Au fil d’un entretien place Royale, près de la grande pharmacie de Paris, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous parle d’un temps grippé du côté de Nantes dans les années 1920.
Cher Félibien, vous m’avez parlé d’un document étonnant ?
Oui, mon ami, Jean-Claude Lemoine, un cartophile bien connu en pays nantais, a découvert une facture surprenante à propos de la grippe au salon du livre du Croisic. Je sais que le sujet est un peu passé de mode, journalistiquement parlant, ces jours derniers mais il vaut le détour.
Que nous apprend-il ?
On y apprend l’existence d’un laboratoire dans les années 1920 au 5 quai Malakoff à Nantes. Ce labo fabriquait déjà un médicament pour lutter contre la grippe, une terrible maladie. N’oubliez pas qu’en 1918, la pandémie de la grippe espagnole a tué vingt millions de personnes dans le monde.
Quel nom portait ce médicament ?
Il avait pour nom l’Atmos, peut-être un raccourci d’atmosphère. La publicité précisait que ce médicament était à la fois « Puissant et Inoffensif ».
On pouvait en commander des stocks ?
Il n’y avait rien de prévu pour l’achat par millions de doses même si le prix du laboratoire nantais était dégressif par quantité. Il allait de 2,80 francs pour un achat de 30 et descendait à 2,50 francs pour un achat de 100 pièces.
Le dessin de votre facture en jette !
On voit effectivement ce Atmos qui tue la grippe tel Saint-Michel terrassant un terrible dragon. Le graphisme de la publicité est tout à fait remarquable et supporte la comparaison avec les grands noms des affichistes de l’époque. Ce n’est pas du Cappiello, mais quand même. Ce dessin est daté de 1919. Il est seulement signé de la lettre J. À cette époque, les artistes ne signaient pas toujours de leur nom entier leurs réalisations publicitaires. Qui était-ce ? Le mystère demeure.
Ce laboratoire va fonctionner longtemps ?
Difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est qu’à la même adresse, aux 5 et 6 quai Malakoff nous avions un important confiseur dans les années 1930. Celui-ci était spécialisé dans la fabrication des réglisses et des pectorales ! Son nom ? « Confiserie Malakoff ». Et l’emblème de sa pub était un tirailleur sénégalais.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
On le croyait évanoui, coulé dans les douves du château des ducs, le voilà qui ressurgit au détour du guide Michelin. Dans sa toute dernière livraison, Michelin, le guide Vert (1), relance un vieux fantasme sur la traite. Au chapitre intitulé « Quai de la Fosse », on peut lire : « Outre les marchandises, de nombreux esclaves africains peuplaient les caves du quai de la Fosse. Des anneaux auxquels ils étaient enchaînés sont encore présents ». Selon Jean-Louis Bodinier, auteur de « Nantes, un port pour mémoire » (Apogée), l'occultation du passé de la ville a contribué, durant des années, à fabriquer ce genre de fantasmes. Les esclaves noirs enchaînés à Nantes est le plus répandu.
Engourdissement mémoriel
Pourquoi ce retour ? « J'y vois deux causes », explique Bertrand Guillet, conservateur en chef du patrimoine. « L'engourdissement mémoriel nantais sur cette question et, face à cela, les premiers travaux publiés sur la question (Rinchon, Gaston Martin) et les premières expositions d'objets (musée des Salorges sur le port en 1924). C'est paradoxal, mais dans c'est dans cette tension que naît cette mystification : ne pas aborder directement la question (comprendre son histoire et surtout ses acteurs) mais fantasmer, mystifier. »
Variantes
L'historien Jean-Louis Bodinier parle de « variantes » et raconte « les faux plafonds dans les appartements du quai de la Fosse destinés à cacher les Noirs ». Il cite « la tenue d'un marché d'esclaves à Nantes ». Autant de racontars que l'on trouve au fil de livres d'une autre époque dont celui d'Henry Bordeaux (1936), « Le Bois d'Ebene » (1934) de Bourcier ou « Journal de la traite des Noirs » de Mousnier (1957).
Rumeur d'Orléans
« Sur le fond, c'est une pure invention. Sur l'origine de cette rumeur, j'en suis réduit à l'hypothèse de l'exorcisme, un peu type rumeur d'Orléans », indique Alain Croix, historien nantais. « Ou, de nature plus proche, comme cette légende qui fait de la pseudo « maison des esclaves » de Gorée le lieu de rassemblement d'esclaves en partance pour les Antilles. » Ces anecdotes falsifiées desservent la compréhension de l'histoire de la traite des Noirs. À l'heure de la construction du mémorial, ce nouvel exemple d'histoire remaniée fait tâche.
Stéphane Pajot
(1) Michelin Nantes week-end. Le Guide Vert. 9, 90 €
Au fil d’un entretien au bar de la salle de l’Olympic, quartier Chantenay, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous parle des prémices du rock nantais.
Un demi-siècle déjà, ça fait drôle ?
Ne m’en parlez pas, ce temps qui passe me tracasse déjà assez comme ça mais c’est ainsi, le rock nantais a cinquante printemps. Les premiers groupes répètent au début des années soixante.
Vous avez évoqué une soirée précise.
Oui, celle du 29 avril 1962. Ce soir-là, les salons Mauduit, rue Arsène-Leloup à Nantes, accueillent le traditionnel et douzième concours d’accordéon. L’événement est organisé par Simon Musique. Et surtout, il est suivi de la prestation de six groupes régionaux : les Rockers, Atomic Boys, Rapaces, Padgells, les Djets et Willy Spring Day. Ce sont tous des émules des Chaussettes Noires.
Le magasin Simon Musique est donc le précurseur ?
Tout à fait. Installé au 1 de la rue Jean-Jacques-Rousseau, c’est le premier magasin d’instruments à Nantes à proposer des guitares électriques. Nous sommes en 1961, l’émission Salut les copains vient de naître sur les ondes.
Monsieur Simon importe des guitares Jacobacci d’Angleterre et des États-Unis, des Ohio, des Welson ou encore des Elite.
Il y a beaucoup de guitaristes électriques ?
En 1963, dans votre journal, Presse Océan parle de 2 000 jeunes pratiquants de la guitare à Nantes. L’instrument supplante les accordéons et les violons. Chez Simon Musique, on écoule 75 guitares par mois dont une vingtaine d’électriques. La plupart sont achetés sur catalogue d’importation entre 180 et 250 francs.
Quel est le premier groupe de rock nantais ?
Si j’en crois l’ouvrage de Laurent Charliot (1), le premier groupe de rock nantais a pour nom Les Rockers. Il est cité à plusieurs reprises dès 1961 suivi de très près par les Rapaces, les Devil’s et les Sunsets.
Qui joue dans les rockers ?
Philippe Bourget à la guitare, Jacques Roy à la rythmique, Yvon Rivoal à la basse et Bernard Morellec à la batterie, il possède alors une caisse claire et une cymbale. Pour l’anecdote, on ne trouvait pas de guitare basse à Nantes, Philippe Bopurget en a construit une lui-même.
Les groupes vont essaimer par la suite.
Plutôt deux fois qu’une. Dès 1963, voici les Diplomates, les Insurgés, les Robots, les Messagers du diable, les Vagabonds, Daniel Gadiou et son orchestre, les Panters, les Titans, les Insolites, les Teenagers… On peut aussi citer les Panters. Ils se composent de fils de soldats américains de la base de Saint-Nazaire. En 1964, la ville de Nantes accueille les quarts de finale des championnats nationaux de guitares électriques. Les Robots gagnent. Des soirées rock sont organisés dans les cinémas, à l’Odéon près de Beauséjour, au Vox et au Moderne à Chantenay, dans les foires, les bals, au Chalet suisse place Zola.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
(1) « La fabuleuse histoire du rock nantais » par Laurent Charliot.
Les histoires d’amour finissent mal en général (air connu) et ça fait un bout de temps que ça dure. Quatre cents ans avant les balbutiements de la Saint-Valentin (au XIVe siècle, on croyait que le 14 février était le jour où les oiseaux s’accouplaient), deux tourtereaux allaient s’aimer d’amour et de philosophie. Avant de se scratcher en plein vol. Résumé. Mon premier, Abélard (futur théologien universel), né au Pallet, jolie commune du vignoble nantais, a quarante ans en cette année 1119. Il est bel homme. Ma seconde, Héloïse surfe sur ses dix-huit printemps. Le maître et l’élève. Le coup de foudre ? Oui. Résultat : un joli garçon, qu’ils prénommeront Astrolabe.
L’oncle d’Héloïse, le chanoine Fulbert, fulmine. Abélard met Héloïse à l’abri, chez lui, au Pallet. Un accord est passé entre les deux hommes, ce sera un mariage. La cérémonie a lieu en cachette, Abélard ne tenant pas à la publicité de cette union. Fulbert le révèle au grand jour. Abélard place Héloïse au couvent d’Argenteuil pour la protéger de son oncle. Fulbert y voit un emprisonnement. Il met un contrat sur la tête d’Abélard. Ce dernier est émasculé par deux hommes. Abélard se retire dans l’abbaye de Saint-Denis, Héloïse prend le voile. L’ensemble de la correspondance des deux amoureux permettra de reconstituer la vie de ce couple hors du commun. Un recueil de 116 lettres anonymes, les Epistolae duorum amantium, copiés vers 1471, sont attribués au couple par certains historiens. Abélard est mort le 21 août 1142 à l’âge de 63 ans et Héloïse en 1164. Ils reposent dans le cimetière du Père Lachaise à Paris. Et Astrolabe ? Sa destinée reste toujours mystérieuse à ce jour. D’aucuns pensent qu’il fut chanoine de la cathédrale de Nantes sans apporter de preuves concrères à cette hypothèse. En cette Saint-Valentin 2010, le mystère demeure.
Stéphane Pajot
Au fil d’un entretien non loin de la caserne Bedeau à Nantes, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous raconte l’histoire méconnue de ce militaire, nommé le « soldat Méresse », à travers des cartes postales.
Comment avez-vous connu ce soldat ?
En découvrant une carte postale de cet homme chez un marchand de la place Viarme. Je pensais jusqu’alors qu’il n’existait qu’une carte à son effigie jusquà ce qu’un érudit du vieux Nantes, en l’occurrence Jean-Claude Lemoine, en dévoile une seconde. Il en a fait état dans un récent bulletin des cartophiles du pays nantais.
Que disait-il ?
Jean-Claude Lemoine disait que le soldat avait une médaille de plus sur la seconde carte postale. Incroyable, non ? Le logiciel « Photoshop » était pourtant bien loin d’être inventé !
Il y a une suite…
Un vrai feuilleton. La suite, on la doit à Xavier Trochu, rédacteur chef des archives municipales de Nantes. Il nous a appris qu’il n’y a pas deux mais trois cartes postales de ce soldat Méresse ! Sur la toute première, qui porte la mention « Cliché : Félix, Nantes », le militaire ne porte aucune médaille. Donc, les deux autres qui ont suivi ne peuvent être que des photomontages par rapport à l’original.
Comment expliquer cette venue subite de médailles ?
La carte postale date du début de la Grande Guerre. Si la médaille militaire a été créée le 22 janvier 1852 par le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte pour venir récompenser les mérites des meilleurs soldats, la Croix de Guerre (qu’il arbore) a été créée en 1915.
Il faut donc en déduire…
À la date de sa blessure, le 6 septembre 1914, il ne pouvait porter la seconde médaille puisqu’elle n’existait pas. On lui a rajouté sur la photo.
Au fait, qui était cet homme ?
Xavier Trochu a repéré qu’il figurait dans le 43ème régiment de ligne (infanterie), basé à Lille dans le Nord. On sait qu’il a été blessé lors de la bataille de la Marne le 6 septembre 1914 parmi 33 autres victimes. Il a également retrouvé sa trace dans le registre des hôpitaux Bel-Air et Saint-Stanislas en ces termes : « Méresse Clovis, 43ème R.I., entré le 11 septembre 1914, sorti le 14 janvier 1915 ».
À quoi pouvaient servir ces cartes ?
