L'actu
Patrick Mareschal, président du conseil général de Loire-Atlantique a eu connaissance des trois projets architecturaux présentés par les trois groupements en lice pour la concession du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes : Taranis (société Lavalin, Abertis, Fayat), Vinci (Vinci Concessions, Vinci SA, CCI de Nantes, CIFE, ETPO) et Aemera-Groupe Bouygues (Quille, CCI de Nantes, Egis). Ceux-ci avaient déposé leur dossier le 30 octobre dernier. Selon le patron du département, les trois projets correspondent aux exigences posées, notamment en terme d'intégration dans le paysage et de sobriété. Si les trois projets ont été présentés au président du conseil général de manière anonyme, celui-ci avoue avoir été plus spécialement séduit par l'un d'entre eux. Les trois projets entrent dans l'enveloppe financière fixée de 580 M€ dont 490 à la charge du concessionnaire. L'un des trois étant nettement en deçà de ce montant selon nos informations. La commission d'analyse des offres a fini son travail et doit transmettre son rapport au ministre de l'Environnement et des Transports, Jean-Louis Borloo. La désignation du futur concessionnaire sera alors décidée et le contrat de concession approuvée par un décret en Conseil d'État.
Fin des interventions foncières
En 2010, devrait ensuite s'achever les interventions foncières du conseil général de Loire-Atlantique avant la finalisation des études par le concessionnaire et le transfert à celui-ci des aéroports de Nantes Atlantique et Saint-Nazaire. Le début des travaux devrait intervenir en 2012 ainsi que les enquêtes publiques pour adoption des trajectoires et du plan d'exposition au bruit. La fin des travaux du nouvel aéroport est toujours envisagée à l'horizon 2015 selon les éléments donnés par le Syndicat mixte d'études de l'aéroport Grand Ouest Notre-Dame-des-Landes, pour une mise en service, selon Patrick Mareschal, d'ici six ans.
Éric Cabanas
La Vache Rit. Un hangar de tôle au milieu d'une ferme, sur la route Notre-Dame/Vigneux. Et un lieu symbolique de la lutte anti-aéroport, puisqu'il se trouve là où demain, peut-être, s'installera un aéroport international.
« La voix de la raison »Dans le cadre de sa tournée des régions, le patron du MoDem, François Bayrou, y a chaussé les bottes, discuté agriculture (un petit peu), politique (un peu plus) et projet d'aéroport (beaucoup). Au milieu de ces bocages, de ce qu'il a lui même défini comme
« poumon vert formidable pour la région », il a attrapé au vol les arguments des militants anti-transfert. Naturellement sensible à la disparition des zones agricoles - ici 1 600 ha - il a fustigé
« la vraie raison de ce projet, qui est de vouloir faire de la promotion immobilière au sud ». Il tacle au passage PS et UMP, qui s'accordent sur ce sujet et surtout, selon François Bayrou, sur
« un mode de pensée : celui des grosses constructions et des gros budgets ».
« Un sujet formidable ! »S'adressant à Patricia Gallerneau, tête de liste MoDem pour les prochaines régionales, il s'enthousiasme :
« Vous avez ici un sujet formidable, où l'on met en avant notre différence d'opinion ! » Alors pourquoi ne pas s'allier avec Europe Écologie, eux aussi contre ce projet ?
« Parce qu'ils ont déjà annoncé qu'ils s'allieraient avec le PS au second tour » répond, du tac au tac, un François Bayrou revigoré par l'air frais landais. Et concernant les difficultés à réunir une liste MoDem pour les Pays de la Loire ?
« On ne peut pas être dans cette famille politique et récuser son indépendance. C'est la clé même de notre existence ! ».
Symbole de cette liberté, François Bayrou a intégré le comité des élus qui doutent.
« Car pour douter, il faut être indépendant ».
Mathilde Clavier-Bourgine
mathilde.clavier@presse-ocean.com
Au lendemain de la publication de sa liste, Christophe Béchu dévoile sa position sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. L’idée d’un moratoire lui avait été prêtée. « Je l’ai trouvée séduisante », admet-il. « Mais j’ai étudié le dossier, écouté chacun : désormais j’ai la conviction que le transfert de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes est une nécessité ».
Impératif de sécurité, attractivité du territoire, désenclavement de l’Ouest, développement économique… Ces arguments l’ont emporté sur ceux plus strictement environnementaux. « Le projet est Grenello-compatible : il ne s’agit que d’un transfert ».
Franchissement de la Loire
Cette position est toutefois assortie de conditions sine qua non. « La question des dessertes routières et ferroviaires est capitale. Sans elles l’aéroport est voué à l’échec ». À ses yeux, un nouveau franchissement routier de la Loire et une ligne à grande vitesse (LGV) Nantes-Rennes sont indispensables.
