J'ai choisi un quartier qui est le symbole de la métamorphose de la ville. Saupin, une histoire à laquelle les Nantais sont attachés et je n'ai pas envie de l'effacer. J'ai eu l'idée en visitant Amsterdam. Comment réussir la modernité de la ville sans en effacer sa mémoire ? On pouvait construire tout en gardant le stade.
On est à deux pas de la grande gare du XXIe siècle qui est au coeur de l'intermodalité des transports. C'est aussi la dynamique EuroNantes avec le mail qui transforme le quartier. Ce sera également l'arrivée de la future ligne 5 de tram qui traversera l'île de Nantes. Il y a d'un côté la rénovation d'un quartier d'habitat social et de l'autre, l'île de Nantes où on va faire un quartier d'ambitions pour tous. Ce lieu est porteur de sens et surtout, pour la ville, porteur d'avenir.
Comment définiriez-vous Nantes en une phrase ?
Difficile (soupirs). C'est une ville d'estuaire tournée vers le grand large et qui est un grand rassemblement d'énergie et de talent qu'il faut continuer à mettre en mouvement.
Quels sont vos passions et loisirs hors politique ?
Préserver en permanence un espace privé et familial. J'aime également marcher en ville, le long des cours d'eau, au bord de l'océan. Sans oublier la lecture : j'ai toujours trois bouquins de front, une biographie, un roman et un policier.
« Une certaine réserve »
Quels sont vos points forts et vos points faibles ?
Ma volonté, ma détermination et mon énergie. Et dans les fonctions de maire, l'ambition pour Nantes, être capable de faire travailler en équipe les gens, avec la qualité d'être attentif et à l'écoute. Mon point faible, c'est une réserve que certains qualifient de distance et d'autres de marque de respect et de sérieux.
N'avez-vous pas parfois envie de faire autre chose ?
La politique, au sens d'exercer un mandat ou une responsabilité, n'est pas une vocation à vie mais l'engagement, si. Je ne me vois pas arrêter tout. J'aurais pu être syndicaliste, responsable associatif. Je ne me vois pas autrement que citoyen actif.
C'est peut-être votre quatrième mandat à Nantes, votre sixième dans l'agglo. N'y a-t-il pas une certaine usure ? Comment continuer d'avoir envie ?
Je suis candidat car tout ce qui a été entrepris là doit être consolidé. J'ai un rôle important à jouer dans cette nouvelle étape. Et j'ai la même passion de la ville. Si je n'avais plus envie, plus de désir, cela ne marcherait pas. Tout n'est pas achevé à Nantes.
Le Jean-Marc Ayrault de 27 ans à Saint-Herblain et celui de 58 ans à Nantes sont-ils les mêmes ? Qu'y a-t-il de changé ?
Beaucoup d'expérience et une plus grande sérénité mais toujours la même passion, la même ambition pour que la politique ne soit pas que des mots. J'exige et je m'impose la politique par la preuve.
« Pas aussi longtemps que Ferdinand Favre »
Est-ce votre dernier mandat ?
C'est difficile d'être candidat pour un mandat de six ans et de dire que c'est le dernier.
Je ne suivrai pas l'exemple de Ferdinand Favre, je rassure les Nantais (NDLR : il est resté maire de Nantes jusqu'à 86 ans, de 1832 à 1848 puis de 1852 à 1865).
Vous avez parlé de relève générationnelle ? Au plan politique ou dans d'autres secteurs ?
Tout le monde y est confronté, le chef d'entreprise comme le milieu associatif. C'est la même chose au niveau économique, social, culturel et intellectuel.
La question de la préparation de l'avenir, des nouvelles équipes se pose à toute la société. Et puis ses seniors qui vont partir ont un rôle actif à jouer dans la société.
Le « système Ayrault » qui cumule mairie, CUN, SEM et autres satellites, existe-t-il ? Y a-t-il des contre-pouvoirs ?