Il s’agissait d’appuyer sur la barbarie des « Boches », le courage du « Poilu », bien entendu, et comme le dit l’archiviste de Nantes, « montrer l’effort de toute la France, qu’elle soit au front ou à l’arrière ».
Quant à l’explication la plus probable à propos de ses décorations « rajoutées » sur cette photographie, elle tient au fait que le soldat est parti de Nantes. Du coup, il était impossible de le photographier à nouveau. Le photomontage avec deux nouvelles médailles sur le cliché original s’est imposé à la propagande.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
À l’heure où la revue 303 consacre un numéro à René Guy Cadou, Luc Bérimont et les poètes de l’école de Rochefort, petit aperçu de cet immense et joyeux poète, au fil d’un entretien avec Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique.
C’est une vie météorique ?
Oui, mais intense. En très peu de temps, René Guy Cadou, né le 15 février 1920 à Sainte-Reine-de-Bretagne (Loire-Inférieure) a écrit beaucoup. En 1937, il publie son premier recueil, « Brancardiers de l’Aube ». Il est devenu ami avec quelques grands dont Max Jacob et Pierre Reverdy. Il adorait correspondre avec les poètes de son temps, notamment ceux qui feront partie de l’école de Rochefort.
Quelle était cette « école de Rochefort » ?
À l’origine, un pharmacien, Jean Bouhier, pharmacien à Rochefort-sur-Loire (Maine-et-Loire) invite dès 1941 quelques poètes chez lui autour de la revue Les Cahiers de Rochefort. L’arrière-cuisine se transforme sous l’occupant en un lieu extraordinaire. Colette Bouhier, la femme de Jean, est également très présente dans ce petit monde où l’on croise donc René Guy Cadou, mais aussi Luc Bérimont, Michel Manoll, Jean Rousselot, Marcel Béalu ou Luc Bérimont. Détail : Cadou préférait le terme de « cour de récréation » à celui d’école. L’un de ses autres grands amis fut Sylvain Chiffoleau, l’imprimeur nantais avec qui il partagea les bancs du lycée Clemenceau. Il y eut aussi Julien Lanoë, créateur de la revue La ligne de cœur.
L’écriture donc, un besoin vital pour Cadou ?
Vital, c’est le mot. Hélène, son épouse avec qui il a vécu de 1943 à sa mort en 1951, a confié qu’il prenait régulièrement des notes sur des papiers. Il aimait choisir la qualité des papiers utilisés. C’était aussi quelqu’un qui avait besoin de se retrouver dans la solitude. À Rochefort, chez Jean Bouhier, il quittait les autres poètes pour aller s’installer dans le grenier et écrire tout seul. Son écriture était très visuelle.
Et le cinéma ?
Oui. Il adorait le cinéma, il s’en nourrissait. Il aimait Fantômas, les adaptations d’Alexandre Dumas. Un poème de Cadou, c’est une petite histoire qu’il raconte. En peinture, il aimait Braque, Gauguin et son ami Roger Toulouse de Perpignan. Ils s’écrivaient régulièrement.
C’était un homme mélancolique ?
D’apparence joyeuse et bon vivant, il remontait le moral à tout le monde. Sa maman, Anna Cadou, meurt alors qu’il est âgé de 12 ans et son père 8 ans plus tard. Il vit aussi les bombardements de 1943 et la destruction de sa maison. La mélancolie était en lui. Il avait un humour fabuleux, joyeux, m’a confié son épouse Hélène Cadou. Chez René Guy (Guy étant le prénom de son petit frère décédé), c’était la proximité de la joie et de la douleur.
Comme ce jour de 1941…
Le 22 octobre 1941 très exactement. Alors qu’il se rend à bicyclette à l’école de Saint-Aubin-des-Châteaux, où il enseigne, il croise les trois camions bâchés qui roulent vers la carrière de la Sablière à Châteaubriant. À l’intérieur, 27 otages. Ils sont fusillés quelques instants plus tard. René Guy écrit alors plusieurs poèmes regroupés sous le nom de « Pleine Poitrine ».
Stéphane Pajot
Revue « 303 ». « Cadou, Bérimont et les poètes de l’école de Rochefort ». 30 euros. En vente en librairie.
Il y a un siècle, les inondations Sale temps pour les Nantais ! En 1910, un certain Henri ne manque pas d'humour dans la missive qu'il poste à sa famille. « Je crois que c'est le moment d'apprendre à nager pour habiter Paris ! Ici, la Loire est à 25 centimètres des quais, pour peu que ça monte encore, juge un peu ! Certaines rues sont déjà desservies par des canots... ». Au fil d'un entretien avec Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, on en apprend un peu plus sur la situation.
Cher Félibien, il parait que Nantes est une habituée des inondations ?
Oui et ce n'est pas la première fois. Les plus fortes crues de la Loire ont eu lieu en 1856, 1872, 1879, 1904, 1910 et 1936.
En 1910, ça se passe comment avec la crue ?
De l'eau, il y en a partout. Même la célèbre place du Commerce, jadis nommée la place du Port-au-Vin quand elle accueillait les barriques de muscadet, s'en est pris plein les pavés, les trottoirs. Des planches surélevées ont été installées par la municipalité afin de permettre aux habitants de sortir de chez eux sans boire la tasse.
Comment les Nantais vivent cet événement ?
Ils s'y acclimatent bien contre leur gré. Ils se livrent ainsi à toutes sortes d'exercices afin d'éviter de tomber à l'eau. Tous les habitants des rez-de-chaussée ont calfeutré leur demeure et tenter de sauver leurs meubles quand l'eau s'était infiltrée. Les ouvriers, comme les ménagères prennent les bateaux pour aller travailler. Des coursives en bois ont été construites afin de permettre aux Nantais de rentrer chez eux. On fait attention de ne pas tomber, on emprunte des braques quand c'est possible ou la charrette quand le cheval peut encore passer. La vie continue. Dans certains quartiers, il n'y a même pas d'appontement alors hommes et femmes, pieds nus, barbotent dans cette eau sale et jaune qui charrie toutes sortes de détritus. C'est une désolation, un désastre aussi impressionnant que la crue de 1872 qui avait atteint la cote de 6, 35 m.
La faute à qui ?
Le 6décembre 1910, alors que la situation s'améliore, le journal Le Phare, je cite, donne l'explication ; « Il est nécessaire que le public sache bien que les malheurs qui ont menacé Nantes pendant quelques jours et qui n'ont peut-être été conjurés que par la ruine des riverains, c'est-à-dire par la rupture de la Divatte, auraient sûrement été évités si l'on s'était décidé à faire les travaux nécessaires :creusement et aménagement rationnel de la Loire entre Nantes et la mer pour faciliter l'écoulement rapide des eaux d'amont. Et en second : la destruction des ponts et des barrages qui obstruent la Loire dans son passage à Nantes et déterminent ainsi une surélévation redoutable des crues aussi bien à Nantes qu'en amont jusqu'à Mauves ». Le journaliste estime qu'il faut purement et simplement détruire le pont de la Madeleine et le pont de Pirmil, ses ponts archaïques en les remplaçant par des modernes. « Il en résultera une cote des hautes eaux que l'on peut réduire à 70 cm environ ». Au fil des ans, les souhaits du journaliste seront en partie exaucés avec le creusement du chenal de la Loire et la destruction du pont de Pirmil. Dans les jours qui suivront le 6décembre 1910, l'eau se retirera petit à petit de la ville.
Stéphane Pajot
Mais pourquoi parle t-on de ce Philippe Gengembre ?
« On doit ces retrouvailles à l'association numismatique armoricaine. Elle est à l'origine de la création de trois bustes de ce personnage. Ils ont été offerts la semaine dernière au musée de la Monnaie de Paris, au muséum d'histoire naturelle de Nantes, dont il a conçu la charpente métallique et à la DCN d'Indret, dont il fut le directeur ».
Racontez-nous son parcours...
« Je vais alors citer Gildas Salaün, de l'association numismatique qui a consacré un long chapitre dans la revue Neptuna. Disons que Philippe Gengembre, né à Houdain (62) était très intelligent. Il se lie d'amitié avec les savants et mathématiciens de son temps, devient rapidement un spécialiste des phénomènes de transmission de chaleur, de combustion. Il crée le premier éclairage au gaz de Paris en inventant un gaz inflammable ».
Costaud, le gars !
« Très. Le gouvernement l'envoie en Amérique vers 1792 pour le commerce et les relations entre les deux pays. En fait, il tisse un réseau d'informations entre les consulats français établis en Amérique et les contrées américaines et canadiennes favorables à la France. A son retour, après avoir aussi vendu des armes (!), il apprend le métier d'artiste-mécanicien dans les ateliers monétaires. Nommé inspecteur général des monnaies dix ans plus tard (soit responsable de la frappe monétaire française) il implante des ateliers monétaires en France ».
Mais encore ?
« Sa carrière d'inspecteur explose en 1815 à la Restauration mais il n'a pas dit son dernier mot. Commerçant de bains publics en 1823, il fournit la charpente métallique et le matériel de frappe du nouvel atelier monétaire nantais construit par son fils (!) Nous voilà donc dans l'actuel muséum d'histoire naturelle puisqu'il s'agit du même bâtiment ».
Un rebondissement ?
« Quand la Marine royale décide de créer ses propres machines à vapeur sur le site d'Indret, l'usine est confiée à Philippe Gengembre. Il est alors âgé de 64 ans. Le Pélican, premier navire à vapeur français équipé de chaudières, sort d'Indret. Sous sa direction, on en comptera une vingtaine ».
Et puis il meurt...
« On y passera tous, croyez-moi. Pour Philippe Gengembre, ça se passe le 19 janvier 1838, d'une fluxion de poitrine. Son personnel réalise deux statues en bronze, l'une pour le cimetière Miséricorde et l'autre pour l'usine. La Loire étant gelée, le convoi traversera à pied pour gagner le cimetière des protestants. Joli, non ? »
Stéphane Pajot
(1) Neptuna en vente à Agora presse (cours des 50 Otages) et à la librairie du château des Ducs. Tel : 02 40 20 45 66 et mail : gilberte.martineau@wanadoo.fr
Voilà donc près de 50 ans que Demy imagine « Lola », son premier long métrage ?
« Exact, c'est très exactement en 1959 qu'il réussit à boucler son budget, près de 38 millions de francs.
Le film sera en noir et blanc, une contrainte demandée par le producteur Georges de Beauregard, alors que Demy l'imaginait en couleur. Il aurait aimé avoir Jean-Louis Trintignant dans le rôle principal, mais ce dernier avait un autre projet. »
Et alors ?
« Ce sera finalement Marc Michel qu'il engage trois jours avant le tournage. Il collabore aussi pour la première fois avec Michel Legrand qui signe la musique. Les décors et les costumes sont assurés par Bernard Evein, l'assistant, Bernard Toublanc-Michel.
Initialement, le titre du film était Un billet pour Johannesburg, rebaptisé Lola. D'ailleurs, Jacques Demy aurait préféré faire une comédie musicale de Lola. Mais, explique-t-il alors, le film «aurait coûté cent cinquante millions et ne serait jamais amorti. Car en France, le public n'est pas attiré par ce genre de cinéma «. »
Comment dirigeait t-il les acteurs ?
« Avec passion ! C'est lui-même qui le dit dans une interview à Nous deux en novembre 1961.
La revue consacre un hors-série spécial Lola composé d'un roman-photo.
Je le cite : « C'est la partie de mon travail que je préfère, le seul moment de détente dans la réalisation d'un film : la mise en place technique est une chose très éprouvante.
Le jeu des acteurs, en revanche, c'est l'âme qu'on insuffle sur la pellicule, un silence bien joué fait qu'un plan « vibre », devient une matière vivante. »
Quelle était l'histoire de Lola ?
« La trame ? A Nantes, une danseuse de cabaret courtisée par un ami d'enfance qui lui, est aimé par une autre, retrouve le père d'un enfant qu'elle a eu jadis.
Le monsieur devenu très riche l'épouse. »
Il sera satisfait de l'accueil du film ?
« Etonné surtout. Sur cent critiques, deux seulement sont mauvaises. « Je ne croyais pas que Lola réunirait tant de suffrages, souligne t-il. Ce n'est pas un film à la mode. En général ce genre de film est laid et ennuyeux. »
Lola sera son seul film tourné à Nantes ?