« Je suis surpris que ni la Région, ni le Département, ni Nantes n’aient pas mis plus d’énergie pour interpeller l’État sur ces dossiers. »
Nantes-Rennes en juin
« Le franchissement de la Loire permettra à d’autres territoires que la Loire-Atlantique, comme la Vendée, de se sentir concernés par l’aéroport », poursuit Christophe Béchu. Et pour la LGV Nantes-Rennes il voit une « fenêtre de tir » à ne pas manquer : en juin avec une inscription au schéma national des infrastructures de transport.
Seulement les dessertes
Le candidat UMP ne le dit pas mais le pense très fort : il serait le meilleur avocat auprès du gouvernement pour faire avancer ces dossiers. Il avoue d’ailleurs les avoir déjà évoqués avec François Fillon. Enfin, il considère que le Conseil régional n’a pas vocation à financer l’aéroport : « Il devra concentrer ses financements exclusivement sur les dessertes ».
Jean-Philippe Lucas
"Il n’y a ni drapeau, ni musique. Contrairement à ce qui a été dit, la réunion de ce soir n’a rien d’un meeting ! La commune n’a pas connu de grand débat sur l’aéroport depuis 2003. On veut juste exposer nos arguments et échanger avec les habitants ». Membre du collectif des élus qui doutent du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Françoise Verchère a donné le ton en ouverture du débat sur le transfert de l’aéroport, mercredi soir à Bouguenais. La conseillère générale, « locale de l’étape » en tant qu’ancien maire de cette commune, a d’emblée voulu calmer les esprits devant une salle du Piano’cktail quasi-comble (350 personnes environ).
Échanges pimentés mais cordiaux
À quelques semaines des élections régionales, ce débat était annoncé comme houleux. Malgré les sifflets et autres acclamations du public, les échanges sont restés cordiaux. Le Collectif des élus qui doutent du projet d’aéroport et les opposants au transfert, co-organisateurs de cette réunion, ont présenté leurs arguments et donné la parole à la salle. Malgré une assistance majoritairement « anti-transfert », les partisans du déménagement ont également réussi à faire entendre leur voix. Parmi eux, les socialistes Patrick Mareschal, président du Conseil général, et Gilles Retière, maire de Rezé et premier vice-président de Nantes métropole. Privés de tribune, ces deux élus avaient promis de venir pour « contrer les arguments fallacieux » des opposants.
La piste pourrait rester…
Sécurité, nuisances pour la population, nécessité de libérer des espaces constructibles au Sud Loire,
environnement, coût de l’équipement… Les deux parties sont restées campées sur leurs positions. La « surprise » du soir est venue d’une lettre, où plutôt de son interprétation. Dans un courrier daté du 9 octobre, la direction d’Airbus stipule qu’elle maintiendra ses activités à Bouguenais même si la piste de Nantes Atlantique était détruite.
« On est en droit de douter, tous les sites d’Airbus ont une piste attenante. Pourquoi cette exception nantaise ? », s’inquiète Françoise Verchère. Jusqu’alors confiants dans les intentions d’Airbus, les partisans du transfert ont voulu rassurer sur cet enjeu majeur pour l’économie du Sud Loire. « On doit rester vigilants, on demandera des garanties », affirme Gilles Retière. « Cette piste ne sera pas détruite tout de suite, indique Patrick Mareschal à des Bouguenaisiens attachés à l’aéronautique. Si Airbus veut une piste, on la maintiendra ! ». Reste à savoir qui paiera son entretien.
Etienne Mvé
"Je ne comprends pas pourquoi il est de bon ton d'être contre et pourquoi il est très mal vu d'être pour. Et surtout de l'afficher ! ». Pour François-Xavier Moutel, PDG de l'agence d'intérim Abalone basée à Saint-Herblain dans un bâtiment dit « à énergie positive », « le transfert de l'aéroport de Bouguenais à Notre-Dame-des-Landes est une nécessité ».
Arguments écolos
Très impliqué dans une démarche de développement durable et d'écologie au quotidien, il défend un aéroport basse consommation, comme il l'a écrit sur la banderole qui flotte sur la façade en verre de son entreprise, face aux milliers de voitures qui circulent quotidiennement sur la départementale 201 en direction de Saint-Nazaire.
Ses arguments en faveur d'un aéroport au nord du département sont exclusivement basés sur le respect de l'environnement. « Il existe des chiffres qui disent que 18 à 45 tonnes de carburant, combustionné ou délesté, sont rejetées dans l'air chaque jour au-dessus de Nantes. Ceux qui sont contre le transfert se fichent donc que 500 000 personnes respirent mal ? ».
