Quais submergés au Croisic, digue de protection enfoncée, du jamais-vu depuis 70 ans en Presqu'île guérandaise.
Les plus anciens croient pouvoir dater la survenue d'un événement aussi considérable. « C'était en 1940 ou 1941, en tout cas pendant l'Occupation »...
Hier, au Croisic, dans leur magasin La Galerie du quai, Dominique et Rose-Anne Bourdin n'en reviennent toujours pas. « L'eau a débordé du quai comme une vague. Elle est entrée dans le magasin malgré les portes fermées. Elle est montée jusqu'à 25 cm à l'intérieur ». Raclette et serpillière en mains ils continuent d'éponger. « C'était de l'eau de mer, donc tout ce qui a été touché est irrécupérable ». Ce débordement des chambres du port témoigne de l'amplitude extraordinaire du phénomène.
Une digue de 27 km
Plus loin, au fond du traict, la longue digue de 27 km qui court du Croisic à La Turballe en passant par Batz-sur-Mer pour protéger les marais salants, n'a pas résisté aux assauts forcés de la mer. Elle a rompu en quinze endroits.
L'eau l'a aussi submergée « pourtant, lors des plus grandes marées habituelles, il reste au moins 50 cm à découvert », explique David Cholon, le président du syndicat des paludiers.
Certains professionnels ne voient plus leur outil de travail. Les oeillets sont engloutis sous un à deux mètres d'eau ! Une cinquantaine d'exploitations sont ainsi sous l'eau.
Lourds travaux à venir
L'état de la digue qui a cédé n'est pas toujours en cause. « À certains endroits elle était abîmée, mais ailleurs elle avait été réparée il y a peu ». La force de la mer a aussi fait s'écrouler des blocs de pierres dans les salines et a enlevé la terre des passages entre les oeillets. « Si tout ça n'est pas réparé dans un mois, la saison est compromise ». De très lourds travaux vont s'imposer.
« Jamais vu ça »
Alexis Mancel réside, lui, dans le lotissement de La Herpe, en première ligne derrière la digue. « Ça fait 34 ans que j'habite là, je n'avais jamais vu ça ! On avait de l'eau dans toute la maison ! On a vidé à coup de seaux avec les voisins. Une vraie solidarité s'est mise en place. Hier, 40 pompiers se sont relayés pour mettre des sacs de sable et de gravier pour empêcher l'eau de rentrer dans la maison ». La marée haute de 17 h, hier, a été contenue. Restait celle à venir du petit matin, toujours affectée d'un fort coefficient.
Danielle Rival, maire de Batz-sur-Mer, sait que les travaux qui devront être entrepris « vont coûter très cher ». Elle a demandé à l'État de classer sa commune en état de catastrophe naturelle.