L'actu
Brahms est de retour à Nantes l'an prochain. Il était déjà venu en 1998, tout seul. René Martin, le père fondateur de la Folle Journée, a décidé de redonner leurs places aux post-romantiques. « On part donc de Brahms, le dernier des Romantiques pour aller vers Mahler, Wagner, Strauss... et même peut-être faire la Symphonie des Mille » explique le père fondateur de la Folle Journée.
Avec 98,46 % de taux de remplissage, la Folle Journée 2010 a atteint son but, à savoir rassembler et regrouper, autour de l'oeuvre majeure d'un artiste hors norme. « La qualité des artistes est là, souligne René Martin, le public aussi, qui nous suit fidèlement depuis quinze ans aussi. Avec juste passion. Il n'y a qu'à voir l'ovation qui a rassemblé public et passionnés lors du concert de clôture du Reneggades Steel Band ».
« Générations Folle Journée »
Mais se pose aussi de l'évolution des individus. Surtout à une période où Michèle Guillaussou parle de générations « Folle Journée » au bout de seize ans d'événements. « Il va falloir revoir le rythme de fréquentations et le flux, car samedi, nous avons frôlé l'incident. On peut évidemment imaginer avoir plus de scolaires, en ouvrant le bal dès le jeudi après-midi, mais il est difficile d'envisager une extension de la Folle Journée ».
« Harmonie entre tous les partenaires »
Pourtant Yannick Guin et René Martin envisagent déjà quelques pistes. « Mais pour plus tard, sauf si vous avez de bonnes idées ». Pour Jean-Marc Ayrault, il n'y a pas de problème, la « Folle Journée est une vraie réussite avec un taux de fréquentation de 98,46 %. Cela s'explique autant par la qualité artistique que par l'harmonie qui règne entre tous les partenaires. Si le ministère de la Culture mettait un peu plus de moyen... ».
Animations grand public
L'an prochain, car c'est déjà demain, René Martin nous concocte un programme, encore une fois, placé sous le label de la plus irréprochable qualité. « C'est vraiment une ouverture sur le XXe siècle où il y a une densité et une force inouïe ».
Yannick Guin annonce aussi une ouverture sur la ville pour la prochaine édition, mais ne veut pas dévoiler le contenu. Et la directrice Michèle Guillaussou, de rajouter que la cité et la Folle Journée, « fière de sa génération Folle Journée » voulait se lancer « vers des animations grand public ».
Philippe Corbou
Au fil d’un entretien, près du kiosque à musique de la Cité des congrès, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous parle de Frédéric Chopin (1810-1849), en cette dernière Folle Journée.
Et si l’on parlait d’amour ?
« Bonne idée ! Sa muse, que dis-je, celle pour laquelle il a tant écrit, n’était autre que la baronne Dudevant, Aurore Dupin. »
Euh… ?
« George Sand, pardi, sans le « s », attention à la faute. Ils s’aimèrent d’amour et de mondanités et vécurent ensemble de 1836 à 1847.
Sachez que Frédéric Chopin meurt deux ans après, en 1849, à l’âge de 39 ans.
Déjà que sa condition physique n’était pas des plus bonnes, elle se dégradera après un séjour à Majorque en Espagne.
L’amoureux y écrira son cycle des 24 préludes. »
Il vivait où avec George Sand ?
« Le couple séjourne à Nohant, une sublime résidence, qui, soit dit en passant vaut aujourd’hui le détour, près de La Châtre dans le Berry. Ils y sont à l’année d’avril à octobre.
Là, Frédéric Chopin compose énormément, il écrira la Polonaise héroïque, la 4e Ballade, la Barcarolle. On sait que George Sand aimait bien materner Frédéric Chopin. »
Comment ça ?
« Hé bien, elle deviendra, après le statut d’amante, un peu sa mère protectrice. Un ouvrage, « Pauline Viardot » de Patrice Barbier (1), dont je vous conseille la lecture, nous en dit un plus.
Elle utilisait même des adjectifs moqueurs mais gentils du style « Chip Chip » ou « Chopino », on lui doit même le terme de « cauchemar chopinesque ». »
C’est mignon, mais pourquoi se séparer ?
« Ah, l’amour, toujours l’amour qui vient et qui s’en va, la passion n’est plus là, une dispute de trop et puis la séparation après neuf ans de vie commune. George Sand avait 34 ans et Frédéric Chopin, 28, quand ils se sont connus. La rupture intervient après que Chopin ait prit partie pour Solange Sand, la fille de George. Ils ne se reverront qu’une fois en 1848 mais, hélas, pas l’année suivante, celle de la mort du pianiste. »
A-t-il eu d’autres amours ?