Ceux qui sont contre l'aéroport, en tout cas, voient d'un très mauvais oeil le libre affichage d'Abalone.
Menaces et intimidations
« On a reçu des lettres d'injures, des mails de personnes en colère et même des menaces ! » avoue-t-on dans les couloirs de l'entreprise herblinoise. « C'est complètement fou ! s'énerve François-Xavier Moutel. Tous les hommes politiques qui ont visité notre bâtiment nous félicitent pour notre démarche énergétique. Par contre, ils ne comprennent pas pourquoi on est pour le transfert.
« Mais c'est parce que c'est le même raisonnement écologique ! Alors ce terrorisme d'une minorité, qui cherche à nous intimider et à nous forcer à penser dans le « bon sens », je ne sais pas de quelle couleur il est, mais il n'est pas vert ! ».
Bien résigné à ne pas céder, le PDG va laisser son message flotter au vent. En se fichant bien d'être - ou pas - dans l'air du temps.
Mathilde Clavier-Bourgine
Les candidats à la concession du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes avaient jusqu’à hier soir pour rendre leurs offres. Une commission technique consultative va les analyser de la fin 2009 à l’été 2010. C’est le ministre des Transports qui décidera du choix du concessionnaire, en lien avec les collectivités partenaires.
Dépôt de trois offres
En mars dernier, quatre candidats ont été retenus : Taranis (composés principalement de SNC Lavallin, Albertis, Fayat) ; NGE (NGE SAS - TP, Altervia, SA Etco/groupe Ginger) ; Vinci (Vinci concessions, Vinci SA - BTP, CCI de Nantes, CIFE, ETPO - BTP) ; Aemera (plusieurs sociétés dont les sociétés mères sont Bouygues Construction et Colas, dont Quille, Macquarie, CCI de Nantes, CDC - EGIS - Ingénierie). Hier, la Direction générale de l’aviation civile a confirmé le dépôt de trois offres. Celles de Taranis, Vinci et Aemera.
581 millions d’euros
Les concessionnaires ont planché sur un projet estimé à 581 millions d’euros hors taxes, chiffre contesté par les opposants, qui cite l’extension de l’aéroport de Stansted (Londres) « estimée à 2,7 milliards d’euros »
Dépôt des dossiers : fin octobre. Choix du lauréat : printemps 2010. Jean Daubigny, le préfet de région, a rappelé les échéances qui aboutiront à la désignation du groupement d’entreprises qui sera chargé de la construction et de l’exploitation du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il l’a fait devant les conseillers régionaux. « Nous ne sommes plus au stade d’une décision de principe à prendre. Le débat démocratique, sous le contrôle de la justice, a eu lieu. Désormais le cadre juridique existe », a dit le représentant de l’État. Aucune remise en cause du projet donc. Mais le préfet souhaite « prendre des initiatives pour poursuivre le dialogue » afin d’envisager des améliorations au projet.
UMP : « Historique »
Dans l’hémicycle régional, chaque sensibilité a rappelé sa position. Des déclarations qui ne se calquent pas toujours sur les clivages droite-gauche. « C’est un investissement historique, qui touche une aire de huit millions d’habitants et générera des retombées économiques importantes », disent à l’unisson François Pinte, Sophie Jozan et Daniel Augereau (UMP). Ils ironisent au passage sur « l’adhésion silencieuse » de Jacques Auxiette, le président PS du conseil régional qui « a bien du mal à clarifier sa position au sein de sa majorité ».
Verts : « Gouffre »
Et il est vrai que du côté des Verts, l’heure n’est pas au relâchement dans le combat anti-NDDL. « C’est un projet grenello-incompatible, un gouffre financier », résume Romain Langlet pour qui « l’optimisation de l’existant est à la base du développement durable ».
PS : « Pas une girouette »
Alors silencieux Jacques Auxiette ? « Pas du tout. Mais le débat sur l’opportunité de cet équipement est derrière nous, même si un dialogue doit se poursuivre, notamment sur les dessertes. Je n’ai pas de position à géométrie variable : ce dossier est stratégique pour le développement grand ouest. Quant à la position des Verts, elle n’est pas nouvelle. Au sein d’une même majorité il peut y avoir des sensibilités différentes… ».
Centre : « Concertation »
Restent les centristes. Par la voix de Michel Hunault, ils pensent aussi que « la concertation doit se prolonger » mais, semble-t-il, sur des bases élargies « car le projet suscite encore des interrogations ».
« Il est notamment impensable que la concession soit décidée sans un éclairage clair sur les conditions de dessertes ferroviaires et routières ».