« Non, il y a Une chambre en ville qu'il réalise en 1982, situé à Nantes. Un des personnages de Lola est d'ailleurs évoqué dans le film, par le biais d'une note de réparation de téléviseur. L'action a lieu en 1955 lors des grèves dans les chantiers navals. Une autre histoire. »
Que reste t-il de Lola ?
« Ce très beau film que je vous conseille ainsi que le documentaire Jacquot de Nantes, réalisé par son épouse Agnès Varda. Et puis la Cigale et le passage Pommeraye. Les hommes disparaissent, les lieux restent. »
Stéphane Pajot
Cette fois, c’est l’historien qui parle. Jean-François Caraës, directeur adjoint des archives départementales de la Loire-Atlantique (1) a retrouvé la trace de cette femme après la publication de l’article sur cette femme (nos éditions du 30 octobre). « « Constance Noail » apparaît pour la première fois dans un recensement en 1866, au domicile de Henri Lelasseur rue Gresset », souligne Jean-François Caraës. Il s’agissait de « l’hôtel de feu son beau-père Galdemar décédé en 1860. Elle a alors 60 ans et est dite « femme de confiance ». Elle est un peu âgée pour s’occuper du petit Lelasseur qui n’a que 9 ans. Elle a également été domiciliée au Boishue en Saint-Joseph-de-Porterie en 1876/1891 chez Henri Lelasseur, avocat et propriétaire et père de Louis (le légataire universel) ».
« Convolé avec deux créoles »
Qualifiée de « rentière », elle est dite « sa tante » dans la liste nominative de recensement, et également « Anglaise née à l’île Maurice, colonie anglaise ». Henri Lelasseur avait épousé Marie-Caroline Galdemar. « Ce médecin originaire de l’Aubrac demeurait à l’île Maurice au début du XIXe siècle, où il a convolé à deux reprises avec des « créoles », la première en 1813, la seconde avec une Le Masne de Chermont en 1821. Ses filles sont nées dans cette île? colonie française puis anglaise. C’est donc par cette voie que Constance Noailles est arrivée chez les Lelasseur. »
« Ce n’est pas une indigente »
« Elle n’est pas signalée demeurant chez un « maître ». Les déclarants sont François Xavier Le Lasseur de Ranzay, âgé de 23 ans, et Stanislas Urvoy de Portzamparc, capitaine d’infanterie ». François Xavier Lelasseur, né en 1872, était étudiant en droit en 1896. Et le 13 rue Gresset était le domicile des Galdemar, où logeait également Henri Lelasseur.
Constance Noaille(s) n’est pas indigente puisque « la déclaration de succession a été effectuée le 11 juillet 1896 et qu’elle a déposé chez Me Fleury, notaire à Nantes, un testament daté du 20 septembre 1879 instituant légataire universel Louis Lelasseur de Ranzay. Là il y a bien un rapport, qui peut expliquer la déclaration de décès et le règlement d’une concession à perpétuité ».
Constance Noaille(s) « est décédée le 13 février 1896 « en sa demeure », 18 rue Desaix ».
Elle travaillait comme femme de chambre rue Gresset. Constance Noaille(s) « n’est peut-être qu’une simple « créole » européenne, ancienne employée de maison d’une famille notable nantaise, à Nantes en raison des liens étroits de la ville avec les îles Mascareignes, mais non d’origine africaine et/ou « esclave affranchie ». Inclure sa sépulture dans un parcours sur la traite sur d’aussi maigres et hypothétiques éléments me paraît pour le moins prématuré… »
(1) J-F Caraës est aussi président de la Société archéologique et historique de Nantes et l’auteur d’ouvrages historiques
Au fil d’un entretien déguisé, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous raconte l’histoire d’une Cloche qui a traversé les siècles.
Alors cher Félibien, cette fameuse « Cloche », elle sonne toujours ?
« Cher ami, c’est bien le mot, les membres de la Cloche se nomment des « sonneurs « et non des « clochards », comme il aurait été facile de le penser. Et elle sonne plus que de raison puisqu’elle fêtera la 90e édition de sa revue à partir du 30 décembre prochain à la Beaujoire. Cela jusqu’au 7 février 2010 ».
90e édition.. mais on m’a parlé de 115 ans ?
« Je vous explique, la Cloche a bien été créée il y a 115 ans mais il y a eu un manque de revues dans les premières années, ainsi que lors des deux guerres mondiales, m’a expliqué le biographe de cette société artistique, le dénommé Mannix ».
Mannix ?
« Oui, Mannix, qui a consacré deux ouvrages sur le sujet. Bref, ce qui fait que cette nouvelle édition correspond à la 90e. CQFD ».
Parlez-nous de sa création
« Elle est née très exactement dans la nuit du 12 au 13 janvier 1895. Selon Mannix, MM. Poher et Peltier sortaient d’un concert ce soir-là et ont élaboré les bases de cette nouvelle Société qui devait être populaire par rapport au Clou ».
Le Clou ?
« Il s’agissait d’une autre société artistique qui, toujours selon Mannix, ne comportait que des cadres de haut niveau, professions libérales et des bourgeois nantais. Le Clou est né en 1884 et a disparu en 1912. Bref, la Cloche se devait d’être un peu son pendant, être accessible à tout le monde. En marchant sur le pont de la Belle Croix, Poher et Peltier entendent alors sonner les douze coups de minuit au beffroy de Sainte-Croix. Ni, une ni deux, ils ont tout de suite pensé à la Cloche ».
Quand eut lieu leur premier spectacle ?
« Le 23 janvier 1895 au café de l’Univers, situé à l’angle de la rue Jean-Jacques Rousseau et de la place Graslin. Ce café existe d’ailleurs toujours. Le premier but était de donner aux Nantais des soirées dans l’esprit de celles présentées dans le Nord, d’où le premier nom de « Soirées flamandes » ». On pouvait « entre hommes, tout en buvant un verre et fumant sa pipe, écouter chanteurs, diseurs, comiques et chansonniers ». Les femmes furent admises un peu plus tard au sein des « sonneurs » (le terme de « clochards » étant banni) par le biais de soirées baptisées la « Flamande des dames ». La première revue fut jouée le 11 septembre 1895 à Graslin, elle se nommait « Carillonnons ». Le premier carnaval de la Cloche fut créé la même année, le char était une grosse cloche en fleurs ».
La Cloche parodiait la vie municipale dès ses débuts ?
« Non, il faut attendre la sortie de la Première Guerre mondiale. La Cloche brocarde alors la politique municipale et les événements nationaux ayant marqué l’année en cours. Ce qui est toujours le cas de nos jours ».
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Trente ans déjà ? Cher Félibien, vous ne vous emmêlez pas les pinceaux dans les dates ?
Ça m'arrive effectivement mais là... Jean-Luc Courcoult, le fondateur et directeur de Royal de Luxe signe voilà, pile poil trente ans, sa première création intitulée Le Cap Horn. Courcoult lui-même raconte son démarrage et l'esprit qu'il entend insuffler dans une auto interview. Je le cite : « dès la fondation de Royal de Luxe en 1979, Avec Didier Gallo-Lavallée, la décision fut irrévocable autant que politique : pas de théâtre en salle. Beaucoup de gens ont quitté la troupe car il fallait faire la manche pour vivre. On a vécu quatre ans dans la rue, mais on a beaucoup appris ».
La troupe n'était pas basée à Nantes
Non, cette compagnie a été fondée à Aix-en-Provence et c'est près de Toulouse dans un château qu'elle squatte alors que la troupe va faire vraiment parler d'elle avec Les mystères du Grand congélateur (1980) ou du Bidet cardiaque (1981).
Il imagine ensuite La demi-finale du Water Clash (1982), Roman Photo ou encore cette incroyable Véritable Histoire de France.
Ah là, je m'en souviens...
Et comment ! Les Nantais ne l'ont pas oublié, Royal de Luxe a joué cette Véritable histoire de France sur le parvis de la cathédrale et sur la place de la Petite Hollande.
D'ailleurs, une fois que le livre d'histoire géant s'est refermé, la Mano Negra a donné un concert dessus.
En 1992, c'est aussi l'année de Cargo 92, une aventure collective avec la Mano Negra et les compagnies Philippe Decouflé et Philippe Genty. Une rue sera créée dans un vieux cargo et tout ce beau monde se retrouvera pour une tournée en Amérique du Sud.
La suite ?
Vous la connaissez. Citons la Visite du Sultan des Indes sur son éléphant (2005), La Révolte des Mannequins (2007), la Petite Géante au Chili et en Islande (2007), Estuaire en juin 2009 et Berlin cette année avec la « petite » et le « grand ».
Ah, Berlin, grand moment !
Royal de Luxe a joué le 3 octobre 2009, jour de la réunification officielle de l'Allemagne. La presse a parlé d'un million de personnes présentes dans les rues de la capitale allemande.
Au fait, pourquoi la troupe s'est-elle installée à Nantes ?
Leur venue date de 1989, comme la chute du mur et l'arrivée de Jean-Marc Ayrault à la tête de Nantes. Avant cette décision, il faut savoir que la ville de Toulouse refuse de leur verser la moindre subvention.
Royal de Luxe lance alors un appel dans la presse nationale. Nantes y répond favorablement grâce à l'homme de la culture du maire, un certain Jean Blaise.
Celui-ci les connaît déjà, il les a fait jouer à Saint-Herblain, à la Gournerie quand le maire était Jean-Marc Ayrault. Nantes finance les créations, la troupe se débrouille pour les vendre.
Ils ont de nouveaux projets ?
Plein. La venue des géants est prévue en 2010 au Chili, au Québec, en France, en Belgique et en Australie en 2011. Et sûrement d'autres surprises.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Pouvez-vous nous en dire plus sur ce théâtre mon cher Félibien ?
Situé place Édouard-Normand (autrefois place Brancas), ce théâtre de la Renaissance a été édifié par les architectes nantais Félix et Joseph Chenantais à la demande de deux frères, Prosper et Joseph Touchais, marchands de fer commissionnaires, domiciliés place du Cirque. L'ouverture de cet espace culturel eut lieu le 25 décembre 1867. Sa capacité d'accueil était de trois mille quatre-vingt-quatorze places. Il pouvait être transformé en cirque par le simple arrangement du parterre en piste.
On m'a parlé d'un cyclone dévastateur ?
Exact. En 1900, suite aux dégâts causés par un cyclone qui s'était abattu sur Nantes, après rénovation, il ne contenait plus de deux mille cent quarante-trois places.
Qui voyait-t-on dans ce théâtre ?
Outre des chanteurs italiens et bon nombre de comédies, le théâtre de la Renaissance avait notamment reçu le banquet républicain du 5 avril 1897 à l'occasion de la venue du président Félix Faure.
Très bien, oui mais encore...
Des centaines de pièces y furent jouées, telles que Le Tour du monde en quatre-vingts jours du Nantais Jules Verne.
Jules Verne y était ?
Bonne question et vraie colle, il faudrait faire des recherches.
Et donc, il va brûler !
Oui, il fut touché par un incendie le 19 décembre 1912, alors qu'on y donnait une pièce intitulée L'Arlésienne. Les sapeurs-pompiers vont lutter de nombreuses heures pour venir à bout du sinistre. Mais ils ne pourront pas empêcher la destruction quasi-totale de ce haut lieu culturel nantais qui ne se relèvera jamais de ses cendres.
Quelle est l'origine du sinistre ?
Le sinistre fut imputé au mauvais fonctionnement d'un appareil de chauffage.
Pourquoi ne le rénovera-t-on pas ?
Initialement, la ville de Nantes entend reconstruire la Renaissance - cette option est adoptée le 3 août 1914 - mais la Grande Guerre éclate. La nouvelle salle de spectacle ne verra jamais le jour. Un square fut aménagé après la destruction totale du bâtiment.
Et ensuite ?
Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour qu'un temple protestant, toujours là de nos jours, remplace le vieux théâtre.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Bouleversantes, inquiétantes ou émouvantes, des courriers d’aliénés du début du vingtième siècle, adressées au procureur de Nantes font l’objet d’une publication sous le titre « Les fous, lettres et récits de Nantes et d’ailleurs » (1). Elles ont été compilées par le Nantais Eric Lhomeau, à qui l’on doit déjà un guide du cimetière de Miséricorde. « La moitié du livre concerne des lettres écrites par gens de Nantes, soit pour se plaindre ou pour demander de sortir de Saint-Jacques », précise l’auteur. Extraits du courrier d’un « poilu » qui fut interné après avori été blessé par des obus durant la guerre 14-18.
« En première ligne »
« Le 16 Août 1938. Monsieur le Procureur, J’ai à vous parler au sujet de ma pension militaire de guerre. Monsieur, je ne vois pas pourquoi je suis comme simple indigent, et puis que tout le mal que j’ai, je ne l’ai attrapé qu’à la guerre. Si je n’avais pas été soldat, je ne serai pas allé à la guerre, par conséquent je n’aurai pas le mal que j’ai et je ne serais pas comme un esclave comme je suis maintenant. J’ai attrapé ce mal qu’à la guerre en première ligne dans les tranchées et dans les nappes d’eau jusqu’aux genoux par moment des journées entières par moment de crainte d’être tué par les obus […] »
Les gaz
« Mais ils (Les Allemands), balançaient des gaz ou je suis passé dedans plusieurs fois et que j’en ai respiré aussi pour n’avoir pas eu le temps de mettre mon masque, eh ! bien maintenant j’ai des rhumatismes dans les épaules, dans tout le dos et dans les jambes et des pointes de côtés, probablement que c’est par les gaz que tout cela me fait souffrir beaucoup, très souvent, et puis j’ai été commotionné par les obus ce qui m’a fait perdre la mémoire beaucoup […] J’ai été réformé parce que j’étais plus que moitié fou. ».
Mémoire
« Il y a que la mémoire qui m’est revenue un peu, un peu moins faible aussi, mais je serais incapable de gagner ma vie dans le civil comme je suis, mais je n’ai jamais pu gagner ma vie moi-même dans le civil depuis que je suis réformé, je n’avais pas la santé, ni la force. Ca fait que j’ai été obligé de venir à l’hôpital de Nozay en 1934 et à l’hôpital de Nantes St Jacques en 1935 ou je suis maintenant. C’est dans les environs du Chemin des Dames que j’ai attrapé tout ce mal au 221ème batterie, quel corps d’armée et quelle division ? Je ne m’en rappelle pas, car comme j’avais été commotionné par les obus, ça m’avait tellement coupé la mémoire que je ne peux encore arriver à m’en rappeler »
Evacué en 1918
« C’était en 1918 que j’avais été évacué et réformé, mais je ne vois pas pourquoi qu’il y en a qui ont de bonnes pensions de guerre et qui sont comme pensionnés de guerre à l’hôpital et qui ont pas plus de mal que moi-même, même moins j’en suis sûr, je les vois de mes yeux, alors moi je suis comme un zéro ? Moi je suis de Nozay, Célibataire, c’est le nom de ma mère. Je termine en attendant votre réponse ce que j’ai espoir de recevoir d’ici peu. Mon adresse : Hôpital St Jacques - 12ème Section - St Sébastien - Nantes (Loire-Inférieure). Bien le bonjour, Monsieur le Procureur »
(1) A paraître mi-novembre.
Rendez-vous avec Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, au fil d'un entretien au bord de l'eau, boulevard Van-Iseghem. Il nous parle de la vente d'un bateau-lavoir.
Alors Félibien, on trouve toujours des bateaux-lavoirs à Nantes ?
Il en reste au moins un, qui a connu, une belle vie de musiques, de 1968 à 1978. Les chanteurs de la rive gauche, et les Bretons, de Gilles Servat à Hélène et Jean-François, de Tri Yann à Alan Stivel ou encore Jean-Michel Bertin, venaient y jouer. C'était en quelque sorte le dernier « bateau-lavoir » en activité. En activité musicale. Aujourd'hui, sa propriétaire y vit toujours.
Et puis récemment, le bateau-lavoir près de la préfecture...
Quai Ceineray, devant la préfecture, oui, oui, une idée de Pierre Oréfice, directeur des Machines de l'île et de François Delarozière. D'ailleurs, il a tellement plu à la ville de Nantes qu'ils ont décidé d'en construire un second. Ils l'ont offert à la ville de Suncheon en Corée du sud. En remerciement d'un temple coréen construit dans le parc du Grand-Blottereau.
Vous aviez aussi parlé d'une vieille vente
Exact, elle se trame en 1941 puis 1943. En fait, dans un document insolite retrouvé au fil de la brocante de Nantes, un acte notarié de vente d'un bateau-lavoir nous dévoile les coulisses de ces tractations d'un autre temps.
Tiens, donc...
Ainsi, la dénommée Madame Bouvier vend pour 10 000 francs » (8 000 pour le bateau, 2 000 pour la clientèle) à Madame Naud un « bateau-lavoir ancré en Loire quai Malakoff, portant le numéro 3 de l'inscription du service des Ponts et chaussées ».
C'est précis !
La « venderesse » déclare son chiffre d'affaire (12 000 francs en 1940 ; bénéfices commerciaux 1 500 francs par an) des trois dernières années. Celle-ci doit en revanche ne pas créer ou gérer un « autre bateau-lavoir pendant un délai de dix années à dater de ce jour et dans un rayon de mille mètres à vol d'oiseau du bateau cédé ». L'affaire a été réalisée le 20 août 1941 au « Cabinet les Affaires », 10, place du Commerce à Nantes.
Puis, en 1943...
Rebelote, le 11 mars 1943, Madame Naud vend à Madame veuve Jubier le même bateau-lavoir pour douze mille francs.
Elle a réalisé un chiffre d'affaire de 8 000 francs en 1942. En 1943, Nantes connaîtra les terribles bombardements des 16 et 23 septembre, on ne connaît pas la fin de l'histoire de ce bateau-lavoir.
En 1943, l'histoire se passe durant l'Occupation
Tout à fait, d'ailleurs, dans le dossier de vente, on remarque, un petit papier, une « circulaire de M. le secrétaire d'État à la production industrielle en date du 23 octobre 1941 », avec cette précision à remplir : « atteste qu'il n'est pas juif au regard des lois et ordonnances en vigueur dans la zone occupée ».
C'est en effet en 1941 que fut promulguée la loi du gouvernement de Vichy qui rendit effective la spoliation du patrimoine immobilier des Juifs français et étrangers.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
C’est en 1941, en pleine occupation allemande que fut fondée l’école de Rochefort, un groupe de jeunes poètes, de 18 à 25 ans, parmi lesquels Jean Bouhier, Max Jacob, Luc Bérimont, Michel Manoll (libraire place Bretagne) et René Guy Cadou (1920-1951). Cette « cour de récréation », « surromantisme », dira René Guy Cadou, se poursuivit jusque dans les années soixante avant de disparaître.
Dans ses premiers « cahiers Cadou » (lancés à l’initiative des éditions nantaises du Petit-Véhicule) sa femme, Hélène Cadou, poétesse, raconte notamment la genèse du poème des « Fusillés de Châteaubriant ». Le 20 octobre 1941, l’assassinat du colonel Hotz, alors gouverneur de la place de Nantes, engendre la mort de cinquante otages. Alors qu’il était à bicyclette, « René a croisé le camion qui emmenait les otages qui chantaient. On allait les fusiller dans la carrière de Châteaubriant. Cette vision l’a absolument bouleversé. René a donc écrit ce poème où il dit que « la mort est une chose simple puisque toute liberté se survit ». Hélène Cadou souligne que René Guy Cadou a également échappé au « ratissage » du maquis de Saffré (29 résistants seront fusillés) alors qu’il passait à proximité. « Un officier allemand l’a arrêté et lui a demandé : « Qui êtes vous ? Sortez vos papiers ». René a répondu : « Je suis poète ». L’Allemand, lui a dit « Partez mais partez vite ». Il a eu le remords du privilège que lui avait accordé la poésie ». Max Jacob (mort en déportation en 1944) a été « l’un de ses grands maîtres, un peu son père. Il s’écrivaient dès 1936 ». Pour de nombreux poètes, « l’amitié pour Cadou a été très souvent une amitié par correspondance ». Correspondances aussi avec Paul fort, Reverdy, Mac Orlan, Blaise Cendrars… « Il était incapable de vivre une journée sans écrire ».
Du sang sur la route
Dans une autre interview, menée par Luc Vidal, le directeur des éditions du Petit-Véhicule, le poète Jean Bouhier revient aussi sur les « fusillés de Châteaubriant ». Sa version diffère de celle d’Hélène Cadou. « René Guy Cadou a vu passer devant lui les camions allemands avec des cercueils jetés pêle-mêle dedans et le sang qui coulait sur la route. C’était les cadavres des fusillés. Je l’ai vu quelques jours après, ça a été un très grand choc ». Cadou toujours, qui vivra en direct les bombardements des 16 et 23 septembre 1943, écrit alors ses poèmes les plus poignants.
Stéphane Pajot
« Les cahiers Cadou, n°1 ». 18 euros. Editions du Petit-Véhicule. En vente à la librairie Coiffard et Vent d’Ouest.
Au fil d'un entretien à l'angle de la rue de la Barillerie, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous pousse sur les traces de Maurice Chabas (1862-1947) et d'un rat goutteux.
Un rat goutteux ? Un artiste peintre ? Pourriez-vous éclairer notre lanterne cher Félibien ?
Mon premier est une enseigne en fer forgé que l'on aperçoit toujours au-dessus d'une banque. Ce « Rat goutteux » n'était autre que le nom d'un magasin, une enseigne parlante qui désignait un marchand de draps. Le directeur de ce magasin très réputé se nommait Oscar Chabas.
Avec Marguerite Ferrus, ils eurent quatre enfants, deux devinrent peintres, Paul et Maurice.
Voilà donc ce Maurice Chabas retrouvé.
Oui et il était temps, la dernière rétrospective remonte à 1951 ! Né à Nantes le 26 septembre 1862, il entra très jeune à l'académie Julian. Aujourd'hui, grâce au travail de longue haleine de Myriam de Palma, il est exposé au musée de Pont-Aven dans le Finistère. On peut découvrir 47 de ses oeuvres de Chabas et 6 oeuvres de Cornélius, don de sa fille. Myriam de Palma a consacré une thèse de doctorat à l'artiste à l'Université de Paris IV. Son style se situe dans la vague des courants philosophiques, teintés d'idéalisme et de mysticisme.
Parlez-moi un peu de sa vie.
Il poursuivra une quête spirituelle qu'il traduisait par des tableaux empreints d'une harmonie noble et sereine, nous dit Myriam de Palma. La Reine Elisabeth de Belgique et le roi Edouard VII d'Angleterre l'appréciaient beaucoup. La dernière guerre mondiale va le marquer, il se replie sur lui-même et se consacre à une peinture religieuse et spirituelle. Il meurt en solitaire.
Une rue de Nantes porte son nom ?
Hé non, il y a le boulevard Paul-Chabas à Nantes, son frère. Quant à l'âiné des trois frères, dont j'ai oublié le nom, il reprendra l'affaire du père, le « Rat goutteux ».
Et Jules Verne s'en souviendra
Oui, à tel point que le petit Jules, quand il deviendra un grand écrivain, écrira les « Aventures de la famille Raton » et mettra en scène, un rat avec une béquille, un rat goutteux ! On doit cette géniale anecdote à Luce Courville, l'ancienne bibliothécaire Nantes, aujourd'hui disparue. Elle avait l'oeil aiguisé sur sa ville et sur l'oeuvre de Jules Verne.
Jules Verne et Maurice Chabas ?
Si l'on s'en tient à leurs années d'existence, Maurice Chabas (1862- 1947) et Jules Verne (1828-1905), ont largement eu le temps de se croiser. À ma connaissance, le seul lien entre les deux hommes reste ce « Rat goutteux ».
Stéphane Pajot
Toute personne qui possède des documents relatifs à Maurice Chabas peut contacter Myriam de Palma, au 01 39 73 40 16 e-mail : chabamyr@noos.fr
Alors Félibien, vous fumez le cigare ?