« Trois de connus : Konstancja Gadkowska, une chanteuse lyrique polonaise dont il était fasciné, on dirait accro aujourd’hui, mais à laquelle il n’osa jamais déclarer sa flamme.
Il a écrit ceci à propos d’elle : « Mes yeux ont surpris son regard. Alors je m’élançai dans la rue et il me fallut un quart d’heure pour revenir à moi. Je suis parfois si fou que c’est effrayant. » La seconde aura pour nom Delfina Potocka, une comtesse de 25 ans. Il jouait du piano tandis qu’elle chantait en lui faisant tourner la tête. Il eut une aventure plutôt brève mais intense, celle-ci étant mariée.
Elle sera là quelques instants avant sa mort. Et puis, il aima Maria Wodziska. Il lui demanda même sa main. Les circonstances de la vie firent qu’elle dût s’éloigner. Ils s’écrivirent mais l’amour s’éteignit petit à petit. George Sand n’allait pas tarder à entrer dans sa vie. »
Stéphane Pajot
(1) Pauline Viardot (Grasset) par Patrick Barbier.
Élodie : « J'adore le piano »
Dans un couloir de la Cité des congrès, elle fait quelques pas de danse dans la foule et s'arrête : « C'est par hasard avec des amis que j'ai découvert la Folle Journée », dit Élodie. Bach et Schubert les années passées ? Elle a aimé.Avec le festival, elle a été prise dans les filets des compositeurs classiques, qu'elle écoute, chez elle. « J'ai découvert que j'adorais le piano », dit-elle. D'où ce plaisir de mieux con-naître Chopin avec un budget lui permettant d'assister à trois concerts. Serait-elle tentée d'apprendre le piano ? « Non », dit-elle, modeste.
Franck : « J'écoute toutes les musiques »
Entre 2 concerts, des spectateurs mangent leur sandwich sous la halle de la Cité des congrès. Tel Franck, la trentaine, un curieux à la Folle Journée. Il dit : « J'aime toutes les musiques : électro, pop, rock, et aussi classique. La Folle Journée, c'est l'occasion de découvertes. Là je suis venu voir un concert de piano seul et un trio d'accordéonistes. » Pourquoi n'être jamais venu avant ? « C'est une question de timing. Je voulais surtout y aller avec quelqu'un », dit-il, souriant à son amie. Chopin sait accompagner ces moments-là.
Christine : « J'aime les romantiques »
Son truc, c'est le théâtre. Christine joue « en amateur » et va « souvent voir des pièces ». « Alors, j'aime venir tous les ans ici, ça me change. Et j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à voir ces jeunes du conservatoire jouer Chopin. » Elle ajoute : « J'aime les romantiques en général, Schuman, Berlioz et Chopin, qui est plus populaire avec ses danses. » Christine s'avoue déçue. « J'avais deman-dé six ou sept concerts et je n'ai eu que deux places. » Car on se presse au festival. « Il y a de plus en plus de monde, mais enfin c'est chaleureux. Chaque fois c'est une plongée dans l'univers d'un compositeur. »
Cédric : « Je vais reprendre le saxo »
« Je ne suis pas venu pour Chopin mais pour écouter un orchestre en particulier, l'orchestre d'Auvergne, qui joue Mozart », dit Cédric. Car la Folle Journée propose à côté de l'hommage à un compositeur toute une variété de con-certs. « Chopin, je connais sur-tout le personnage, mais pas forcément sa musique... » Cédric a « fait partie d'orchestres classiques ». Mais il a laissé de côté son saxophone : « Je n'ai plus le temps de jouer. Mais c'est sûr, ça fait envie, dès que je pourrai, je vais reprendre. »
Frédéric Testu
France Inter, France Musique, Arte, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, ils seront tous là et en direct ce vendredi 29 janvier, pour saluer le maître, Frédéric Chopin, dont on fête aujourd'hui le bicentenaire de la naissance.
La Folle Journée a pourtant commencé par « l'enterrer », si l'on peut dire, en célébrant les Funérailles de Chopin le premier soir de ce festival de musique classique à la cité des Congrès.
Pour la petite histoire, dans la grande, le compositeur avait demandé à ce que soit exécuté le Requiem en ré mineur de Mozart lors des cérémonies de ses obsèques. Ce qui fut alors fait.
À Nantes, mercredi, les funérailles ont été rejouées 160 ans après la mort du grand compositeur, sous la direction de Michel Corboz avec l'ensemble vocal de Lausanne.
« Un grand moment ! Je me suis laissé emporter en fermant les yeux », raconte Armand, un Nantais de 31 ans « J'y étais, j'étais aux funérailles, surtout au moment de la marche funèbre. J'en ai encore des frissons ».
