Jean Blaise, cette édition 2009 vous satisfait ?
« Le
stress est terminé. On est heureux car il n'y a pas eu d'accident. On a, de
plus, le sentiment que le public s'est emparé d'Estuaire et qu'il a compris ce
qu'on voulait faire. Ce qui n'était sans doute pas le cas en
2007 ».
Justement, quel est l'esprit d'Estuaire ?
« Estuaire,
c'est un projet à long terme qui offre au public une autre relation à l'art.
Nous ne sommes pas dans la provocation ; nous voulons offrir au plus grand
nombre une collection d'oeuvres. Certaines sont plus controversées que d'autres,
mais c'est ainsi ».
Qu'entendez-vous par collection ?
« Ce sont
les oeuvres pérennes qui agrémentent le paysage, de Nantes à Saint-Nazaire. Avec
l'immeuble des Mutuelles et l'immeuble Coupechoux, nous en serons à 15 oeuvres
pérennes fin 2009. L'objectif, c'est au minimum 20 oeuvres pérennes en 2011.
C'est une collection chère, mais elle appartient à tous. On essayera de
l'équilibrer au mieux sur les différentes communes. Certaines, qui n'ont pas
encore d'oeuvres, en auront donc en 2011 ».
Vous avez pourtant été
critiqué pour le coût de la manifestation ?
« Beaucoup avant, très peu
pendant. En 2011, on n'aura pas plus de moyens mais les collectivités
territoriales continueront à nous suivre. Et je suis persuadé, aussi, que nos
partenaires privés seront encore là ».
N'est-ce pas une manifestation
très élitiste tout de même ?
« Non. Estuaire touche tous les publics. Les
enquêtes sont là : cette année, 30 % des visiteurs étaient extérieurs à la
région Pays de la Loire. C'est un chiffre largement supérieur à 2007. Ils sont
en particulier venus de Bretagne et de la région parisienne. Le grand public ne
vient pas spécialement au Lieu Unique mais se déplace sur Estuaire. On est même
reconnu dans le monde des arts ».
Justement, au niveau fréquentation,
quels sont les chiffres ?
« Il y a eu énormément de visiteurs, mais
davantage sur les sites que dans les salles ou les musées. Avec une exploitation
moindre, on arrive à 720 000 visiteurs contre 680 000 en 2007, soit une hausse
de 37 %. On est donc au-dessus dans l'absolu. Et sur les sites, tout le monde
avait son petit livret : c'était en fait une sorte de jeu de piste pour le
public qui découvrait un territoire ».
La fréquentation a-t-elle été la
même tout au long de la manifestation ?
« Pas du tout. On a vraiment ramé
en juin, notamment au niveau de la croisière, alors qu'on avait pourtant baissé
la jauge et que le bateau était largement plus performant. C'est pourquoi, en
2011, le lancement d'Estuaire sera retardé pour n'avoir qu'une dizaine de jours
sur juin. Mais la manifestation se poursuivra jusqu'à la première semaine de
septembre ».
Pas de canard, pas de maison qui coule. Estuaire 2009 a été
très calme ?
« Techniquement, sans aucun doute, même si l'on ne travaille
que sur des prototypes. Du moins côté public. Car on a eu des soucis avec les
loups qui creusaient des trous pour sortir de leur grand enclos au château des
ducs, avec le pendule de Trentemoult dont il a fallu changer le moteur, ou
encore avec le banc de Couëron... C'était moins tape-à-l'oeil mais cela
correspondait plus à une logique d'événement ».
Adieu canard, adieu
maison ?
« Le canard, c'est terminé. Le procès suit son cours et on
espère avoir de bonnes nouvelles à la rentrée. La maison reviendra en
2011 ».
Que pouvons-nous donc attendre en 2011 ?
« On organisera
des fêtes autour de chaque oeuvre pérenne pour la troisième et dernière édition.
De même, les croisières gustatives et clubbing (un vrai succès) seront
renouvelées plus souvent. Tout n'est pas fixé, mais il est certain que Tatzu
Nishi trouvera un nouveau lieu pour créer une chambre. Ce sera moins loin de
Nantes que Cordemais ».
Et ensuite ?
« Ce sera terminé. On
poursuivra le travail autour de l'estuaire et il y aura sans cesse des
événements, des petits projets comme des grands. On va essayer de s'introduire
dans les grands projets d'aménagements. Ainsi, à Paimboeuf, on travaillera avec
la municipalité pour l'aménagement des quais, pour aller chercher le
plus ».
Estuaire, c'est politique ?
« C'est incontestablement un
projet de gauche. N'oublions pas que les lieux de culture sont des espaces de
liberté. Et on essaye de s'autocensurer le moins possible. J'aurai aimé en
discuter avec les jeunes de l'extrême gauche qui sont venus saccager le Lieu
Unique. Leur langage était vide, artificiel. C'est dommage ».
Propos
recueillis par Philippe Corbou