Parfois, parfois, d'ailleurs si le sujet vous intéresse, je vous conseille de lire l'ouvrage intitulé « Cigares » de l'auteur Guillaume Tesson et du photographe Luc Monnet.
Il vient tout juste de sortir aux éditions Hachette. Mais là n'est pas votre sujet si je ne m'abuse...
Oui, parlons, de la Manufacture des Tabacs de Nantes.
Elle se trouvait boulevard de Stalingrad et fut bâtie en 1857. D'ailleurs les bâtiments de cette usine qui fermera en 1974 existent toujours.
Qu'y fabrique t-on ?
Elle fabrique quatre principaux produits : le cigare, le cigarillo, la cigarette et le scaferlati qui désigne le tabac haché.. Ce dernier alimente la pipe et forme également l'intérieur des cigares.
Du monde y travaille ?
Cet établissement va employer jusqu'à 2 000 salariés au plus fort.
On m'a parlé d'une crèche au sein de la Manu.
Tout à fait, une crèche va ouvrir en 1861, c'est une petite révolution. L'auteur Laurent Fièvre en parle savamment dans un ouvrage érudit sur les manufactures. Je le cite : « le 26 décembre 1861, Charles Le Diberder, directeur, prend l'initiative de créer une crèche à l'intérieur des ateliers provisoires pouvant accueillir la trentaine d'enfants en bas âge de ses ouvriers [...], elle facilite la vie quotidienne des ouvrières ». Grosso modo, la crèche garantit un nombre stable de main-d'oeuvre, surtout pour le maintien du personnel féminin souvent découragé par les méthodes de travail et la discipline imposée.
Est-il vrai que les ouvrières avaient un langage cru ?
Vrai. Au même titre que les blanchisseuses ou les mariniers. L'un de vos confrères, Michel Scheid, hélas disparu, en a parlé avec talent dans l'un de ses papiers mythiques. Il cite le langage vert « des fameuses cigarillières de la Manu, les Carmen de banlieue en blouse de toile drue, qui prenaient le pouvoir dans les bistrots, les commerces comme les ménages ». Il écrit qu'il s'agissait de « féministes avant la lettre, elles bousculaient toutes les théories, de lutte de classe, de lutte de sexe, de lutte pour l'existence. Elles étaient en elles-mêmes, chantantes et grossières, fières comme des aristos et pétantes comme tous les prolos que la pendule a toujours obsédés. En ce temps-là, les Carmen du boulevard étaient des reines ». Il a tout dit !
Un dernier mot sur cette entreprise avant-gardiste.
Outre la crèche, la Manufacture se distinguera aussi par la création d'une société de secours mutuels (1858) et d'un bureau d'épargne (1876).
Et aujourd'hui ?
Après sa fermeture, la Manufacture sera transformée en un complexe accueillant des services municipaux et de proximité dont une bibliothèque, une maison des associations et... une crèche !
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Au fil d'un entretien sur le parvis de la cathédrale de Nantes, le guide Félibien, guide des mystères de Loire-Atlantique, ressuscite ces hommes en costumes et nous raconte l'histoire de cette corporation disparue.
Alors cher Félibien, on va parler de suisses mais pas des habitants du pays du même nom...
« Oui, il ne faut pas se méprendre. Les suisses n'ont rien à voir avec les Suisses de Suisse. Il s'agissait d'hommes des cérémonies d'église qui officiaient aux « grands » enterrements ainsi qu'aux mariages de qui le désirait. »
Ils avaient de l'allure dans leurs costumes d'apparat. En quoi consistait leur curieux accoutrement ?
« Ils s'habillaient d'un habit rouge brodé d'or, de couleur papale, une culotte blanche et des bas blancs, des souliers à boucle. Le tout était enrichi d'un bicorne à plumet porté en bataille et même d'une épée. Ajoutez à cela le port de décorations civiles, religieuses ou militaires. Outre la couleur rouge, porté par la plupart, le bleu était de rigueur chez ceux qui appartenaient aux paroisses dédiées à la sainte vierge : Notre-Dame-de-Bon-Port et Notre-Dame-de-Toutes-Joies. »
Une très belle panoplie ! Quelle était leur « politique » ?
« En fait, à l'image des bedeaux et des huissiers de choeur, les suisses échappaient aux règles de la liturgie. Ils étaient recrutés parmi des hommes âgés « ayant une belle prestance ». Disons qu'ils faisaient en quelque sorte la police de l'église. On les voyait au seuil des édifices religieux. Ils participaient aussi à la fête-Dieu et marchaient en tête du cortège. »
Il fallait les payer ?
« Bien sûr. La présence de ce personnage se payait en fonction de la multiplicité de ses accessoires. En 1967, il n'y en avait plus qu'un de vivant, M. Jaunet de Saint- Donatien, m'a raconté le Nantais M. Mabilais. Tous les autres étaient déjà morts : Gautier de Saint-Clément, Mabilais de la cathédrale, Yvernogeau de Notre-Dame de Toutes-Joies, Mainguet de Saint-Félix. »
Les hommes sont morts, que sont devenus leurs costumes ?
« Ils ont disparu aussi. Je sais que le dernier habit de Sainte-Thérèse a été envoyé dans une mission en Afrique. »
Au fait, ce nom de « suisse », d'où venait-il ?
« C'est tout simple. Leurs habits galonnés, culottes, baudriers, épées et hallebardes, évoquaient irrésistiblement les mercenaires helvétiques au service de la monarchie. Et puis, le Vatican n'avait-il pas une garde suisse ? »
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Au fil d’un entretien dans un chapeau géant d’illusionniste, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous raconte l’histoire du dénommé Tréborix.
Ah, les magiciens, c’est toujours d’actualité !
« Oui, j’ai pu voir dans vos colonnes qu’un jeune né à Orvault, Enzo Weyne est déjà magicien professionnel et producteur de spectacles. Et il n’a que vingt ans, c’est prometteur. »
Parlez-nous de l’histoire de la magie à Nantes.
« J’imagine qu’elle s’égare dans la nuit des temps. Mais dans la cité des ducs de Bretagne, il y a une date très importante à retenir.
1933. Cette année-là, six amis magiciens ont décidé de fonder l’amicale Robert-Houdin afin de se réunir régulièrement. »
De qui s’agissait-il ?
« Les membres fondateurs (NDLR : notre photo) de l’amicale Rober-Houdin sont : de gauche à droite, debout, Robert Olivaux (Tréborix), Roger Lacan (Professeur Lacna), Guy de Cussé (Sagar Nadir) ; assis, Maurice Braud ((Tobellini), Jules Bonduelle ((An Diaoul), Alexandre Péan (Sacha). »
Le plus connu, dit-on, fut le dénommé Tréborix ?
« Exact. Tréborix était l’anagramme de Robert Olivaux. Il est né le 18 mars 1894 à Ancenis. L’un de ses amis, le poète nantais Jean-Claude Albert Coiffard, m’a expliqué que Tréborix reçut pour ses étrennes le livre de Magus, alias Mgr Baret, intitulé Magie blanche en famille. Son frère reçut celui de Le Magicien amateur. Il est alors âgé de seize ans. »
Une révélation ?
« Un coup de pouce car en fait, c’est au cours d’un spectacle donné par un prestidigitateur ambulant que le jeune Tréborix comprit tout le profit qu’il pouvait tirer de ces deux livres.
Il se mit alors à répéter, répéter, répéter. Le 3 août 1913, il donna sa première représentation à Candé, petite cité près d’Ancenis. »
Il vivait de sa magie ?
« Non, Tréborix, faux nez de Robert Olivaux, décrocha un diplôme d’optométrie et ouvrit un magasin d’optique rue Contrescarpe dans le centre-ville de Nantes. Henri Bouyer, un caricaturiste et journaliste nantais réputé, lui fit même le dessin de sa plaquette promotionnelle. C’est aussi lui qui a illustré un livre de Tréborix, intitulé Souvenirs et mémoires.
Il livre notamment ses souvenirs de la guerre et des bombardements. »
Il était fort ?
« Tréborix devint rapidement le maître de la mnémotechnie. Sa méthode, concernant le calendrier, est véritablement la meilleure. Je le tiens de Jean-Claude Albert Coiffard, son ami. Du bonneteau jusqu’à la routine des six cartes, pour laquelle il obtint un premier prix, Tréborix adapta, modifia et améliora régulièrement ses nombreux tours. Il aimait aussi initier les jeunes aux secrets de la magie et à les former à l’art de l’illusion. »
Beaucoup ont donc appris avec lui ?
« Oui, nombre de magiciens nantais comme Rubeca ou Nimor. Tréborix était aussi un mélomane averti qui jouait parfaitement de la scie musicale et savait jouer sur scène. Un homme curieux de tout. »
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Sylvain Royé, le poète des tranchéesNANTES
Au fil d’un entretien au cimetière Miséricorde (1), Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, ressuscite pour nous la triste histoire de Sylvain Royé où la poésie au bout du fusil.
Son nom, dit-on, est inscrit au Panthéon ?
« Oui, car il fait partie des cinq cents noms d’écrivains tués pendant la guerre et inscrits sur les murailles du Panthéon. Sylvain Royé est « mort pour la France » le 24 mai 1916 à Douaumont dans la Meuse. »
Cinq cents écrivains ?
« On en connaît un autre de la région, Albert-Paul Granier, né en 1888 au Croisic. Il est mort le 17 août 1917 dans son avion au dessus de Verdun. Il a écrit Les Coqs et les Vautours, un ouvrage qui a récemment été réédité. »
Comment est arrivée la mort de Sylvain Royé ?
« En fait, on demandait un volontaire pour porter un pli au capitaine. Sylvain Royé s’est présenté. Un de ses compagnons d’armes a rapporté les faits de cette manière : «« Je l’ai vu partir dans le couloir de la tranchée. A ce moment-là, un tir de barrage violent a dérobé sa silhouette sous nos yeux. La tranchée a été coupée, et quelques instants après, nous étions faits prisonniers par les Allemands.» »
C’est terrible...
« Surtout qu’à la fin de cette guerre, toutes les recherches pour retrouver son corps restèrent vaines. Le Bulletin des écrivains porta alors Sylvain Royé parmi les disparus. »
On a fini par le retrouver ?
« C’est exact, à proximité de l’ossuaire provisoire de Douaumont. Il a été identifié par sa plaque d’identité. Transféré au cimetière militaire de Douaumont, il fut ensuite inhumé au cimetière de la Miséricorde à Nantes. »
Quel fut son parcours ?
« Né à Nantes le 25 septembre 1891, Sylvain Royé avait devancé l’appel en 1913. Il était alors affecté en qualité de secrétaire au cabinet du ministre de la guerre puis fut promu fantassin pour la ligne de feu. Il souhaitait de l’action. C’est là qu’il écrira le très beau poème La Prière des tranchées, dédié à son cousin, Jacques Lemoine, hélas tué lui aussi. Le Théâtre-Français inscrit cette « prière » au répertoire de ses matinées poétiques tandis qu’elle est adoptée par l’Association des écrivains combattants. »
Il avait déjà écrit des poèmes ?
« Dès 1912, il a publié L’Ame sans miroir, un livre délicieux, sensible et écrit Le Roi de rêve, un poème lyrique en trois actes. Il sera représenté sur la scène du Vieux Colombier le 11 mars 1912 avec une musique de Roland-Manuel. »
Laissons-lui les derniers mots de la fin.
« Ma place au banquet du bonheur/N’aura pas tenu grand espace/Peut-être vaudra mieux la place/Que je tiendrai dans certains cœurs. »
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
(1) L’emplacement de sa tombe est précisée dans le « Guide du cimetière Miséricorde de Nantes ». Par Eric Lhomeau et Karen Roberts.
