanges de SMS dans la journée entre la victime et le probable père » de l'enfant à naître en mars prochain.
Le suspect est un Angevin, âgé de 24 ans. Sans profession, il n'avait encore jamais fait parler de lui.
Marina Lebeau, elle, allait fêter ses trente ans. Tous les deux s'étaient rencontrés au début de l'été dernier. « Elle était enceinte de plus de sept mois et vivait a priori seule, mais elle avait des contacts réguliers avec cet homme », a précisé Florence Lecoq.
Son dernier employeur la décrit comme « une jeune femme dynamique, très discrète sur sa vie personnelle et dont je garde un excellent souvenir », commente Philippe Masson de 4 % Immobilier. Marina Lebeau avait quitté cette agence sise boulevard de la Renaissance à Saint-Nazaire, « à sa demande, le 30 mars 2009 ». Son ex-employeur était d'ailleurs resté en contact avec elle : « Dans un mail qu'elle m'avait adressé en novembre, Marina me disait qu'elle souhaitait se consacrer pleinement à sa grossesse... ».
La police judiciaire de Nantes a ramené le suspect dans ses locaux. Les auditions ont commencé dès hier soir. La garde à vue peut durer 48 h.
Franck Labarre, Anne-Hélène Dorison et Yan Gauchard
Son chien traînait depuis la veille dans l'immeuble. Ça nous a paru bizarre. Elle s'en occupe si bien d'habitude... » Elle, c'était Marina Lebeau, la locataire d'un appartement du 5e, au 19 rue Gaspard-Monge, à deux pas de la cité scolaire de Saint-Nazaire. Le coup de fil de voisins, inquiets, a conduit à la découverte de son corps, à 12 h 30, hier. Derrière la porte, fermée à clé, les secours l'ont trouvé gisant dans la salle de bains. Le visage de cette jeune femme était « couvert de lacérations », selon une source proche du dossier.
Du sang dans le hall et l'ascenseur
Un spectacle d'autant plus éprouvant pour les témoins de la scène que le ventre de la victime était rond. « C'est terrible. Cette femme, discrète, était enceinte de plusieurs mois », se désespérait un voisin hier. « De six ou sept mois », a confirmé un enquêteur dans la soirée. La jeune femme travaillait « dans une agence immobilière », croit-on savoir dans l'immeuble. Elle vivait apparemment seule.
Que s'est-il passé dans cet appartement ? Jusque tard hier soir, la police technique et scientifique a passé les lieux au peigne fin, à la recherche d'indices susceptibles d'éclairer la police judiciaire de Nantes, saisie de l'affaire. Elle n'a pas manqué de travail. Dans le hall de l'immeuble, l'ascenseur, et jusque sur l'interrupteur, les techniciens ont relevé de nombreuses traces de sang. Reste à savoir à qui elles appartiennent.
À la victime sans doute. Peut-être aussi au meurtrier.
Un couteau saisi
Les multiples traces de violences observées sur le visage de la jeune femme « semblent avoir été causées par une arme blanche », indiquait-on hier en coulisses. Un couteau a été saisi à son domicile « mais rien ne prouve que l'on tient l'arme du crime », précise un enquêteur. La victime « était sans doute morte depuis plusieurs heures » lorsqu'elle a été découverte.
Un détail a frappé les voisins : la veille au soir, le chien de Marina Lebeau a aboyé.
Qui a fermé la porte à clé ?
Une autre information a retenu l'attention des enquêteurs hier : pour entrer, il a fallu enfoncer sa porte. Qui l'a verrouillée ?
Le meurtrier possédait-il un jeu de clé ou l'a-t-il emporté ?
Les enquêteurs vont maintenant travailler sur l'entourage de la victime.
Ils vont notamment chercher à en savoir plus sur ses fréquentations et sur ses habitudes.
Une autopsie sera pratiquée aujourd'hui. Elle devrait les éclairer sur la date et les causes exactes de la mort.
Anne-Hélène Dorison, Franck Labarre et Yan Gauchard