Des contre-pouvoirs, on en a construit et on va en construire d'autres. La règle du jeu sera toute nouvelle. Je récuse la notion de système mais je revendique la méthode. Je suis un maire fédérateur de tous les projets nantais. Je dois voir loin, anticiper et agir près. Je suis aussi animateur d'une équipe, je sais faire confiance. Cela nécessite un rôle d'arbitrage, une autorité. Je n'ai pas peur de dire que je suis un patron. Mais je parle avec tout le monde.
Certains évoquent un groupe d'une cinquantaine de collaborateurs (cabinet, ville, communauté urbaine, groupe PS) travaillant pour vous et une garde rapprochée qui, à Nantes, contrôle et verrouille, empêche les autres élus d'exister. Vrai ou faux ?
Je récuse totalement cette critique car si c'était le cas, on n'aurait pas obtenu autant de résultats. La ville ne se serait pas métamorphosée à ce point si tout était verrouillé par un petit groupe de gens. En revanche, qu'il y ait une équipe de confiance, oui. J'essaye de m'entourer de collaborateurs qui sont loyaux, fidèles et qui sont la garantie que la structure fonctionne.
« J'aimerais aller plus vite »
Le cumul des mandats que dénonçait Ségolène Royal est-il une bonne chose ? Comment être disponible, prendre du recul ?
Je suis deux jours à Paris et cinq jours à Nantes. Et quand je suis à Paris, je m'occupe de certains dossiers nantais. Évidemment c'est lourd et viendra peut-être le jour où cette possibilité de cumuler les mandats n'existera plus. J'assume pleinement cette réalité. Mais ce n'est pas au détriment de Nantes, bien au contraire.
Être super-favori est-il un avantage ou un risque ?
Ça peut démobiliser l'électorat. Une campagne électorale, c'est un devoir, un rendez-vous citoyen, un respect des gens. Nantes est à une nouvelle étape de son histoire, il ne faut prendre aucun risque de retour en arrière. C'est un nouveau contrat, pas un chèque en blanc que je veux passer avec les Nantais. Ma campagne a un enjeu : donner toutes ses chances à Nantes et aux Nantais. La mobilisation doit donc importante.
Pensez-vous qu'il y aura un ou deux tours ? Vous imaginez-vous battu ?
J'ai confiance dans le bon sens et le choix des Nantais. Je crois qu'ils ont envie que ce qui a été entrepris se consolide. Premier ou deuxième tour, c'est le choix des électeurs, je le respecterai.
Après trois mandats à Nantes, de quoi êtes-vous le plus fier ? Y a-t-il eu des ratés ?
D'avoir remis la ville en mouvement et d'avoir fédéré les forces pour les faire travailler ensemble, y compris lorsqu'elles n'étaient pas de mon bord. C'est la clé de la réussite. La belle endormie s'est réveillée. Pas de raté, non, mais une insatisfaction. J'aimerais aller plus vite. Le temps n'est pas le même pour tous. Je ne veux pas d'une ville à deux vitesses.
Comment jugez-vous Sophie Jozan et Benoît Blineau ?
Je les respecte car se présenter c'est un engagement. Je sais ce que ça représente. Mais je remarque que je suis le seul à faire campagne dans les quartiers populaires et le centre-ville.
Êtes-vous satisfait de cette campagne ? Les temps forts, les regrets ?
Je retiens le meeting du 11 février à la Cité des congrès. Certains ont dit, là Jean-Marc Ayrault, il a fendu l'armure. J'ai donné à fond tout ce que j'avais en moi. Ensuite, ce sont les contacts avec tous les Nantais, à l'image de samedi dernier où j'ai fait huit heures pour huit quartiers. C'est un souvenir inoubliable. Mon seul regret, c'est de ne pas avoir vu tous les Nantais.
Vous êtes élu, quelle est votre première décision ?
Organiser dans les trois mois une conférence sur la question de l'accès à l'emploi. Mettre en place l'école de la deuxième chance, mais aussi la réussite éducative et scolaire dans toutes les écoles.
Propos recueillis par Philippe Corbou