L'île de Nantes en chantier

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L'île de Nantes, un quartier en pleine évolution

mardi 14 octobre 2008

Arts et sciences s'uniront sur l'Île de Nantes

Yannick Guin, l'ancien élu à la culture, aujourd'hui délégué à la recherche à l'enseignement supérieur, aux universités et grandes écoles fait le point sur les trois grands chantiers qu'il compte mener au cours du mandat. On y trouve la création d'une Cité des arts et des sciences sur l'Île de Nantes autour de la Fabrique, complexe lié à l'image et aux sons.

Après de nombreuses années passées à la tête de la culture à Nantes, vous avez changé d'attribution sur ce mandat ?

« Dix-neuf ans à la culture, ça commençait à faire beaucoup. Mais je n'ai pas abandonné complètement le secteur culturel, car je reste président de Nantes-Angers Opéra et de la SEM Folle Journée. Ce sont deux dossiers complexes pour lesquels j'avais préconisé des solutions de longue haleine. Mais je crois qu'à un moment, il faut savoir changer. Et c'est venu d'un commun accord avec Jean-Marc Ayrault ».

Trois mandats, cela doit marquer ?

« Le premier a été particulièrement éprouvant, car j'étais à la tête de la culture et du personnel. Et comme je continuais à enseigner, j'ai vraiment eu un agenda extrêmement chargé. Heureusement que j'étais en grande forme. Dans le second, concentré sur la culture, j'ai essayé de mettre sur les rails beaucoup de grands projets. Enfin, dans le troisième, la plus grande réalisation a été le château. Sans oublier de faire tourner les choses en place ».

Une armature culturelle solide

Votre bilan vous satisfait-il ?


« J'ai l'impression d'avoir donné, pas personnellement, mais avec les équipes en place, une armature culturelle solide et assez équilibrée entre les grands établissements et le travail de proximité à Nantes ».

Est-ce que vous chapeautez votre successeur ?

« Pas du tout, Jean-Louis (Jossic) est totalement libre, je n'interfère en rien sur son travail. Vraiment ! ».

Quand avez-vous envisagé ce nouveau poste ?

« On en a parlé avec Jean-Marc Ayrault le 14juillet 2007, et on est parti sur l'enseignement supérieur et la recherche, sans doute aussi parce que c'est une profession que je connaissais ».

L'Université de la réussite

Quels vont êtrevos nouveaux défis, dans un secteur qui n'en manque pas ?


« Ils sont au nombre de trois. Le premier concerne la mise en valeur de l'université, le second de placer au premier plan la recherche métropolitaine et enfin de développer la société de la connaissance ».

Revenons d'abordsur le sujet de l'université, même si elle est liée à d'autres projets comme celui de l'île de Nantes ?

« Je souhaite accompagner l'université de Nantes, parce qu'elle a un chemin encore difficile à parcourir. C'est une université prometteuse, selon les critères gouvernementaux, mais qui mérite de devenir talentueuse. Il y a beaucoup de talents à l'université, tant chez les enseignants que chez les chercheurs. Il faut donc la mettre en valeur ».

À travers quelles pistes ?

« Il faut d'abord concevoir l'université de la réussite via un encadrement renforcé des étudiants du premier cycle et la formation continue. Il ne faut pas hésiter à réorienter des étudiants vers des cycles courts si les longs ne sont pas adaptés. Il est impensable de lâcher des étudiants dans la nature, de les abandonner... mais il est normal que l'université sélectionne et elle le fait autant que les grandes écoles sur le long terme. Je suis donc un farouche partisan pour conserver l'ouverture maximale... en offrant une multiplicité de voies et de parcours ».

Mais pour cela, il faudra fédérer les différents pôles existants ?

