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Ancenis Grève à la coopérative Laïta: des milliers de litres de lait jetés

0 22.05.2015 19:22
Philippe Grégoire (à gauche) et Michel Leduc (à droite).

Philippe Grégoire (à gauche) et Michel Leduc (à droite).

Depuis mardi, une grève paralyse la coopérative Laïta, basée à Ancenis. Les exploitants laitiers ont dû jeter trois jours de production de lait au lisier, faute de collectes. Ils dénoncent « une véritable aberration ».

Michel Leduc, agriculteur à Saint-Germain-des-Prés (Maine-et-Loire), vit une situation inédite. « C’est la première fois au cours de ma carrière que je jette autant de lait. Sans le contexte économique actuel et quand on sait que des tas de gens meurent de faim, je suis choqué. Et puis, j’ai mal au cœur d’avoir travaillé pour rien ». Ses 80 vaches laitières produisent 2 000 litres par jour.  Il a dû « mettre dans la fosse à lisier 6 000 litres, soit trois jours de traite. D’autres collègues en ont jeté 8 000 et 12 000 litres ».

Sur les 1 500 exploitations laitières recensées en Maine-et-Loire, le mécontentement a gagné les agriculteurs qui dépendent de Laïta Ancenis pour le collectage du lait.

Depuis mardi, une grève paralyse la laiterie du Val d’Ancenis. 250 salariés sur les 540 ont décidé d’arrêter le travail. « Ce sont essentiellement les personnels de la production », rapporte le délégué Force ouvrière, Christophe Viau, joint par téléphone ce vendredi 22 mai. « Ils travaillent à la fromagerie, à la beurrerie, à la collecte, à la plate-forme des produits frais et dans les deux tours de séchage. La plupart d’entre eux ont des bas salaires ».

Trois jours de production dans la nature

Cette année la direction reste campée sur ses positions en terme de revendications salariales : « Ce sera zéro. Rien ». Les réunions se suivent et se ressemblent. « On ne comprend pas », avoue FO qui constate que « le groupe grossit, rachète Doux en ce qui concerne Terrena, mais qu’on est face à un mur depuis mars ».

Les salariés réclament une augmentation générale des salaires (AGS) dans le cadre des négociations annuelles. La direction proposait une amélioration du pouvoir d’achat par d’autres mesures.

Quatre jours plus tard, le mouvement s’essouffle et le travail devrait reprendre. « Mais il reste un malaise profond ».

Six départements concernés

Laïta, première entreprise coopérative laitière du Grand Ouest, est née le 1er juillet 2009. Elle est basée à Ancenis. Les 3 750 exploitations laitières qui travaillent avec Laïta sont implantées dans six départements : la Loire-Atlantique, l’Ille-et-Vilaine, le Maine-et-Loire, le Finistère, les Côtes-d’Armor et le Morbihan.

"On marche sur la tête"

Cette grève n’est pas sans conséquence dans les exploitations laitières comme le raconte Philippe Grégoire, président du Mouvement des éleveurs et agriculteur en Maine-et-Loire. Dans sa ferme de Chanzeaux, il possède un troupeau de 90 vaches. « Le lait est stocké dans un tank de 9 000 litres. La collecte s’effectue toutes les 72 heures ». Mercredi, il a reçu un premier SMS pour lui signaler un problème dans le ramassage. « Le lendemain, un nouveau SMS me demandait de jeter le lait ».

Avant d’exécuter la consigne, il a « préféré appeler le technicien de la laiterie. Je voulais savoir comment se passerait l’indemnisation ». Lui a déversé « 7 000 litres de lait dans la fosse spéciale où sont stockés les effluents d’élevage. On marche sur la tête ».

À l’heure où les éleveurs traversent « une crise sans précédent », Philippe Grégoire ne peut s’empêcher de « dénoncer un système qui va dans le mur ». « Tous les industriels (Terrena, Sodial, Lactalis, etc.) suivent le même modèle capitaliste, les coopératives ne font pas exception. Les groupes rachètent les concurrents, ils se trouvent en situation de monopole, ils font des profits dont la valeur ajoutée et les bénéfices ne profitent ni aux salariés, ni aux producteurs ». Il rappelle qu’il vend son litre de lait 30 centimes, « le même prix qu’il y a 40 ans ».

"Même bateau"

Michel Leduc évoque le prochain salon Terrenales, vitrine de l’agriculture. « Une manifestation qui coûte chère ». Il s’interroge aussi sur le rôle des dirigeants de la coopérative Laïta. « Dans cette affaire, il ne faudrait pas que les "petits" soient lésés ». Il pense que les salariés comme les producteurs « sont les maillons d’une chaîne. On est dans le même bateau. C’est la première fois en tout cas qu’un mouvement social nous oblige à jeter autant ».

Philippe Grégoire en veut pour sa part aux délégués et aux administrateurs de ces coopératives. « Ce ne sont plus des agriculteurs. Certains ont des dizaines de casquettes. Ça gangrène le système ».

Négociations sur plusieurs sites

La direction de Laïta a déclaré ce vendredi : « Le dialogue n’est pas rompu » avec les organisations syndicales. « Les négociations se poursuivent à l’échelle Laïta qui regroupe plusieurs sites ». Si Force ouvrière est majoritaire à Ancenis, là où a été votée la grève, ailleurs ce n’est pas le cas. La laiterie devrait indemniser les exploitants agricoles concernés, après réception d’un courrier.

Martine Vaillant-Prot

 

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