NANTES
C
ela ne peut pas arriver au sein d'une institution comme la nôtre ». Jean Blaise, le directeur d'Estuaire, est furieux. François Delagnes, un des artistes qui participe à l'édition 2009 de la biennale, aurait rémunéré une étudiante en liquide pour l'aider à finir son chantier.
« Il l'a payée au black. C'est dommage et stupide ». Résultat, l'artiste
« s'est grillé bêtement ». Estuaire 2009
« ne le présentera pas », conclut Jean Blaise. Son « Muscadet ensablé », qui devait figurer parmi la liste des « micro-architectures » réunies sur le site du Carnet, à Frossay, est déprogrammé.
Le mois dernier, une étudiante japonaise basée à Rennes, J., aide au chantier de l'Observatoire, une oeuvre de Tadashi Kawamata, installée à Lavau-sur-Loire. Elle est alors en stage conventionné. Elle touche de la part d'Estuaire,
« le plus légalement du monde », raconte-t-elle, 398 € pour son travail.
« Le boulot avance plus vite que prévu, se souvient J.
La date limite était le 10 mai, nous avions fini fin avril ». Alors que les stagiaires quittent le site de Lavau, François Delagnes, assistant de Tadashi Kawamata, propose à J. de venir voir l'avancée de son oeuvre. Il s'agit d'un bateau qu'il souhaite restaurer.
« Faite piéger »J. témoigne :
« François me demande de l'aider pour son oeuvre. Je lui parle rémunération. Il m'annonce qu'il pourra me payer 150 € par semaine. J'ai accepté » Au bout de deux semaines, J. a l'impression de s'être
« faite piéger ». Elle est fatiguée, le travail lui est
« pénible », elle n'a pas été payée. Elle déclare à François Delagnes qu'elle souhaite rentrer à Rennes. Mais le chantier n'est pas terminé. Les deux se brouillent.
Samedi 16 mai, l'étudiante obtient d'avoir 280 €, en liquide, auprès de l'artiste :
« 300 € moins 20 parce que je n'avais pas fini la deuxième semaine ». François Delagnes nie le travail au noir mais reconnaît avoir versé ces 280 €.
« Je les ai donnés pour qu'elle se rachète des habits, les siens étaient salis », explique-t-il.
J., qui a eu peur de ne jamais être payée, a emporté un dictaphone ce jour-là au chantier. Elle affirme qu'elle a enregistré la scène de la remise des billets. Sur cette bande que
Presse Océan s'est procurée, on entend un homme lui dire :
« Voilà tes sous : 300-20. Et on va en rester là. [...
] Hop, tu t'en vas ».
Cette affaire, que J. ne souhaite pas porter devant un quelconque tribunal, relève
« de l'embrouille entre personnes », note Jean Blaise. Il reste que l'étudiante se dit
« bouleversée » par cette
« expérience affreuse ».
Guillaume Lecaplainguillaume.lecaplain@presse-ocean.com