« Il faut arrêter de bluffer ! »
mercredi 10 février 2010
- FC Nantes
En pointant les dysfonctionnements du club, Jean-Jacques Pierre est passé à l'offensive. Photo
Ouest Médias.
Après David De Freitas, Jean-Jacques Pierre vide à son tour son sac. Écarté, l'Haïtien pointe les dysfonctionnements du FC Nantes. L'ex-capitaine tacle les dirigeants et les recrues hivernales...
Où en êtes-vous ?
« Je reviens. J'ai commencé à courir aujourd'hui (hier). J'appréhende un peu. Sur les appuis, je fais attention où je mets les pieds pour ne pas me tordre à nouveau la cheville. »
Vous êtes mis de côté. Comment vivez-vous cette situation ?
« C'est presque comme le FC Nantes, ma situation n'est pas claire. À chaque fois que je demande des explications, l'un me dit que c'est l'autre, l'autre me dit que c'est l'autre... C'est la faute de personne (sourire). Je continue à être mis de côté et le club continue de descendre. »
Où est le malaise ?
« Je ne sais pas. Lors de ma première discussion avec le coach, il m'a dit que c'était le président qui me faisait des crasses. Deux jours après, il a déclaré aux joueurs : « Jean-Jacques a fait deux bons matches mais je ne compte pas sur lui. » Aujourd'hui, je crois que les joueurs ont peur de faire de bons matches car ils ont peur de finir comme moi (rires)... »
Finalement, le problème n'est pas sur le terrain...
« Aujourd'hui, on est 38. On amène des joueurs qui sont moins bons que ceux qui sont déjà là. Soit il y a un directeur sportif, soit il n'y en a pas... À son arrivée, le coach nous a dit qu'il allait nous apprendre à jouer au football. À l'époque, on était à trois points du troisième, aujourd'hui, on est à trois points de la descente. (ironique) J'attends donc d'apprendre à jouer au foot. »
Que vous font payer les dirigeants ?
« Je ne sais pas. J'ai beaucoup discuté avec le président. Ce n'est pas sa décision. Quand ils ont voulu me faire partir cet hiver, Favard (le conseiller du président Kita) a dit que je partirais libre. Mon agent m'a dit de me méfier car ces « mecs » n'ont pas de paroles d'honneur (sic). La preuve, deux jours après, le président m'a dit qu'il n'avait jamais dit à Favard que je partirais libre... Lequel maintient toujours le contraire. Bref, l'un dit oui, l'autre non. Il y en a un qui prend la décision et le patron n'est jamais au courant. Tout ce que je demande, c'est qu'on me laisse jouer au foot comme je dois le faire. »
Est-ce les pires moments que vous ayez à vivre ici ?
« Les à-côtés, ça ne m'intéresse pas. Je suis sûr de pouvoir apporter quelque chose. Maintenant, c'est le coach qui décide. Un jour, on devait se voir, il n'était pas là. Son adjoint me dit alors de m'entraîner avec la CFA. Je le recroise, il me lance : « Je n'ai jamais dit ça, mon adjoint a mal compris... » Puis de m'expliquer qu'il a choisi, à tort ou à raison, des joueurs. Là, à tort ou à raison, le FCN continue de couler. C'est son choix. »
Toutes ces histoires, à la longue, n'est-ce pas fatigant ?
« C'est usant. Mais je suis là pour jouer. J'ai l'impression d'avoir fait cinq équipes différentes en cinq saisons. Étant blessé, je ne peux pas les encourager avant un match. Les blessés ne sont pas autorisés à entrer dans le vestiaire. Encore une autre façon de voir le foot... Je ne vais pas dire que j'en ai marre mais, tout ce que je veux, c'est déjà de revenir. Après, je peux avoir toute la motivation du monde, ce n'est pas moi qui fais l'équipe... »
Comment voyez-vous la suite ? Êtes-vous optimiste ou non ?
« Il faut l'être. Il faut que les « mecs » se remettent au travail. Ils savent ce que je pense. Pour réussir, il faut être dans de bonnes conditions. Avant Arles, on m 'a demandé de me mettre en chambre avec un coéquipier, or, elles étaient toutes occupées. Quand on veut te casser ou t'enfoncer, on cherche des choses qui n'ont rien à voir avec le foot. C'est peut-être une autre façon de faire le foot ou de gérer ses intérêts... »
Tous ces problèmes rejaillissent forcément sur le terrain...
« C'est sûr. Mes partenaires veulent tous que je retrouve le terrain. »
Avez-vous l'impression que les dirigeants veulent vous faire craquer ?
« Non, je ne craque jamais (sourire). Si c'est ce qu'ils veulent, ils ne l'auront pas. Je ne lâche pas. »
Vous êtes toujours candidat pour jouer en équipe fanion...
« En deux mois, je suis passé de capitaine à joueur indésirable. Il doit y avoir un problème quelque part... »
Justement, vous ne parvenez pas à l'identifier...
« Chacun se renvoie la balle. Je suis au milieu. J'attends toujours des explications. Pour éclaircir ma situation et savoir pourquoi on fait venir des joueurs tandis que ceux qui doivent partir sont toujours là. Après, on se plaint qu'il y a trop de joueurs. C'est la faute à qui ? »
Êtes-vous prêt à résilier votre contrat s'il le faut ?
« Oui, pour ça, ils savent ce qu'ils ont à faire (sous-entendu, payer). Si on m'interdit de terrain, pour diverses raisons, ce n'est pas une question de niveau... Tout le monde le sait. Il doit y avoir un problème quelque part. Après, si on veut faire jouer des moins bons, pour avoir des résultats, c'est bien (soupirs)... Comme je l'ai déjà dit, il faut arrêter de bluffer ! Car, pour prendre une image avec le poker, les adversaires arrivent toujours avec une bonne main, dès le flop, ils touchent le full. Et, nous, on continue à bluffer en permanence. On est morts ! Ça ne passe pas... »
Propos recueillis par Jean-Yves Queignec
Ba malade
Le milieu de terrain sénégalais, contrairement à Ténéma N'Diaye, Ernest Akouassaga et Tony Heurtebis de retour de blessure, n'a pas participé aux deux entraînements d'hier. Il souffre d'une angine.