Lire également « Le Livre de l’Holocauste », Sylvain Royé (1914-1916). Editions M. A.-P Garnier, 1937. « Les Coq et les Vautours » d’Albert-Paul Granier (édition Les Equateurs)
On peut même se demander si l'auteur est venu à Nantes avant de se lancer dans l'écriture de ce roman noir dont l'action tourne autour d'un cabaret miteux du quai de la Fosse baptisé L'Âne rouge qui donne son nom au livre. On y suit les errements de Jean Cholet, jeune homme issu d'une famille modeste (père comptable et mère au foyer) et chroniqueur débutant à La Gazette de Nantes, une feuille locale catholique. Finalement, Nantes n'y est que très peu décrite, l'auteur est dans la suggestion. Mais Simenon a déjà suffisamment bourlingué sur les mers pour retranscrire l'ambiance caractéristique des ports les soirs d'orage et celles non moins glauques des cabarets où se côtoient les matelots en goguette, les voyous crasseux, les filles perdues et les petits bourgeois étriqués.
Dimensions autobiographiques
Certes, les amateurs d'intrigue en seront pour leurs frais, tout est dans la psychologie des personnages et dans le destin qui les attend. On ne peut sortir indemne de la quête effrénée et irréfléchie du héros pour tenter dans les bras de Lulu de sortir de la morne condition qui l'attend et échapper à une mère castratrice. L'atmosphère de cette fuite éperdue, plombée comme un cercueil, prend le lecteur à la gorge. Selon le journaliste belge Éric Deffet (Le Soir du 16 juillet 2003), spécialiste de Simenon, il s'agit assurément d'une oeuvre autobiographique.
« L'histoire racontée par Simenon a d'évidentes dimensions autobiographiques. Le héros est un journaliste débutant et court les chiens écrasés et la chronique locale, comme le romancier à ses débuts. Simenon travaillait pour La Gazette de Liège ; Cholet écrit dans La Gazette de Nantes. Les deux villes sont somme toute de taille semblable et vivent toutes deux au rythme d'un fleuve, la Meuse ici, la Loire là-bas » écrit-il. La mort du père met un terme aux rêves d'émancipation du jeune Cholet. Il a 20 ans, et son histoire se termine. Quand celle de Simenon n'en est encore qu'à ses débuts.
Dominique Bloyet
L'Âne Rouge a été réédité en Livre de Poche en 2005. 5 €.
Il existe bien un boulevard Le Lasseur à Nantes ?
Oui, mais quand on ouvre un livre sur l'histoire des rues de Nantes, la définition est la suivante : René-François Le Lasseur, avocat général de la chambre des comptes au XVIIIe siècle. Rien à voir avec l'aviateur Gilbert Le Lasseur de Ranzay. Peut-être s'agit-il d'un lointain ancêtre mais là n'est pas notre histoire.
Justement, qu'a donc réalisé ce brave homme ?
Un exploit hors du commun qui va se concrétiser le dimanche 27 août 1911 à sept heures trente du matin sur la prairie de Mauves, à Nantes. Le Lasseur est parti à bord de son avion, un monoplan, depuis Etampes, ville à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Paris.
Il a déclaré qu'il rejoindrait Nantes par étapes. C'est chose faite. Des centaines de Nantais matinaux sont venus l'acclamer. Ce pionnier du ciel, est le premier à avoir rejoint Nantes en avion.
Quelques instants plus tôt, il était Ancenis ?
C'est exact. Disons qu'il a choisi cette ville pour faire le plein d'essence. Un autre aviateur, le docteur Bianchi, l'aide à remplir les réservoirs avec des bidons de Moto-Naphta.
Les habitants d'Ancenis n'ont pas loupé le rendez-vous. Une photo inédite salue cet événement. Ils font alors la fête à celui qui décollera avec son Blériot du champ de manoeuvre de la Dravaye d'Ancenis à 7 heures 25.
Et puis...
Vingt-deux minutes plus tard, il est à Nantes, acclamé par la foule.
Il était déjà venu à Nantes ?
Oui, un an avant, sur la même prairie de Mauves, Nantes avait fêté les journées d'aviation 1910, mais elles s'étaient soldées par de nombreuses avaries en raison du mauvais temps.
Qu'est devenu Le Lasseur de Ranzay ?
Au mois d'octobre 1911, il poursuit sa vie trépidante dans les cieux. On le retrouve en Italie, à Sienne très exactement, où il s'est posé, avec un passager, le baron d'Alla Noce, après avoir survolé la chaîne de montagne des Apennins. Il entend alors rejoindre Rome pour, dit-on, s'engager dans les troupes italiennes combattant en Tripolitaine. La mort l'attend en Toscane, à Florence, très exactement où une fièvre typhoïde l'emporte en quelques jours, le 12 janvier 1912. Les habitants de Sienne rendirent hommage à l'aviateur en faisant graver une épitaphe, composée par Philippe Virgile, sur la façade du palais, place d'Armes de la ville.
Triste fin !
Et surtout jeune ! Né en 1884, Gilbert Le Lasseur est mort à l'âge de 27 ans. Il possédait la propriété de Ranzay situé à Saint-Joseph de Portricq. Sa grand-mère était la fille de Casimir Périer, président de la République durant quelques mois en 1894.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Alors Félibien, vous allez faire un tour à la Folie des plantes ?
Incontournable ! Voilà vingt-deux ans que ce rendez-vous des amoureux des plantes existe et à chaque édition, on y apprend quelque chose, des idées, des conseils, des invitations. C'est une véritable banque de données pour qui aime échanger avec les jardiniers qu'ils soient professionnels ou du dimanche. Chacun y trouve sa place.
À propos de jardiniers, on dit qu'au XVIe siècle déjà, à Nantes...
On signale effectivement l'existence d'une « Corporation des jardiniers » en 1513, c'est ce que j'ai lu dans un remarquable ouvrage Les maraîchers du pays nantais (1). Du fait que cette corporation soit religieuse, il était d'ailleurs interdit à ses membres « d'aller vendre des légumes parmi les villes les jours de dimanche et fête ».
Les jardiniers vont se syndiquer 300 ans plus tard ?
Exact. Le premier syndicat des « jardiniers-maraîchers de Nantes et de la banlieue » est créé le 3 décembre 1884. Sa mission, selon ses statuts : « Être une famille, une famille professionnelle. Le syndicat doit faire germer l'amour et non la haine, l'union et non la discorde, la confiance mutuelle et non la lutte fratricide ».
Drôle de mission !
C'était une autre époque mais au moins les termes étaient clairs. Faites l'amour, pas la guerre ! Six patrons jardiniers, trois ouvriers et six membres honoraires, présidé par Alexandre Cottineau, pilotent ce premier conseil syndical. Ils sont néanmoins en avance sur leur temps.
Comment ça ?
Peu de temps après leur création, ils vont mettre en place la « caisse rurale des Enfants-Nantais » à Saint-Donatien et créer leur propre société commerciale d'exportation en 1889. Au mois de juin auront lieu le premier envoi de légumes aux halles de Paris, puis la première exportation à Londres.
Ils envoient quoi en Angleterre ?
Il s'agit d'environ 3 000 tonnes de poires de Gascherie. Cette même année, le syndicat prendra pour nouveau nom la « Société des jardiniers maraîchers nantais » et s'installera rue Richebourg. Dans la foulée, l'invention de châssis en bois permettra aux jardiniers de protéger leurs plantations après avoir longtemps utilisé la cloche de verre et des châssis métalliques.
On m'a parlé de Chantenay, berceau du jardinage nantais ?
Vous avez de bonnes lectures ! Les auteurs du livre sur les maraîchers se demandent en effet si Chantenay ne fut pas ce « berceau » en raison des familles Taillé, Derennes, Cormerais qui exercent le métier de jardinier au début des années 1600. Ils expliquent qu'une « variété de petits pois dits de Chantenay rappelle ainsi sa vocation légumière.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
(1) Sources extraites du livre « Les maraîchers du pays nantais. Du jardinage au maraîchage ». Association Doulon-histoire. 2009.
Au fil d’un entretien sous les cris des oiseaux, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous ramène du côté de l’île Dumet, un jour de janvier 1973. Cette affaire est-elle venue aux oreilles d’Alfred Hitchcock, qui avait réalisé son film culte dix ans plus tôt ? L’histoire ne le dit pas mais le cinéaste aurait sans nul doute apprécié.
Quelle est cette histoire d’oiseaux ?
Les vieux Piriacais s’en souviennent. Depuis la côte, ce jour-là, au-dessus de l’île Dumet, à six kilomètres au large, ils aperçoivent un énorme nuage noir. On se demande ce qu’il se passe, on scrute alors le lointain avec des jumelles. Je tiens cette incroyable histoire de l’auteur Emile Letertre (1).
Et alors, qu’est qu’ils voient ?
Des oiseaux, rien que des oiseaux ! Des milliers d’oiseaux, des étourneaux. Sur l’île, c’est un peu la panique, les gardiens s’inquiètent. Un cupressus plie sous le poids des oiseaux !
Non !
Si ! Ce ne sont pas des milliers mais des millions d’oiseaux qui font bloc. Les estimations parlent d’entre trois à cinq millions. Imaginez donc, chacun laisse quelques grammes de crotte et ça en fait des tonnes, une bonne dizaine en peu de temps. C’est de l’acide urique, ça détruit tout. On prévient alors l’institut national de la recherche agronomique. Son meilleur spécialiste est dépêché sur place.
Que fait-il ?
Son idée : mettre en batterie des appareils d’effarouchements acoustiques. Ce qu’il fit. La première émission de cris de détresse va déclencher une réaction de panique collective chez les oiseaux. Du coup, les étourneaux évoluent par petites bandes dans tous les sens mais ils ne s’écartent pas de la terre ferme.
Il y a des collisions ?
Bien évidemment, ils se télescopent entre eux lors de nombreux chassés-croisés. Il y a de multiples collisions en vol et des chutes au sol d’oiseaux blessés.
Quelle autre solution ?
On recommence le lendemain à 7 h 30 du matin. Cette fois, la nouvelle émission provoque un envol général avec formation d’un vol cohérent. Ce vol tournoie au-dessus de l’île Dumet durant un quart d’heure puis part en direction de Piriac. Le soir, aucun retour.
Ils disparaissent ?
Non, le lendemain, les étourneaux sont de retour mais ils ne se posent pas sur l’île. Il se constitue alors un va-et-vient perpétuel entre l’île Dumet et le continent. Rebelote le surlendemain. Mais cette fois la majorité des oiseaux continuent leur vol en direction de Port Nacalo. Les spécialistes de l’Inra émettront une dernière émission pour les retardataires. Ils partiront dans la foulée. Et depuis, il n’y a plus d’étourneaux sur l’île Dumet.
C’est une happy end finalement ?
Exactement, car dans d’autres vas, il a fallu envisager des produits toxiques pour éliminer les oiseaux.
Stéphane Pajot
(1) Emile Letertre, ouvrage « Les Mystères de l’île Dumet »
Qui était Len ?
De son vrai nom André Lenormand, Len est né aux Moutiers le 25 mars 1901. Il a toujours dessiné. Selon sa propre biographie, il est resté « à l'école huit jours ; le temps de se rendre compte qu'on y apprend tout excepté l'essentiel : le métier. Monsieur Ingres disait : la naïveté. ». Il devient dessinateur de presse en 1951 à Ouest-France et en sort en 1977. Il a couvert Deauville durant 27 ans.
Son « gotha nantais » date de cette époque ?
Il a été publié en 1979, voilà 30 ans. Ses dessins s'étalent sur l'ensemble de sa carrière de dessinateur. On y trouve les personnalités de Nantes qui ont marqué les années soixante et soixante-dix. Lors de cette publication, les images ont été exposées dans la galerie Moyon-Avenard, passage Pommeraye.
Le journaliste Daniel Garnier préface ce livre
Exact. Len connaît bien la famille Garnier, elle y est d'ailleurs croquée dans ces pages. On y croise Daniel, Alain, Jacques, André... c'est un « livre d'images saisies à vif par l'oeil perçant de l'observateur et le crayon non moins subtil du dessinateur, vie de journaliste dans laquelle Len s'est jeté avec passion à la cinquantaine », écrit Daniel Garnier. Len y embrasse futur et passé d'où « remontent son amitié pour René Guy Cadou le poète et son admiration pour l'ami Cadet, le caricaturiste de « La Résistance ».
On y croise des célébrités ?
Oui, comme Jacques Demy le cinéaste, Barbara, Gondet le footballeur...
Le foot et ses gloires locales resteront ?