Pour ceux qui auraient loupé le coche, les Funérailles de Chopin seront à nouveau jouées ce vendredi 29 à 22 h 45, samedi 30 et dimanche 31 à 10 h 30.
Chopin et le hip-hop
Dans un autre genre, car on trouve de tout à la Folle Journée, Chopin a été revisité par des groupes de hip-hop, de rap et de blues rock avec bonheur. Ti Dom, Daisy Doll, Smiling Soap, Rapacité ou les élèves de la Boissière ont su réactualiser à leur sauce un Chopin qu'ils découvraient pour la plupart.
Mieux, « on peut repartir avec le disque du concert des transcriptions », explique Christian Meyrignac du label Mirare. Au total, « nous proposons au public de repartir avec vingt et un concerts de la Folle Journée, tous pris en live ».
Histoire de prolonger les moments de frisson.
Stéphane Pajot et Philippe Corbou
Frédéric Mitterrand
Il sera en direct sur France inter de 8 h 20 à 9 h. Il visitera ensuite l'école d'architecture avant d'assister à deux concerts à la cité des Congrès.
Programmation
Sur www.follejournee.fr
Le vendredi 29 janvier, le ministre de la Culture et de la Communication se rendra à l’école d’architecture (6 quai François Mitterrand à Nantes) pour une visite des locaux et notamment le toit terrasse du bâtiment, pour la vue panoramique sur l’île de Nantes. Il assistera ensuite à deux concerts, à l’occasion de la Folle Journée, à la Cité des Congrès.
"Je suis venu voir le p’tit Sévère". Comme ce monsieur, ils sont 200 à avoir applaudi le clarinettiste nantais, hier, lors du premier concert de la Folle Journée 2010. Salle comble.
« P’tit » ? Bien sûr, Raphaël Sévère n’a que quinze ans. Mais il a déjà tout d’un grand.
« Des adultes n’arriveront jamais à avoir ce quelque chose de particulier qu’il dégage », s’enthousiasme Liliane. Ce professeur de formation musicale à la retraite a eu Raphaël en cours, alors qu’il avait sept ans. C’était au Conservatoire de Nantes.
« Il avait déjà une grande sensibilité et une belle maturité », se souvient-elle. Autant dire qu’à la sortie du concert, Liliane se disait
« très fière ! Il a une musicalité superbe. Et cette simplicité qu’il a… C’est magnifique ». Son amie Monique enfonce le clou :
« On est ravies d’avoir pu écouter un artiste de cette trempe ».
Raphaël a joué du Weber et du Spohr, accompagné par sa mère, Tünde Hajdu, au piano. Largement applaudi par le public. Rappelons que Raphaël a été sélectionné pour concourir au titre de révélation soliste des Victoires de la musique classique. Chacun peut voter pour lui sur le site
www.lesvictoires.com/classique G. Le.
Dans la petite salle de concert du foyer Emile-Gibier, les lourds fauteuils roulants sont sagement alignés. Accompagnés parfois de membres de leur famille, les résidants s’apprêtent à vivre un moment exceptionnel : le pianiste de renommée internationale, l’Israëlien Iddo Bar-Shaï, joue pour eux cet après-midi, à l’initiative de la Folle Journée et de René Martin. Mais certains spectateurs ne réalisent pas vraiment ce qui va se passer : plus des deux tiers des résidants de cet établissement sont atteints de la maladie d’Alzheimer.
Pour le pianiste Iddo Bar-Shaï, il n’y a pas de différence entre jouer dans une maison de retraite ou dans la plus grande salle de la Cité des congrès : « Quel que soit l’endroit, la musique demande la même concentration. Je me prépare de la même façon. Ensuite, pendant le concert, le dialogue avec ce public est différent mais il l’est toujours ! Il y a quand même un dialogue qui s’établit avec ce public. J’ai juste choisi des œuvres courtes de Chopin pour maintenir l’attention. »
L’apaisement au fil des mazurkasAu fil du concert, la magie de la musique opère. Alors que les mains d’Iddo Bar-Shaï effleurent ou volent au-dessus des touches du piano, le silence règne dans la salle. Les mazurkas de Chopin s’enchaînent à un rythme soutenu. Les personnes les plus agitées s’apaisent. À la fin du concert, le directeur de l’établissement Patrick Leray est presque étonné : « Nos résidents sont tellement captivés qu’ils n’ont pas bougé de leur siège. Certains d’entre eux, très désorientés, ne peuvent d’habitude s’empêcher de se déplacer. »
La mémoire des sonsL’établissement a fait l’acquisition d’un piano demi-queue Gaveau de 1948, il y a une dizaine d’années. Il tente d’organiser des concerts plusieurs fois par an. « La vie doit continuer pour nos résidants, souligne le président du conseil d’administration Alain Guimard. La musique a une vraie place dans notre établissement.
