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Clisson Hellfest : « La mort mise en folklore » selon un sociologue

0 16.06.2015 16:30
La mort (en photo Powerwolf), est « mise en folklore », selon Christophe Guibert (en médaillon). Archives PO

La mort (en photo Powerwolf), est « mise en folklore », selon Christophe Guibert (en médaillon). Archives PO

Trois jours avant le festival, le sociologue Christophe Guibert décortique la culture metal. Il animera deux conférences à Clisson, le 17 juin à 18 h 30 au Cercle Olivier de Clisson, et le 20 juin à 11 h à la médiathèque.

Presse Océan : Vous êtes sociologue. Comment définir le metal ?

Christophe Guibert : « Nous avons mené une enquête en ligne en 2011 (9 000 réponses), et en 2015 (10 300 réponses). C'est un très gros échantillon qui définit très précisément le rapport des festivaliers à la musique, leurs pratiques. Le metal est très pluriel avec des genres disparates pendant le Hellfest sur des scènes différentes. »

Comment est-il perçu à l'extérieur ?

« Les clichés existent quand une culture est mal connue. Le bon exemple est Clisson où au départ les gens n'étaient pas pour mais où ça a changé avec l'impact pour l'image, l'économie locale, l'absence de débordement. Une bonne proportion des festivaliers en profite pour aller à la plage dans la région, visiter Nantes et les châteaux de la Loire. »

Vous parlez d'une culture plurielle.

« Certains écoutent du metal tous les jours, mais pas tous. Certains n'écoutent que ça, d'autres écoutent différents genres musicaux, ils l'ont découvert petit ou récemment, c'est selon. »

Y a-t-il des codes vestimentaires dominants ?

« S'habiller en noir, porter des T-shirts de groupes, afficher une tête de mort... »

Le rapport à la mort du metal est-il ironique ?

« Je garde une posture scientifique : je n'ai pas d'éléments mais je peux dire que c'est se moquer, singer les codes, c'est une mise en folklore de la mort. Il y a des groupes qui mettent en musique des films d'horreur, de guerre, des légendes de science-fiction. C'est une culture subversive qui ne se prend pas au sérieux. Hellfest, c'est trois jours où on souffle après ses études, son boulot... »

La culture metal rejoint-elle des motivations politiques ?

« Elle n'a pas comme source dominante la politique. Mais vu le contexte, on a ajouté dans l'enquête de 2015 auprès des festivaliers français des questions sur le rapport à la politique et à la religion : les festivaliers sont à 55 % proches des partis de gauche et à 6 % proches du Front national. »

Leur rapport à la religion est plutôt potache...

« Potache, c'est exactement le terme : on n'a jamais vu de festivaliers traîner dans le cimetière de Clisson. 76 % se déclarent non croyants, 7 % ne savent pas trop, 15 % se disent croyants, en majorité catholiques. »

Avez-vous dressé une typologie des festivaliers ?

« Les résultats se sont renforcés : en 2011, 81 % étaient des hommes, en 2015, ils sont 77 %. Il y a une forte proportion d'étudiants (20 %) et chez les actifs seulement 7 % de chômeurs et 41 % de cadres et de professions intellectuelles supérieures. »

Comment cela s'explique ?

« Le métal n'est plus une musique dite populaire. Il faut prendre en compte le prix du pass trois jours, environ 200 €. Et acheter un pass, c'est sur internet, et l'enquête est mise en ligne : il y a une surreprésentation des classes supérieures. Il faut relativiser les réponses, même si avec 10 300 réponses, c'est représentatif. »

Allez-vous au Hellfest en tant que sociologue ou spectateur ?

« J'y vais en tant que spectateur en gardant mes lunettes sociologiques : je prends des photos et des notes selon une méthode d'observation qui illustre l'enquête. »

Recueilli par Frédéric Testu

Bio express

Christophe Guibert, 38 ans, maître de conférence

à l'université d'Angers,

chercheur associé

au CNRS.

 

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