Bien entendu, Len l'écrit lui-même : « Le fait est désormais reconnu : depuis quinze ans, son football a autant fait que son muscadet pour le renom de la capitale régionale, quatre titres de champion de France, sur le plan de la postérité, étant du même tonneau que nombre de récoltes effectuées entre Nantes et Sèvres ».
Mais encore ?
L'anarcho-syndicaliste et peintre Jules Grandjouan, la presse nantaise avec ses plumes que furent Michel Scheid, Paul Mériau ; ses peintres, de Jean Chabot à Edmond Bertreux, de Paul Dauce à Geneviève Couteau ; l'imprimeur Sylvain Chiffoleau, la bibliothécaire Luce Courville. Mais qui se souvient du coiffeur Aristote ou de Bernard Rocher, titulaire des orgues de Saint-Nicolas ? De cette vicomtesse Vigier, du colonel de Boisjean ? Cet ouvrage est une mine d'or pour les historiens qui travailleront sur la société nantaise de cette époque. On laissera le mot de la fin au poète Yves Cosson. « Len appartient à cette race distinguée des dessinateurs d'humour qui mêlent la tendresse à la drôlerie. Sous la visière d'une casquette pied de poule, derrière les lunettes, le regard de Len, vous épingle avec un brin de gouaille, un soupçon de malice, un zeste de délicatesse ».
Stéphane Pajot
Len, le gotha nantais par l'image. JPN Editions. Disponible à la médiathèque de Nantes.
24 novembre 1940
Le 24 novembre 1940, ils sortent le premier numéro d'En Captivité. Dactylographié sur une feuille de format 21x27, le journal qui peut compter jusqu'à 4 pages, a pour objectif de « défendre les valeurs menacées par la présence de l'Allemagne nazie en France et mobiliser l'opinion publique ». Hebdomadaire, il est tapé le dimanche après-midi chez les soeurs Martin ou chez Alice Praud. L'essentiel de ses informations émane de la BBC.
Quant au ton, il est résolument chrétien et gaulliste.
La parution d'En Captivité s'étale sur huit mois durant lesquels 35 numéros sont édités. Tiré à un millier d'exemplaires, le journal est distribué dans toute la région nantaise et sur une partie de la zone occupée.
Il est même adressé aux occupants et aux administrations vichystes. Les historiens le considèrent comme l'un des premiers organes de la résistance à avoir condamné ouvertement le Régime de Vichy et la collaboration.
Se sentant menacé par la Gestapo, Pierre Le Rolland quitte son groupe en mai 1941 pour intégrer à Paris le mouvement Combat et se livrer à des activités de renseignements. Arrêté le 29 juin 1942 par les Allemands, il est déporté dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen. Le journal En Captivité continue sans lui sa parution jusqu'au 27 juillet 1941.
Dominique Bloyet
Il est né en 1899 ?
Exact, le 4 juillet 1899 très exactement. Si l'on s'amuse avec les chiffres anniversaires, cela fait donc 110 ans qu'il est né et 50 ans tout rond, le 18 septembre 1959, qu'il a disparu. Il voit le jour à Rezé. Au rayon des chiffres en « 9 », il publie l'année 1929, un livre pornographique intitulé 1929 avec Louis Aragon et Man Ray. Il entre aux arts et métiers à l'école Livet en 1912.
Quand intègre t-il le Cercle des surréalistes ?
Il croise d'abord la route de Paul Eluard, Philippe Soupault, Louis Aragon et André Breton en 1920, tous « dadaïstes », mouvement artistique créé par Tristan Tzara. Des « spectacles-provocations » sont organisés. Benjamin Péret en fait partie. C'est de cette époque que date son amitié pour André Breton. Au printemps 1921, il incarne un « soldat inconnu » lors du « procès de Maurice Barrès » monté par André Breton. La fin du mouvement « dada » est proche, le surréalisme couve.
Quelle est son attitude ?
Son engagement est absolu à la cause révolutionnaire. Il s'inscrit contre l'armée et l'église. Quand André Breton publie le Manifeste du surréalisme, l'acte fondateur en 1924, Benjamin Péret dirige la revue La Révolution surréaliste. Il se révèle un as de l'écriture automatique et d'une poésie originale. Dans les années trente, un critique littéraire demande qu'il soit fusillé pour son poème Vie de l'assassin Foch. En voici un extrait : « Il eut tout ce qu'on fait de mieux dans le genre des dégueulis bilieux de médaille militaire et la vinasse nauséabonde de la Légion d'honneur qui peu à peu s'agrandit. » En août 1936, il combat dans les rangs révolutionnaires en Espagne. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il rejoint Nantes, est incarcéré pour activités politiques, puis libéré juste avant l'arrivée des Allemands. Il file au Mexique durant huit ans.
Il écrit toujours ?
Oui, en 1945, il publie Le Déshonneur des poètes. Sous le pseudo de Peralta, il se fend d'un Manifeste des exégètes qui consacre sa rupture avec la IVe Internationale. Retour à Paris en 1948. Il collabore à divers journaux, dont 14 Juillet, revue de résistance intellectuelle, à des courts métrages. Il vit d'une façon précaire, des amis l'hébergent. En 1953, il écrit Mort aux vaches et au champ d'honneur.
Comment s'achève sa vie ?
Il sera opéré d'une névrite et hospitalisé d'urgence en 1959, l'année de l'exposition internationale du surréalisme à Paris. Des amis l'accueillent à Oléron où il écrit ses derniers poèmes. Il meurt le 18 septembre. Il est enterré au cimetière des Batignolles. Sur sa tombe, on peut lire : « Je ne mange pas de ce pain-là. »
Stéphane Pajot
En savoir plus : Revue Signes n°19. Benjamin Péret. 1995. Editions du Petit-Véhicule.
Accompagnés des guides conférenciers de la ville de Nantes, ils découvrent d'abord le site durant une heure. Ensuite, en atelier dans les locaux de Nantes Renaissance, à travers des travaux manuels ludiques, ils poursuivent l'exploration. Ainsi, l'an dernier quarante-cinq enfants en ont profité à titre individuel et trente-huit dans le cadre de centres de loisirs.
Neptune ou croisée d'ogives
Cette année les groupes ne dépassent pas la dizaine d'enfants afin de mieux les encadrer. Le premier atelier leur permet de découvrir les décors des immeubles XVIIIe de l'île Feydeau et plus particulièrement leurs mascarons. De retour dans les locaux de Nantes Renaissance, ces têtes sculptées de Neptune, d'Eole, de faune et autres personnages mythiques sont alors reproduites en argile. De la même manière, la découverte et l'observation sur place de la cathédrale précèdent un atelier où les enfants découvrent la reconstruction d'une croisée d'ogives à l'aide d'une maquette en bois. Le troisième atelier avec la visite du quartier Graslin donne ensuite l'occasion aux enfants de réaliser en Lego®, une réplique de l'escalier du passage Pommeraye.
Cette animation estivale prolonge les actions de sensibilisation éducative menées toute l'année par l'association en direction des jeunes. L'an dernier 2 588 élèves, 79 classes du primaire, 11 du collège et 3 de lycée ont été impliquées. Une action qui risque d'être compromise par la prochaine disparition de Nantes Renaissance programmée par la municipalité à compter du 1er janvier 2010.
Les prochains ateliers auront lieu le 20 août (Île Feydeau) et le 25 août (quartier Graslin)
Au fil d'un entretien souriant, Félibien, le guide des mystères de Loire-Atlantique, nous plonge dix ans en arrière, un dimanche matin.
Vous croyez aux ovnis ?
A chacun ses croyances et ses envies de petits hommes verts. Blague mise à part, il s'est bien passé quelque chose d'inhabituel le dimanche 25 juillet 1999 à 5 h 30 du matin. Plusieurs témoins et pas des moindres peuvent vous le confirmer.
Dites toujours...
La nuit était calme, le ciel dégagé et, jusqu'à preuve du contraire, la station Mir n'était pas en perdition. Deux automobilistes, si j'en crois les rapports de l'époque, Vincent Moinard, 24 ans et son ami Mathias Guibert, vont témoigner dans les colonnes de Presse-Océan. Ils ne sont pas en « guinguette » si ça peut vous rassurer.
Et alors, ils ont vu quoi exactement ?
Ils ont vu une étrange grosse boule dans le ciel aux environs de Savenay. De couleur vert fluo, elle avait la taille d'une voiture. En revanche, elle n'éclairait pas autour d'elle. Elle filait à grande vitesse.
Cela va durer longtemps ?
L'apparition a lieu durant à peu près quatre secondes. Pour Mathieu, ce n'était pas un problème de ligne à haute tension, c'était bien au-dessus de la forêt.
Qui sont les autres témoins ?
Nous avons un gendarme, Serge Auffret, qui travaille alors à la brigade de Savenay. Ses propos rejoignent ceux de Vincent et Mathias. Je le cite : « Je roulais sur la nationale 125 dans le sens Vannes-Nantes avec un gendarme adjoint. Nous étions en patrouille de sécurité pour le week-end des grands départs. J'ai aperçu sur ma gauche, plein nord, une boule de feu rouge et verdâtre, durant environ trois secondes. Il y avait une fumée importante, c'était énorme, situé à environ cinq kilomètres de la voie express. Au début j'ai pensé qu'il s'agissait d'une étoile filante, on en voit régulièrement. Je pense plutôt à un fragment de météorite ».
Une météorite, ça paraît plausible ?
C'est aussi la version d'un journaliste de France Bleu Loire Océan, Bertrand Pidance. Il estime que cela ressemblait à une météorite qui pénètre dans l'atmosphère puis qui disparaît en quelques secondes. Deux chasseurs, Alain Mengy et Patrick Rivet, au lieu-dit Le Migron, près de la commune de Frossay, confirment à leur tour : la taille approximative était de cinq, six mètres. La boule se situait à environ 1 000 mètres de hauteur et sa trajectoire se traduisait par une courbe oblique descendante. Il y avait une grande traînée jaune et blanche intense. Elle a disparu d'un coup comme si elle s'éteignait.
Dites-moi, ça en fait du monde au balcon à 5 h 30 un 25 juillet ?
Comme quoi, il y a beaucoup de lève-tôt et de couche-tard !
La conclusion ?
On n'a pas vraiment de réponse. Peut-être qu'un jour, un promeneur tombera sur une météorite dans un champ ou une vieille carcasse de soucoupe volante, allez savoir...
Stéphane Pajot
Au fil d’un entretien sans désherbant, Félibien, le guide virtuel des mystères de Loire-Atlantique, nous pousse du côté du jardin des Plantes.
Il paraît qu’il s’est passé de drôles de choses dans le jardin des Plantes ?
Façon de dire, disons qu’un homme crut avoir trouvé fortune un beau jour de décembre 1868. Cet ouvrier terrassier s’appelait Louis Ménard et s’échinait à creuser une tranchée près de la grille du portail quand il rencontra un objet à 1, 60 m de profondeur. Il s’agissait d’un vase, une poterie qu’il brisa avec sa bêche. Le vase était en terre rouge, il ressemblait à un pot de fleurs. Modelé à la main et cuit au feu de fougères, il devait avoir été fabriqué avec l’argile ramassée au bord du ruisseau qui, de Saint-Clément, descendait vers la Loire.
Et alors ?
Alors, se répandirent sur le sol 150 fragments de bronze très oxydés. Ce lot comprenait surtout des épées, des javelots, des haches, des bracelets et des petits lingots de cuivre pur. On y trouvait aussi des poignards, des couteaux, de petites enclumes et des marteaux.
Que fit l’inventeur de ce trésor ?
Il a prévenu le docteur Ecorchard, le directeur du jardin des Plantes, qui, à son tour, alerta des spécialistes de l’archéologie, dont Parenteau, une sommité de l’époque.
Ils en firent l’inventaire ?
Oui bien sûr et ils déterminèrent que ce vase devait appartenir à un fondeur préhistorique qui avait établi sa cabane non loin de l’eau pour mener à bien sa petite entreprise.
Il s’agissait d’un atelier métallurgique artisanal datant de l’âge du bronze, soit moins deux mille ans avant Jésus- Christ.
Le fondeur, à l’époque, devait récupérer au fil de ses promenades tous les morceaux de métal provenant des objets usagés et les cacher précieusement, peut-être en attendant de procéder à la prochaine fusion.
