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Nantes Des négriers à la collaboration, ces rues aux noms douteux

0 07.03.2016 09:10
Des armateurs de bateaux esclavagistes ont leur noms de rues à Nantes

Des armateurs de bateaux esclavagistes ont leur noms de rues à Nantes

Ce sont des noms qui ont traversé l’histoire, de la traite esclavagiste aux collaborationnistes. En Loire-Atlantique, des personnages au passé controversé ont des plaques de rues.

Rue Guillaume Grou et Kervégan

Faut-il débaptiser la rue Guillaume-Grou (1698-1774), négrier nantais ? Cette petite rue se trouve non loin du jardin des Plantes. Ou celle de l’ancien maire de la ville, Danyel de Kervégan (1735 - 1817), qui traverse l’île Feydeau ? Et la rue Montaudouine ? Ils ont pour point commun d’avoir participé à la traite négrière en tant qu’armateurs. La question avait été posée sous la municipalité Ayrault par une association de Bordeaux, Diverscité. La réponse s’est traduite par l’installation de cartels explicatifs, près des rues (comme ici près de la rue Kervégan), rappelant le rôle de ces hommes ayant contribué à ce crime contre l’humanité que fut le commerce triangulaire. Un mémorial a également été construit.

Rue Alexis Carrel à Sainte-Luce et Ancenis

À Sainte-Luce, l’allée Alexis-Carrel existe toujours, ainsi que la rue du même nom à Ancenis. Ce chirurgien et biologiste, autre prix Nobel, a pourtant été rejeté pour ses thèses eugénistes et des propos racistes et antisémites. Alexis Carrel fut membre sous l’Occupation du PPF de Jacques Doriot, parti pro-nazi. Dans le XVe arrondissement de Paris, elle a été débaptisée en 2012. La faculté de médecine de Lyon a également changé son nom pour celui de Laennec (1996) et la ville de Gatineau, au Québec, l’a renommée en 2015 rue Marie-Curie.

Rue Charles Richet à Orvault

À Orvault, une petite rue porte le nom de Charles Richet, médecin, prix Nobel en 1913. En France, ce savant était tombé dans les oubliettes de l’histoire. Mais à Villiers-le-Bel (Val d’Oise), on a décidé de débaptiser le nom de la rue Charles-Richet et de l’hôpital l’an dernier. La raison ? Une bénévole de l’établissement a mis en lumière des textes jugés « eugénistes et racistes », dont le livre « L’homme stupide » publié en 1919. Il y considérait « les noirs comme étant inférieurs aux singes ».

Une pétition, qui réunira 30 000 signatures pour un changement de nom, obtiendra gain de cause. Depuis le 13 mai 2015, l’hôpital a été rebaptisé « Hôpital Adélaïde-Hautval », du nom d’une médecin psychiatre française rescapée des camps de concentration nazis. À Orvault, la question de changement ne s’est pas encore posée.

Stade Marcel Saupin

L’ancien stade de football de Nantes porte le nom de Marcel Saupin. Pourtant, l’homme collabora, avec son ami Jean Le Guillou. Les années noires de la collaboration réservent encore bien des surprises. Marcel Saupin (1892-1963), cofondateur et président du FC Nantes, a donné son nom après sa mort au stade (auparavant stade Malakoff) que tous les « vieux » Nantais ont fréquenté. Avec son ami Jean Le Guillou, ils ont en effet adhéré au groupe « Collaboration » en 1942, un mouvement qui prônait la rénovation française, la réconciliation franco-allemande. Le groupe « Collaboration » est antisémite et dirigé par l’écrivain Alphonse de Châteaubriant, directeur du journal La Gerbe. Jean Le Guillou est le premier président du FCN créé le 21 avril 1943. Directeur d’une entreprise de bâtiment, il construira le stade et le marché de Talensac. Durant l’occupation, il s’enrichit et monte notamment une écurie de purs sangs. L’un de ses jockeys, Ali Pacha, en jaune et vert, donnera les couleurs au club. Arrêté à la Libération en 1944 et démis de ses fonctions, il sera remplacé par Marcel Saupin. Ce dernier poursuivra sa carrière sans être inquiété en tant que premier président de l’office municipal des sports (OMS) de Nantes de 1947 à 1956, président de la ligue de l’Ouest de football de 1955 à 1958, et glanera la Légion d’Honneur en 1957. Il meurt en janvier 1963. Le club monte en 1re division au mois de juin de la même année.

Rue Jean-Chiappe à Nantes

Préfet de police en 1927, Jean Chiappe réprima les manifestations communistes et ne cacha pas son amitié pour les milieux d’extrême droite tels que l’Action française et l’hebdo nationaliste Gringoire. Il censura le film « Âge d’or » du cinéaste Luis Buñuel. Nommé haut-commissaire au Levant par le maréchal Pétain, il trouvera la mort en avion quelques mois plus tard. Une avenue portera son nom à Paris en 1941 mais sera rebaptisée avenue Georges-Mandel (homme politique tué par des miliciens) en 1945. La cour d’honneur de la préfecture de police, baptisée cour Jean-Chiappe, fut aussi renommée cour du 19-Août à la Libération. À Nantes, la rue Jean-Chiappe a survécu.

Stéphane Pajot

 

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