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L'actu de la biennale

dimanche 14 juin 2009 Débat. Les loups dans les douves du château relèvent-ils de l'art ?

Hurler avec les loups

Controverse autour de l'installation de Stéphane Thidet, dans le cadre de la biennale Estuaire 2009.

La vie du loup est la mort du mouton », écrivait l'auteur britannique James Freeman Clarke à la fin du XIXe siècle. De là, faut-il en déduire que ceux qui se pressent autour du château des ducs de Bretagne pour admirer les six loups évoluant dans les douves sont de vulgaires ovins voués à se perdre dans le maquis de l'art dit conceptuel ? En d'autres termes, l'installation éphémère de cette meute est-elle réellement l'oeuvre d'art contemporain que défendent son concepteur, Stéphane Thidet, et les organisateurs de la biennale Estuaire, Jean Blaise en tête ? L'association de défense des animaux Noa France en doute considérablement. « Où est l'oeuvre d'art dans la vision des loups sur une pelouse ? » interroge-t-elle sur son site Internet (http://noa-france.org). Elle y publie également la réponse de l'un des co-programmateurs artistique d'Estuaire. « Je vous confirme que le fait de placer une meute de loups dans des douves de château que l'homme a peu à peu transformé en parc public pour son loisir en laissant un temps à la nature pour qu'elle reprenne ses droits est constitutif d'une oeuvre. C'est d'ailleurs plutôt, comme l'artiste le dit lui-même, un geste lui-même constitutif d'une oeuvre ». L'artefact qui différencie l'art contemporain de l'art.

Les cochons tatoués de Delwoye

Dans L'art à l'état gazeux (Stock, 2003), le philosophe Yves Michaud considère que « là où il y avait des oeuvres, il ne subsiste que des expériences ». À bien y regarder cette installation lupine en est assurément une. Elle renvoie l'homme à cette relation si particulière qu'il a toujours entretenue avec le loup : mélange de répulsion et de fascination. Depuis la nuit des temps, l'homme s'est toujours approprié artistiquement l'image du loup. Ce qui choque les défenseurs des animaux dans l'installation de Stéphane Thidet est avant toute chose le recours à des animaux vivants. Un concept que l'artiste belge Wim Delvoye développe depuis plusieurs années avec des cochons à la peau tatouée. D'aucuns, à l'image de Jean-Luc Chalumeau, auteur d'une Histoire de l'art contemporain (Klinsksieck, 2005) voient dans cette forme d'expression une entité à part entière, extérieure à l'art. Certes, il est toujours facile de hurler avec les loups. Mais l'art, qu'il soit contemporain ou non, n'a-t-il pas justement vocation, entre autre, à provoquer des émotions ? Et en ce sens, Stéphane Thidet touche au but. Pour Le Corbusier « l'art est de nature hypnotique, c'est la plus grande force politique qui soit ». Et ce, Jean-Marc Ayrault, le député-maire de Nantes, l'a bien compris en confiant à Jean Blaise le soin d'accrocher l'image de la ville aux cimaises les plus exposées médiatiquement, fut-ce en suscitant le débat.

Dominique Bloyet

 

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