L’histoire ne l’a pas dit.
Où sont ces objets ?
Ils ont tous été analysés, nettoyés puis légués au musée Dobrée, certains d’entre eux sont exposés.
Il y a d’autres trésors provenant du jardin des Plantes ?
Le jardin est lui-même un trésor. Il a été créé en 1807, une année où fut planté le premier arbre du jardin, le magnolia d’Hectot (Jean-Alexandre Musculus), à l’âge de seize ans. Hectot, botaniste, l’avait acheté 384 francs. Initialement planté dans le jardin de M. Grolleau, rue Paré, il fut récupéré par un pépiniériste avant de se poser au jardin des Plantes. On sait qu’il était encore en vie en 1859, peut-être est-il mort en 1880. Ce qui est sûr, c’est que son remplaçant avec 2, 30 mètres de circonférence de tronc est plus que centenaire. Ce qui en fait le doyen des arbres du jardin. Enfin, Je vous invite à visiter la « Montagne », connue aussi sous le nom de « Labyrinthe », un monticule artificiel réalisé avec la terre et les pierres provenant du creusement du lac. Une autre histoire.
Stéphane Pajot
Arrière arrière petit-fils de l’architecte Joseph Chenantais (1809-1868), Jean-François Peigné est ravi de pareille entreprise. Le tombeau et le buste de son aïeul (créateur de l’ancien palais de Justice et de Notre-Dame-de Bon-Port) vont subir un sérieux coup de lifting, grâce au laboratoire Arc’Antique. « C’est une première au cimetière Miséricorde », souligne Stéphane Junique, adjoint au maire. « Ce tombeau fait l’objet d’une convention tripartite entre la ville, la Fondation du patrimoine et le propriétaire de la sépulture ». Un budget de 8000 euros a été nécessaire. « La Ville et la fondation prennent en charge 7400 euros à parité, le propriétaire, le reste ».
Deux sépultures devraient être rénovées chaque année dans ce cimetière. « Ce sont des concessions privées », rappelle l’élu, « nous avons besoin de l’accord des propriétaires. La Ville est très attachée à la protection du petit patrimoine qui n’est pas classé. L’art funéraire est aujourd’hui une priorité ». Pour Pierrick de Lelee, de la Fondation du patrimoine, « cette restauration devrait sensibiliser les propriétaires de tombes. Entre 25 et 30 sépultures ont un intérêt par rapport à leur création artistique ». Le choix du buste Chenanais (réalisé par Amédé Ménard et fondu par Voruz), est dû à l’auteur nantais Eric Lhomeau, qui travaille à la création d’un guide sur Miséricorde. « C’est au titre de commandant des sapeurs-pompiers que ce buste fut réalisé, et non comme architecte ». Il a été inauguré le 1er novembre 1869. C’était il y a déjà 140 ans.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
Avec le journal, Marcel entretenait une belle histoire d’amitié. Lecteur assidu et averti, il n’hésitait pas à nous envoyer une bafouille, souvent drôle et bien sentie, un petit clin d’œil sur le Nantes qui s’efface, une réflexion personnelle. Comme la fois où il fut opéré sous hypnose. « J’ai raconté toute ma vie aux médecins qui m’ont soigné tandis que je dormais. Quand, je me suis réveillé, ils m’ont applaudi ». Marcel prévenait aussi quand l’un de ses vieux amis arpenteurs de planches, disparaissait. Lui qui avait échappé aux bombardements de 1943 en « se réfugiant dans un café » possédait une mémoire d’éléphant.
Delrue et Peignon
A l’image d’Aimé Delrue (1902-1961) et de Joseph Peignon (disparu en 1979), deux figures comiques du Nantes d’hier, Marcel Chicot, né Ory en 1918, à Nantes avait fait de sa vie une histoire extraordinaire ponctuée par les spectacles. Avec sa fille Claudine Grey, ils s’étaient amusés à les comptabiliser : 62 revues, 52 pièces classiques, 38 films, 7 opérettes, 168 enregistrements radio et des milliers de spectacles de variétés. Une paille ! Fidèle en amitié, il aimait raconter ses aventures avec Aimé Delrue, l’homme qui créa la « République du quartier des Ponts » et qui relança le carnaval après la guerre.
« Les Joyeux Nantais »
Marcel prend sa première cuite à l’âge de 12 ans en 1925. Il venait alors visiter, avec son oncle, « un pinardier accosté dans le port de Nantes. C’était du rosé d’Oran ». Son premier rôle, il le joue à 11 ans en tant que « Loïc, le p’tit mousse » au patronage Bonne-Garde. Nous sommes en 1929. C’est sur cette même scène en 2003 que Marcel, alors âgé de 85 ans, effectua son dernier spectacle. Un moment de grâce. Dans les années trente, Marcel Ory, jeune apprenti dans une quincaillerie de la rue Saint-Jacques à Nantes, décide de se lancer dans les variétés comiques. Il prend le nom de Chicot et intègre « Les Joyeux nantais » puis « les Amis de la gaîté ».
Elu roi carnaval
Il travaille dès 1946 aux Chantiers de la Loire comme soudeur à l’arc. Mais le spectacle l’habite, il répète le soir après le boulot et joue le week-end. « C’était l’époque des Revues de Delrue et de La Cloche », raconte sa fille Claudine Grey. « Roger Nicolas, avait « sacré » Marcel Chicot, à l’Apollo, « Roi des baratineurs ». En 1960, à 42 ans, il entre à Rennes au centre dramatique national de Bretagne (futur centre dramatique de l’Ouest). Il en ressort vingt ans plus tard et renoue avec ses débuts nantais, la revue La Cloche puis Bonne Garde. Il est élu roi carnaval en 1982. Cette fois, le clown s’en est allé pour de bon. Le journal s’associe à la peine de sa famille et particulièrement sa fille Claudine Grey et son mari Patrick, qui, tous deux dans l’univers du spectacle, perpétuent la tradition longtemps incarnée par ce « sacré Chicot ».
Stéphane Pajot
Cérémonie civile le jeudi 16 juillet à 15 heures au Funérarium Nantais, quartier Saint-Jacques, près du cimetière, 39 bd Joliot Curie à Nantes.
Au fil d’un entretien mouillé, Félibien, le guide virtuel des mystères de Loire-Atlantique, nous embarque à la suite d’un couple mythique du côté de Trentemoult.
Roquio, roquio… ce sont bien ces vieux bateaux à passagers ?
Oui, bien entendu. Le premier fut construit à Chantenay-sur-Loire en 1887 et reliait le quai de la Fosse à Trentemoult.
Mais vous m’avez parlé du mariage d’un dénommé Roquio ?
Exact, je le tiens d’un spécialiste nantais Serge Plat (1), qui en connaît une sacrée tartine sur le sujet. Il a retrouvé la piste d’un personnage qui s’est marié en 1839 et qui porta peu après le sobriquet de Roquio.
Tiens, donc, et qui était cet homme ?
Il est né le 27 août 1790 au village des Landes à Bouguenais, ses parents s’appelaient Julien Moreau et Marie Lucas. En 1837, on le retrouve gardien de bestiaux sur la prairie de la Bourgeoisie, l’actuelle zone commerciale Atout Sud. Il ramasse aussi le crottin pour boucler ses fins de mois, les temps sont durs.
Il vit seul ?
Non justement, il a une amie, Modeste Jasneau avec laquelle il habite village du Goulait Paireau à Rezé. Il vit dans le péché en quelque sorte.
Le maire de Rezé décide alors de lancer une collecte en vue de les aider financièrement à se marier.
Ca paraît incroyable ?
Mais vrai. Plus de 200 personnes vont mettre la main à la poche, m’a certifié mon ami Serge Plat.
Les noces sont célébrées le vendredi 15 juillet 1839. Jean Moreau, 49 ans et Modeste Jasneau, 50 ans, unissent leurs destins à la mairie de Rezé, une cérémonie à l’église suivra le 17 juillet. Avec un pique-nique grandiose, une joyeuse fête champêtre.
Et l’histoire rebondit…
Un an plus tard effectivement, en 1840, les époux galèrent toujours au niveau financier. Un nouvel acte de générosité est organisé le 19 juillet 1840 à l’occasion de l’anniversaire de leur mariage. La population est de la fête. Et la tradition va perdurer chaque année sous l’intitulé « le pèlerinage des époux » puis la « fête des époux Retiaux », selon un article de 1848.
Retiaux et Roquio, c’est là le lien ?
On n’en est pas sûr à cent pour cent mais l’on sait que le surnom de Roquio fut donné à Jean Moreau à la suite d’une assemblée. Le mystère demeure aujourd’hui, la légende se poursuit. En attendant, la fête annuelle prendra des proportions hallucinantes, on comptera jusqu’à vingt mille personnes avec des stands forains, baraques de tirs, mâts de cocagne et montagnes russes. Ce rassemblement va durer jusqu’en 1914. Il disparaît après la Grande Guerre.
Et les petits bateaux ?
Un service de steamers, entre Trentemoult et le quai de la Fosse, est inauguré le 21 août 1887, il a pour nom roquio. Une autre histoire, de nouvelles aventures.
Stéphane Pajot
stephane.pajot@presse-ocean.com
(1) En savoir plus : revue d’histoire de Nantes « Neptuna ». En vente en maison de la presse. Serge Plat est le spécialiste nantais des roquios.
Le plus rapide du monde ?
Vrai. Major Taylor, que la presse va surnommer le « nègre volant » en raison de la couleur de sa peau et de ses performances, décroche le record mondial de vitesse en 1898, en 1899 et récidive à Paris en 1908. Il sera aussi champion d'Amérique de vitesse en 1900. Il est alors âgé d'une vingtaine d'années.
Qui était cet homme ?
De son vrai nom Marshall-Walter Taylor, il deviendra « Major Taylor ». Il est né le 26 novembre 1878 à Indianapolis dans l'Indiana. Il meurt le 21 juin 1932 à Chicago dans l'Illinois. Entre ces deux dates, il inscrit son nom à la première place de dizaines de courses cyclistes.
Et il vient à Nantes ?
Oui, au cours d'une tournée européenne lors de laquelle il remportera 18 courses sur 24. Les Nantais le découvrent le lundi 6 mai 1901 au vélodrome de Longchamp au fil d'une course internationale organisée par le Véloce-Sport Nantais. Ils sont près de cinq mille à attendre sa venue. La presse ne tarit pas d'éloges sur son arrivée ainsi que sur celle du Français Jacquelin, l'autre champion. Le dimanche 5 mai, il y a bien une course de vélo mais Major Taylor refuse de courir ce jour-là par conviction religieuse. Ce qui l'empêchera d'ailleurs de défendre son titre mondial en 1900.
Et il va gagner au vélodrome de Longchamp ?
Il remporte deux courses, l'une sur 500 mètres et l'autre sur 1 000 mètres.
Comment en parle la presse ?
Je vous lis un extrait.
« L'entrée du Noir sur la piste a fait sensation et le public l'a ensuite acclamé. Admirablement construit, Taylor fait impression par sa structure vigoureuse et souple à la fois. Taylor, couché en avant sur son guidon, a l'air d'un félin qui va bondir sur sa proie... ».
Sera-t-il victime de réactions racistes ?
Énormément. Il sera même exclu de nombreuses courses et subira les pires traitements de certains concurrents en course. il redoutait les mêlées car on le poussait pour le faire chuter afin de l'empêcher de gagner. On dit qu'il « puisait dans la haine raciale sa vélocité poignante qui fit de lui l'homme le plus rapide du monde ».
À Nantes, un journal titre « La bicyclette du Négro » pour inviter les spectateurs à examiner la « merveilleuse machine qu'il montait ». Mais, c'est surtout en Amérique qu'il eut à faire front à un racisme primaire, il fut même passé à tabac.
Comment se termine sa vie ?
Lui qui inspire artistes et écrivains était, dit-on, un excellent poète.
Ses titres de gloire s'arrêtent en 1909. Il tente un retour en 1918 puis travaille comme marchand de cycles à Salt Lake City. Il meurt dans la misère en 1932 à l'âge de 53 ans.
Stéphane Pajot
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