Jean-Philippe Lucas
En langage administratif, il s’agit d’une « politique de périmètre ». Le conseil général veut s’engager dans la protection des espaces agricoles et naturels situés entre l’agglomération nantaise et le futur aéroport. Ce processus, face à la pression foncière, gèlerait au profit de l’agriculture près de 19 000 hectares principalement sur le secteur d’Erdre et Gesvres. « Chaque année 1 500 à 2 000 ha de terres agricoles changent d’usage. Il s’agit de pousser les communes à s’engager dans cette politique de périmètre » indique Claude Bricaud, vice-président du conseil général. Principale cible visée, les propriétaires de terrains agricoles laissés en friche qui espèrent pouvoir spéculer en visant une future urbanisation.
Vocation irréversible
Le Département use d’une compétence légale nouvelle lui permettant de délimiter des périmètres de protection des espaces agricoles et naturels périurbains. « Ce périmètre qui établit de manière quasi irréversible la vocation agricole des terrains doit faire l’objet d’une large concertation avec les collectivités et la profession agricole » prévient Patrick Mareschal, président du conseil général. En juillet dernier, le périmètre de 19 300 ha sur onze communes a été validé. « C’est vingt fois la superficie de la zone aéroportuaire » note Patrick Mareschal. Fin septembre, la démarche a été présentée aux communes concernées. Des sous périmètres sur chaque commune ou intercommunalité seront définis afin d’aboutir à une proposition définitive en 2010. Une enquête publique suivra. Ce périmètre s’imposera pour une durée de 30 ans. Seul un décret en Conseil d’Etat permettra de modifier l’usage des terres. « L’idée n’est pas que le Département devienne propriétaire de terres agricoles. Les acquisitions ne pourront être que temporaires. L’intervenant doit rester en priorité la commune » précise-t-on au conseil général. « Il n’est pas question d’un gêle des terres agricole » explique Hervé Bocher (PS), « au contraire ce processus doit permettre aux agriculteurs d’investir sans crainte à long terme ». La même démarche est engagée en lien avec la réalisation des trois zones d’intérêt départemental de La Marne, Héric/Grandchamp-des-Fontaines et Vieillevigne, pour un périmètre minimal d’un millier d’hectares à l’échéance 2011.
Eric Cabanas
eric.cabanas@presse-ocean.com
Jean-Marc Ayrault et d'autres élus sont montés au créneau. On a l'impression qu'il sort l'artillerie lourde mais il tire une salve de pétards mouillés. Les arguments de Nantes métropole ne concernent que Nantes Métropole. Les élus ne parlent que de l'activité économique et l'urbanisation du Sud Loire. On est loin de leur projet du Grand Ouest », signale Jean-Jacques Kogan, vice-président de la CCEG délégué aux infrastructures.
Batailles de chiffres
Les arguments sur l'économie du foncier réalisé avec la fermeture de Nantes Atlantique (voir notre édition de mardi) font aussi réagir la CCEG. « Récupérer 300 hectares dans le Sud Loire serait mieux qu'en consommer 2 000 hectares en Nord Loire... ». Les opposants rappellent leurs arguments : « A Nantes Atlantique, il y a une progression du nombre de passagers et non du nombre de mouvement. Depuis 2000, il baisse progressivement. 56 000 en 2000 et 53 000 actuellement en 2008 ».
L'élu revient sur la sécurité de Nantes. « Il y a un moyen d'éviter le survol de la ville ». Il regrette que les pro-aéroport dénaturent la proposition de Solidarités écologie en calquant le projet de Notre-Dame-des-Landes sur Nantes Atlantique. « La proposition est celle d'une seule piste avec un axe Est-Ouest ».
Finances
Côté finances, Jean-Jacques Kogan parle « de méconnaissance dramatique » après les propos cités lundi à Nantes métropole. « Ils parlent de 480 millions d'euros pour le site et 100 millions pour le barreau routier financé par l'État. Mais on sait déjà que l'État ne donnera pas les 100 millions d'euros pour le barreau routier, mais seulement 30 à 40 % ». Selon Thérése Leparoux, vice-présidente déléguée à l'aménagement de l'espace, « ce projet est un gouffre d'un point de vue économique.
Quand on voit l'évolution des impôts locaux, on se demande où ils vont trouver l'argent... ».
Caroline Tréman
caroline.treman@presse-ocean.com
Repères
Recours
La CCEG et Vigneux-de-Bretagne n'ont aucune nouvelle de leur recours devant le Conseil d'État.
Collectif des élus
Le collectif des élus contre l'aéroport avoisine dorénavant les 500 adhérents.