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La vie des poilus en 1915 : extraits de lettres du Blinois Jan Praud

0 15.06.2014 12:05
Poilu

Jan Praud écrivait régulièrement à sa famille à Blain

Photo DR

Jean-Marie Praud, dit Jan Praud, décédé au front le 14 juillet 1915, a nourri une correspondance abondante avec sa famille durant la guerre 14-18. En voici quelques extraits. Elles font partie d'une exposition consacrée aux poilus à la bibliothèque municipale d'Angers, jusqu'à la fin août.

Mobilisation
« Ma bonne maman,
C’est ton gros gars qui vient d’être désigné pour partir au front. Depuis hier, nous avons quitté Lyon, nous sommes déjà à Chaumont et dans quelques heures, nous serons versés dans nos compagnies respectives. Ne te fais pas trop de chagrin, ma bonne maman, et dis-toi que ton gros gars […] te reviendra après avoir rempli son devoir de Français […] »
Chaumont (Haute-Marne), le 13 avril 1915

Au front
« Mon cher André, mon petit Jeannot,
[…] C’est extraordinaire de voir le moral de nos troupes. Dans les garnisons, l’esprit frondeur domine. Mais ici, le calme, le sang-froid, le courage le supplantent. Ah ! Les poilus, ce mot est bien approprié. Des barbes hirsutes, des vêtements couverts de boue, mais un air gaillard ; aussi, nous les bleus, habillés de neuf, frais rasés, nous faisons piètre figure auprès de ces lapins, mais dans quelques jours, on ne pourra pas le dire […] »
15 avril 1915.

Victuailles
« Ma chère maman,
…] Tu me dis dans une précédente lettre d’être prudent. Sois sûre […] que je le suis dans le domaine du possible et que je ne me risquerai pas inutilement. Je ne sais pas si je suis brave, les occasions ayant été assez rares pour que je m’en rende bien compte. Mais je sais que je ne suis pas « trouillard ». Veux-tu que nous abordions la question victuailles ? […] J’aimerais de temps en temps un peu de beurre, le dernier est arrivé en très bon état. Un pot de moutarde aussi, du tabac, de la menthe Ricqlès, avec ça, je me croirai en paradis. […] »
La Chalade (Meuse), 14 mai 1915.


« Maudits Boches »
« Ma chère Ninette,
[…] Ici, de grands préparatifs pour une prochaine ruée qui saura, je l’espère rejeter loin de nos frontières, ces maudits Boches. Tout le monde attend avec impatience le jour où nous pourrons foncer et nous battre face à face. Car tu sais, ma cadette, la guerre de tranchée est ingrate ; tu reçois bien souvent une bombe ou une grenade sans avoir jamais vu la tête d’un ennemi. C’est une chose énervante qui fait que quelquefois, certains commettent de grandes imprudences pour forcer le boche à sortir de son trou. Et il est de fait que c’est un vrai régal, un carton sur ces vampires […] »
La Chalade (Meuse), 19 mai 1915.


Rescapé
« Ma Ninette,
La nuit a été assez agitée : patrouilles qui ont déclenché une vive fusillade et l’entrée en danse des mortiers et des canons. Nous avons malheureusement à déplorer la perte de 20 hommes de ma compagnie dont 9 morts […] Nous nous trouvions à quelques mètres de distance, lorsqu’un maudit 77 boche, qui ne nous était pas destiné vint frapper un arbre au-dessus de nos têtes. Le choc le fit éclater et les éclats blessèrent 13 des nôtres je me trouvais au milieu de la rafale et je me demande comment j’ai été épargné […] »
Four de Paris (Argonne), 29 mai 1915.


« Guerre salutaire »
« Ma Jeannette chérie
[…] Certes, la guerre est bien triste. Que de veuves, que d’orphelins pleurent et pleureront encore leurs chers aimés. Mais n’était-elle pas indispensable ? Si, car depuis de nombreuses années la France [ne voulant pas croire à une conflagration européenne] se laissait aller à une douce farniente […] Cette guerre aura-t-elle été salutaire en faisant revivre en nous ce/le chauvinisme qui n’aurait jamais dû nous quitter […] Et le rapprochement des [différentes] classes de la société n’est-il pas dû à la guerre […] Nous avons tous la même vie de privation et de danger […] Il n’y a plus qu’une classe, celle des fils de France qui combattent pour le plus pur idéal : la défense du sol natal et de l’honneur national […] »
La Chalade (Meuse), 2 juin 1915.


« Faute des gouvernants »
« Ma chère maman,
« […] Les marches que nous effectuons sont assez rudes, mais je les supporte très bien, vu ma bonne santé. Malheureusement, nous laissons en route des quantités de pauvres récupérés que l’on vient de nous envoyer. Des pauvres diables incapables de la moindre fatigue. Pourquoi encombrer l’armée de ces malheureux que l’on sent inaptes à ce dur métier et qui, au bout de quelques jours, sont évacués sur les hôpitaux dont on a et dont on va avoir surtout tant besoin pour nos chers blessés. Encore une faute, une erreur, de nos gouvernants […] »
Somme-Vesle (Marne), 28 juin 1915.


La dernière lettre
« Mon cher André,
Depuis 7 heures ce matin, le 5e colonial et le ? attaquent avec violence les positions allemandes. Allons-nous y participer, Je l’ignore, toujours est-il que depuis hier soir tout est prêt en vue d’une poussée, elle dépendra sans doute du résultat de l’action qui a lieu maintenant. Je coupe court, mon cher André, car je n’ai pas du tout le cœur à écrire, il bat trop violemment. Au revoir, mon vieux frère, mille baisers affectueux à Jeanne et aux deux amours. Affectueusement à toi. Jan. »
Bois de la Gruerie (Marne), 13 juillet 1915.

Lire aussi : Le triste destin du Poilu Jan Praud

 

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