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Nantes [LONG FORMAT ] L’accusé aux assises : « Je ne suis pas un barbare »

0 04.03.2016 14:02
Me Loïc Cabioch est l'avocat de la défense.

Me Loïc Cabioch est l'avocat de la défense.

Photo PO-AHD

Ce vendredi matin, les jurés ont entendu l’accusé, interrogé sur les faits. Il a expliqué « ne pas avoir voulu faire mal » aux enfants.

 

Un Tunisien de 26 ans comparaît depuis mercredi devant la cour d’assises de Loire-Atlantique. Il est jugé pour des « actes de torture et de barbarie » sur les deux enfants de son ancienne compagne, âgés de 7 et 8 ans à l’époque des faits, en juin 2014, et pour des « violences habituelles » sur leur grande sœur, âgée de 15 ans. Au nord de Nantes, les enfants avaient reçu des gifles, des coups de poing. Ils avaient été frappés avec un tuyau d’arrosage ou avec des gants de boxe. Les cheveux des deux plus jeunes avaient également été rasés à blanc.

70 lésions avaient été relevées sur le corps de la petite fille et 25 sur le corps de son petit frère.

Jeudi, les jurés avaient entendu les petites victimes, leur directrice d’école, le pédiatre qui les avait accueillis au CHU de Nantes et le responsable de l’aide sociale à l’enfance, qui avait dû les placer en urgence. Tous s'étaient dit "choqués" par ce qu'ils avaient vu sur le corps des enfants. 

Ce vendredi matin, l’accusé a été interrogé sur les faits. Il s’exprime dans un français très correct.

+++ Nantes. Jugé pour actes de torture sur des enfants : 15 ans de réclusion requis

+++ Nantes. [LONG FORMAT] Aux assises, la terrible audition du petit garçon maltraité

L'accusé : « Si j’ai rasé la tête de ma belle-fille, c’était à cause des poux. Et pour son petit frère, c'était prévu », dit-il. « Et je reconnais leur avoir demandé de brûler les photos de l’ex à ma femme »

(Le père biologique des enfants s’était donné la mort trois ans plus tôt, en 2011. L'accusé avait rencontré leur mère, via Internet et il était venu s’installer chez elle et ses enfants quatre mois avant son interpellation. A son arrivée, il avait demandé aux enfant de brûler les photos de leur père défunt)

« Oui, j’ai commis des violences, mais je ne voulais pas leur mal. J’étais dans une bulle. Je ne pensais qu’à leurs études, à leur bien. »

« Oui, j’ai donné des coups de tuyau aussi. Mais c’est parce que je suis tombé accro à l’alcool. Et ce n’est pas une excuse, Madame, c’est une réalite » (Quand il dit « Madame », c’est à la présidente qu’il s’adresse).

« Je fais ça pour les encourager. J’ai été éduqué comme ça Madame. J’ignorais malheureusement que c’était interdit en France ».

La présidente :  « Parce que frapper des enfants, c’est autorisé en Tunisie Monsieur ? »

Lui : « Non Madame, j’ai compris ».

« Croyez-moi, je n’étais pas content de faire mal. »

La présidente : « Quelle part de responsabilité vous admettez avoir, Monsieur ? »

Lui : « Je suis coupable sans être coupable. Aujourd’hui, je vois les enfants dans une situation déplorable et je me sens coupable… Parce que ma femme n’est plus là (la mère des enfants s’est suicidée un mois après la révélation des faits), parce que je suis en prison, et que je croyais faire le bien alors que je faisais  du mal. »

La présidente : « Mais pourquoi vous avez mordu les deux petits ? »

Lui : « C'était l'alcool, Madame. Et puis, la petite, elle bougeait trop et lui, c’est parce qu’il faisait pipi au lit. C’était pour qu’il arrête»

La présidente : "Vous les avez attachés aussi"...

Lui : "Oui, c'était un jeu d'éveil, pour les faire réféléchir"

La présidente : « Et ces cheveux rasés à la tondeuse, Monsieur ? »

Lui : « Franchement, aujourd’hui, je vous le dis, ça se fait pas. »

La présidente : « Mais regardez Monsieur… Sur les photos, on ne sait plus dire qui est le petit garçon et qui est la petite fille… »

Lui : « Oui, j’avoue Madame. Ils se sentaient humiliés ».

La présidente : « Et vous l’avez réalisé, quand, ça ? »

Lui : « Trop tard, malheureusement ».

Lui toujours : « J’avoue, j’ai été trop loin. »

La présidente : « Et à l’époque, vous ne réalisez pas qu’ils peuvent souffrir ? »

Lui : « Avant, non »

La présidente : « Mais comment est-ce possible ? On le voit Monsieur, qu’ils sont blessés… Vous ne les avez jamais entendu dire qu’ils avaient mal ? »

Lui : « Non, je vous jure »

La présidente : « Et vous ne les avez pas entendu pleurer ? »

Lui : « Si, Madame.  Mais je n’ai jamais voulu leur faire peur. »

La présidente : « Et ces séquences où l’on vous voit jouer à la boxe avec le petit garçon ? »

(sur cette vidéo, filmée par téléphone, on l'entend aussi traiter de "tapette" le petit garçon qui pleure)

Lui : « C’était pour jouer, pour qu’il prenne confiance en lui. Je l’ai pris pour un vrai bonhomme. Le but était sportif. Faire peur, c’était pas mon intention. Je ne suis pas en train de banaliser les faits. Je regrette. C’est grave ce que j’ai fait. Mais je n’étais pas dans une conscience totale. C’est pas une question de maquiller mais il m’aurait fallu un coach de vie.

 

La présidente : « Et pour vous, Monsieur, ça représente quoi les actes de torture et de barbarie ?

Lui : « Je ne suis pas barbare. Pour moi, torturer quelqu’un, c’est faire du sale, des trucs de fou : brûler, tuer… C’est grave les actes de torture et de barbarie Madame ».

La présidente : « Le droit définit ainsi les actes de torture et de barbarie : ce sont des violences extrêmement graves, qui engendrent une grande souffrance avec la volonté de faire souffrir sa victime, en niant sa dignité, son identité. Vous comprenez ? ».

Lui : « J’ai plein de honte. Mais je n’ai jamais eu l’intention de faire du mal gratuit. J’ai pas voulu supprimer leur identité quand même. Je voulais juste qu’ils avancent dans la vie ».

Le verdict est attendu tard ce vendredi soir. 

Propos receuillis par Anne-Hélène Dorison

Lire Presse Océan samedi 5 avril 2016

 

 

 

 

 

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