On dit que les malades d’Alzheimer y sont particulièrement sensibles, la mémoire des sons et de la musique est celle qu’on perd en dernier. »
Julie Charrier-Jégo
julie.charrier@presse-ocean.com
Ce sont des voix de la radio sur lesquelles on pourra mettre des visages à l'occasion de leur venue à Nantes le vendredi 29 janvier. Entretiens croisés avec trois animateurs de la radio France Inter à propos de la Folle Journée et de la ville de Nantes.
Vu de Paris, à quoi ressemble Nantes ?
Vincent Josse de l'émission « Esprit critique » : « Une ville attirante, jeune, avec une culture vive. Ici, toute l'équipe d'« Esprit critique » a dit : « Oh, oui, allons à Nantes ! » C'est bon signe non ? »
Stéphane Bern de l'émission « Le Fou du roi » : « Nantes est la ville où mon frère est né donc je connais bien Nantes pour y être allé plusieurs fois. J'aime sa diversité. J'adore m'y balader. »
Frédéric Lodéon de l'émission « Carrefour de Lodéon » : « Je connais très bien la ville de Nantes pour y aller souvent. J'y ai beaucoup d'amis et c'est dans cette ville que j'y ai rencontré la mère de ma fille. C'est un peu ma 2e capitale. Je suis très sensible au port de Nantes, quai de la Fosse. J'adore me rendre au marché Talensac où je trouve les meilleurs poissons frais au monde ! J'ai plaisir aussi à retrouver mon ami Jean-Luc Tardieu. »
Quels souvenirs personnels avez-vous avec cette ville ?
Vincent Josse : « J'ai couvert « La Folle Journée » il y a trois ans, avec Gérard Courchelle. Nous avions des micro-baladeurs et nous nous déplacions de salle en salle, pour montrer la diversité des orchestres, des formations et de la musique proposée aux Nantais. Hélas, à chaque porte ouverte, les concerts n'avaient pas commencé... Un bide ! Mais nous avons fait malgré cela une émission très joyeuse. »
Stéphane Bern : « Les balades interminables à pieds à travers la ville et sur le port ».
Frédéric Lodéon :«Je me souviens des fêtes (dites « les réunions du Club des trop-z'heureux ») extraordinaires dans l'atelier de mon ami, Gérard Voisin, sculpteur. On y chantait, dansait, lisait des poèmes et lançait des langoustines à travers la table pendant qu'un mouton rôtissait dans la cheminée... »
Quelques mots qui résument pour vous la Folle Journée ?
Vincent Josse : « Élitaire pour tous ».
Stéphane Bern : «J'adore Chopin et sa période romantique. Fan de musique classique, je suis ravi de pouvoir emmener mon équipe du « Fou du roi » à la Folle Journée. Et j'ai hâte de me rendre à cet événement qui rassemble autant de passionnés de musique classique ! »
Frédéric Lodéon : « Il s'agit d'abord d'une très forte participation du public. En effet à la Folle Journée de Nantes, beaucoup de gens se sentent proches des artistes et chacun y trouve une satisfaction tellement l'offre est complète. En plus des concerts très nombreux, on peut entendre des conférences et côtoyer les amis que l'on ne croise qu'ici à Nantes, une fois par an... C'est vraiment un beau rassemblement musical et amical ! »
Comment préparez-vous votre émission nantaise ?
Vincent Josse : « Le spécialiste de musique classique de la rédaction de France Inter, Gérard Courchelle, fera des reportages et nous recevrons des artistes, sans oublier d'interroger des spectateurs. C'est en se rendant sur place à Nantes, en allant aux concerts et en parlant que l'on prépare une bonne émission. Honnêtement, j'ai hâte ! »
Stéphane Bern : «Je vais me mettre au diapason et je vais continuer à écouter beaucoup de disques. Je me suis aussi plongé dans la biographie de Chopin par Eve Ruggieri ».
Frédéric Lodéon : «On souhaite inviter des artistes présents à la Folle Journée et le programme de l'émission sera bien sûr consacré à Chopin ! »
Propos recueillis par Stéphane Pajot
Vincent Josse : émission « Esprit critique », du lundi au vendredi, à 9 h 10.
Stéphane Bern : émission « Le Fou du roi », du lundi au vendredi, à 11 h.
Frédéric Lodéon : émission « Carrefour de Lodéon », du lundi au vendredi, à 16 h.