« Je suis pour favoriser le partenariat sur le site nantais, pour fédérer, tisser des liens et présenter un domaine universitaire pluridisciplinaire. On a les qualités mais elles ne sont pas connues. Si on prend l'exemple anglo-saxon, qui mêle université et grandes écoles, Nantes possède de sérieux atouts avec l'université, Audencia, Veto, Enitiia, l'école des MIN, l'Ecole Centrale... Il faut simplement jeter des ponts entre les différents acteurs pour rendre l'offre nantaise attrayante. Je n'oublie pas, non plus, le domaine artistique ou créatif, ni l'école de la marine marchande et le secteur maritime en général à qui l'université peut offrir un véritable avenir ».

Partenariats multiples

Nantes peut-elle réussir seule ?


« Sans doute pas, surtout en ce qui concerne le pôle de recherche et d'enseignement supérieur, qui est d'ordre régional et qui mérite même d'être interrégional avec un véritable travail entre Nantes, Angers et Rennes. Si l'on relie les trois, on sera costauds ».

Votre deuxième axe de travail concerne la recherche ?

« Oui, pour placer au premier plan la recherche métropolitaine, à travers un axe Nantes - Saint-Nazaire - La Roche-sur-Yon. Je souhaite pousser encore plus la recherche publique autour de l'université, du CHU et des grandes écoles. Chacun dans son domaine doit se développer et ce, dans tous les domaines. Les nouveaux bâtiments construits à Saupin vont dans ce sens, mais je n'oublie pas la chimie moléculaire, la planétologie ni même la recherche dans le domaine littéraire... ».

La recherche se limite donc au secteur public ?

« Non, car je ne néglige surtout pas la recherche privée. Au contraire même, surtout qu'elle est notoirement insuffisante dans les Pays de la Loire. Et je pense que des entreprises privées doivent prévoir des dépenses pour la recherche et l'innovation ».

La recherche, tout le monde en parle, mais on ne la connaît pas trop ?

« Très certainement par manque de communication. Dans la cité, les chercheurs doivent occuper une place aussi importante, voire plus, que les footballeurs par exemple. Or, c'est loin d'être le cas aujourd'hui. On ne parle pas assez des individus et de leurs laboratoires, alors qu'ils représentent, sans doute, notre avenir ».

Tout cela demande aussi de l'espace ?

« De l'espace, on va leur en donner ainsi que de la reconnaissance ».

Le « cluster » de la halle Alsthom

Vous avez parlé de la société de la connaissance. Cela sonne bien, mais que voulez-vous dire ?


« Il faut d'abord que la connaissance soit diffusée le plus largement possible dans la société d'où l'idée du grand projet de la cité des Arts et des Sciences. Il faut un lieu d'exposition, l'université permanente, un lieu de débats sur les grands sujets que ce soit en science, en technique ou en environnement... ».

C'est le fameux projet H5 du hangar Alsthom sur l'île de Nantes ?

« Oui, un lieu d'environ 2000m2 où on va faire se croiser toute sorte de gens. Mais Jean-Marc Ayrault dévoilera bientôt ce projet ».

On évoque souvent le nom de « cluster » pour ce projet ?

« Un cluster, c'est tout simplement un réseau. Donc autour de cette cité des Arts, on aura un cluster de biotechnologie, avec les médecins, le CHU, les professeurs, les chercheurs... On souhaite qu'il y ait un deuxième pôle communication, avec Presse-Océan, les télévisions, les radios et Ouest-France. Un troisième cluster touchera les industries créatives avec l'école d'architecture, les Beaux-Arts, l'immeuble Coupechoux, la Fabrique et une multitude de petites entreprises qui gravitent autour des arts graphiques et numériques ».

La Fabrique, qui sera située près des nefs, représente quoi exactement ?

« On y retrouvera une salle de 1200 places, une autre de 400, des salles d'expérimentation, des laboratoires et des studios de travail, le tout lié à l'image et aux sons ».

C'est donc un projet phare pour vous ?

« Oui, car son installation va demander un mandat ou presque. Mais c'est ce type de projets qui continuent à donner une dynamique à Nantes. Cela montre que la machine continue, qu'elle est toujours en progression. Et avec ces projets, on veut vraiment installer la connaissance comme moteur principal du développement de la société. Mais cela montre aussi que j'ai du pain sur la planche ».

Propos recueillispar Philippe Corbou
 

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