Jérôme, pourquoi, depuis le début de saison, refusiez-vous de vous exprimer ?
« Parce que, sans actualité, je ne trouvais pas opportun de venir parler. »
Comment avez-vous vécu cet été, le fait de vous retrouver en Ligue 2 avec un statut de deuxième gardien ?
« Il faut avoir un sacré sens de l'humour (sourire ironique). Parce qu'à 36 balais - après avoir fait une carrière, je crois, relativement correcte - ce n'est pas simple à gérer. J'ai vraiment touché le fond à Caen (1re journée). L'espace d'une heure, je me suis demandé ce que je foutais là. Heureusement, les autres joueurs m'ont épaulé de façon admirable...
« (Claudiu Keserü passe alors derrière lui en le chambrant, Alonzo rétorque). Ça y est, il fait deux arrêts dans un match... Viens en « spécifique », tu feras moins le malin !
« (Il reprend) Vous voyez, l'ambiance, ce n'est que ça. On se marre, on se chambre. Un bonheur ! »
Il y a quand même eu l'élimination à Troyes (4-0 en Coupe de la Ligue)...
« (Grave) Oui, j'ai raté un match. Je crois avoir payé le prix fort. Ce n'est plus la peine d'en parler. »
Votre but est-il de redevenir numéro un ?
« J'ai non seulement cette envie, mais surtout pas l'intention d'arrêter le foot la saison prochaine. »
Avez-vous envisagé de partir ?
« Oui. Mais pour aller où ? Dans une autre L2, à l'étranger ? Quand c'est devenu chaud avec Panionios (Grèce), qu'on m'a envoyé le billet d'avion, il a fallu trancher. J'aurais pu faire une excellente opération financière. Seulement c'était fuir. Je ne le voulais partir comme ça. Je me suis rendu compte que cela valait le coup de se battre. »
Qu'est-ce que vous ne vouliez pas « fuir » ?
« On ne va pas parler de cet été pendant dix ans ! Vis-à-vis de mon entourage, c'était trop compliqué. Je n'avais pas envie de péter (sic) ma vie pour aller jouer dans un club grec de milieu de tableau. Après si Arsenal avait appelé, j'aurais peut-être réagi différemment. Sauf qu'ils n'ont pas appelé, ces cons (rires) ! Franchement, je suis bien à Nantes. Il se passe des trucs. »
Ne regrettez-vous pas, toutefois, le choix des dirigeants d'avoir fait venir un jeune gardien ?
« Je n'ai pas à commenter cela. »
Vous parliez de « trucs » qui se passent au club. Lesquels ?
« Je retrouve l'ambiance de la montée avec Saint-Etienne (1998-1999). L'année dernière, il y a des jours où c'était lourd de venir à la Jonelière. Maintenant, le climat est apaisé, la concurrence est saine. Plus je me dirige vers la fin, plus je mesure la chance que j'ai. Je me donne à fond. »
Comment abordez-vous le match face à Metz ?
« Avec l'idée de le gagner, évidemment. Mais j'ai également un petit challenge personnel. Qu'au coup de sifflet de final, le coach se dise : « Bon. Lubos n'est plus suspendu, Jérôme a fait un bon match : qu'est-ce que je décide ? » J'ai envie de le faire réfléchir. »
Vous croyez vraiment qu'un changement de hiérarchie est possible ?
« Disons qu'il y aura la Coupe de France ensuite (le 7e tour se déroulera les 21 et 22 novembre), cela m'offrira une autre opportunité. »
Parce que vous disputerez la Coupe ? C'est conclu ?
« Non, je lance un appel (rires) ! Trêve de plaisanterie, je ne sais pas ce qui peut se passer. Moi, je n'ai rien à me prouver. Je vais simplement essayer de profiter de cette porte qui s'ouvre et, pourquoi pas, foutre mal à la tronche (sic) au coach avec qui, je le précise, tout se passe parfaitement bien. »
En somme, vous ne regrettez rien ?
« Non ! À partir du moment où j'avais dit non à Panionios et à deux autres clubs de L2, je savais que j'allais passer par des semaines extrêmement pénibles. Mais je n'avais pas le droit de le montrer aux gars. C'est grâce à eux que je suis encore debout. Si j'avais eu une bande de trous du c... (sic) à côté, je ne serais plus en état. Aujourd'hui, je n'ai pas l'impression de souffrir. Je ne suis pas malheureux. »
L'arrivée de Lubos Kamenar vous a-t-elle permis de progresser ?
« Techniquement, non. Dans le sens où nous sommes très différents. Ce n'est pas la même culture, la même génération. En revanche, aux entraînements, Lubos - un garçon curieux de tout et loin d'être maladroit - m'a redonné le goût de ne jamais rien lâcher. »
Pour résumer, vous n'êtes pas prêt d'abandonner...
« L'idée d'arrêter me terrorise. Vraiment. J'ai envie de longtemps prolonger le plaisir, tant que les gens me répondront oui. Ici ou ailleurs. Je vous dirai un jour où j'ai failli signer cet été, vous rigolerez... »
Propos recueillis par E.K.