Le fait-divers
Vers 6 heures de l'après-midi, le lundi 6 janvier 1919, le docteur de la Rochefordière, constate le décès de deux jeunes gens. Il s'agit de Jacques Vaché, né le 7 septembre 1895, ancien élève de Clemenceau, adjudant au 19e escadron du train des équipages, détaché comme interprète à l'armée américaine. Le second a pour nom Paul Bonnet, soldat au 86e régiment d'infanterie. Selon la police, « ils ont fumé et absorbé de l'opium en telle quantité qu'ils se sont endormis et n'ont pu se soustraire à l'influence de ce stupéfiant ».
L'overdose
C'est la thèse retenue. Dans la soirée du 5 janvier 1919, Les soldats Vaché et Bonnet s'étaient retrouvés au théâtre de l'Apollo, rue Racine avec un soldat américain, Woynow, le lieutenant Maillocheau et le fils d'un chirurgien-dentiste, Caron. Le groupe finit la soirée dans la chambre de Paul Bonnet. Il y a là un pot contenant de l'opium, dont la provenance reste obscure. Ne parvenant pas à fumer l'opium avec des cigarettes et dans une pipe, ils décident d'en absorber par petites boulettes. Vers 17 heures, il ne reste plus que l'Américain Woynow dans la chambre, qui, assoupit dans un fauteuil, se réveille et comprend le drame qui se noue. Vaché agonise, Bonnet est déjà mort, les deux autres compères sont rentrés chez eux.
Le suicide
Cette thèse est lancée par André Breton, que Vaché a connu à Nantes en 1916, à l'hôpital de la rue du Boccage, l'un étant blessé (Vaché) et l'autre, infirmier. André Breton fonde le mouvement surréaliste en 1924. « Jacques Vaché s'est suicidé à Nantes quelque temps après l'Armistice », dira le « pape » des surréalistes. « Sa mort eut ceci d'admirable qu'elle peut passer pour accidentelle ». Son message en convaincra plus d'un, dont le Nantais Jacques Baron, autre électron libre de la sphère surréaliste, qui écrit dans les années soixante : « Qu'aurait été Vaché sans Breton ? Vu de l'extérieur, un excentrique de province [...] qui prend plaisir à déshonorer sa famille en se suicidant ».
La gloire posthume
Dans les années 2000, ce sera au tour du magazine « Technikart » de consacrer, sous la plume de Patrice Allain (1), le Nantais « comme suicidé magnifique » aux côtés des Sid Vicious et de Kurt Cobain ». La gloire posthume de ce « météore de l'histoire littéraire n'est dûe qu'à la publication de ses Lettres de Guerre » par André Breton en 1919 aux éditions du Sans Pareil puis en 1949 chez « K éditeur ».
Stéphane Pajot
(1) Maître de conférences à l'université de Nantes et commissaire en 1995 de l'exposition « Le Rêve d'une ville » au musée des Beaux-Arts, il préface l'ouvrage « Les Solennels » de Jacques Vaché. Éditions Dilecta.
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