Dans la petite salle de concert du foyer Emile-Gibier, les lourds fauteuils roulants sont sagement alignés. Accompagnés parfois de membres de leur famille, les résidants s’apprêtent à vivre un moment exceptionnel : le pianiste de renommée internationale, l’Israëlien Iddo Bar-Shaï, joue pour eux cet après-midi, à l’initiative de la Folle Journée et de René Martin. Mais certains spectateurs ne réalisent pas vraiment ce qui va se passer : plus des deux tiers des résidants de cet établissement sont atteints de la maladie d’Alzheimer.
Pour le pianiste Iddo Bar-Shaï, il n’y a pas de différence entre jouer dans une maison de retraite ou dans la plus grande salle de la Cité des congrès : « Quel que soit l’endroit, la musique demande la même concentration. Je me prépare de la même façon. Ensuite, pendant le concert, le dialogue avec ce public est différent mais il l’est toujours ! Il y a quand même un dialogue qui s’établit avec ce public. J’ai juste choisi des œuvres courtes de Chopin pour maintenir l’attention. »
L’apaisement au fil des mazurkasAu fil du concert, la magie de la musique opère. Alors que les mains d’Iddo Bar-Shaï effleurent ou volent au-dessus des touches du piano, le silence règne dans la salle. Les mazurkas de Chopin s’enchaînent à un rythme soutenu. Les personnes les plus agitées s’apaisent. À la fin du concert, le directeur de l’établissement Patrick Leray est presque étonné : « Nos résidents sont tellement captivés qu’ils n’ont pas bougé de leur siège. Certains d’entre eux, très désorientés, ne peuvent d’habitude s’empêcher de se déplacer. »
La mémoire des sonsL’établissement a fait l’acquisition d’un piano demi-queue Gaveau de 1948, il y a une dizaine d’années. Il tente d’organiser des concerts plusieurs fois par an. « La vie doit continuer pour nos résidants, souligne le président du conseil d’administration Alain Guimard. La musique a une vraie place dans notre établissement.
On dit que les malades d’Alzheimer y sont particulièrement sensibles, la mémoire des sons et de la musique est celle qu’on perd en dernier. »
Julie Charrier-Jégo
julie.charrier@presse-ocean.com