Désarroi, lassitude, entraide, volonté d'aller de l'avant. Ces sentiments s'entrecroisent et se mêlent chez les sinistrés.
Neuf heures, hier matin. Le téléphone sonne à la rédaction. Au bout du fil, une dame âgée : « J'ai une caravane de libre. Je pourrais la prêter à quelqu'un qui a perdu sa maison en Vendée. Qui dois-je appeler ? ». Exemple parmi tant d'autres de solidarité spontanée après le passage de la tempête Xynthia. Chez les sinistrés, la philanthropie n'a d'ailleurs rien d'un vain mot.
Jacques Garel est ostréiculteur aux Moutiers-en-Retz. Son exploitation « n'a pas été trop abîmée : juste 10 à 15 centimètres d'eau ». « Un bon lavage » et le voilà prêt à donner un coup de main à Yvan Avril, collègue moins chanceux qui « a tout perdu ». « Dans un cas comme celui-là, c'est normal de s'entraider. Si je peux participer à la remise en état d'un bâtiment ou mettre des huîtres à tremper dans les bassins, bien sûr que je le ferai ».
Les professionnels touchés partagent un même objectif : « Reprendre rapidement notre activité ». La polémique sur les constructions en zone inondable ou la fiabilité des digues, en revanche, très peu pour eux. « On laisse ça aux élus », confie un ostréiculteur vendéen. Le désarroi et le fatalisme priment sur la colère. « La marée haute, le vent... C'était le pire des scénarios. Rien de semblable ne s'était jamais produit : c'était juste imprévisible ! ».
« Comment pouvait-on éviter ça ? »
La gérante du camping Les Flots Bleus à La Faute-sur-Mer, elle, est encore entourée d'eau. « Nous ne sommes pas en zone inondable et la digue n'a pas seulement été détruite, elle a été dépassée ! Comment pouvait-on éviter ça ? », s'interroge-t-elle, dépitée. Ses pensées vont aux familles des victimes. Sa priorité ? La reconstruction. « La Faute-sur-Mer, c'est un lieu touristique. Si on ne relance pas notre activité, comment va vivre le reste de la commune ? ». Franck Chadeau, président de la fédération des campings de Vendée, estime que « les douze campings ravagés sont fréquentés en haute saison par 6 000 à 8 000 personnes ». L'équivalent d'une ville comme Ancenis !
« L'attentisme ne va rien résoudre, lâche Franck Chadeau. Même s'ils ont encore les pieds dans l'eau, les professionnels doivent déjà solliciter leurs partenaires, demander des devis chez leurs fournisseurs... ». Certains fabricants de mobil-homes et de chalets ont fait savoir qu'ils apporteraient leur concours humain et matériel à la reconstruction. Une goutte d'eau supplémentaire dans un océan de solidarité.
Jérôme Jolivet