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Nantes [LONG FORMAT] La mère de Tony Meilhon : « Le seul coupable, c’est toi »

0 15.10.2015 17:58
La mère de Tony Meilhon est venu déposer mercredi devant la cour d'assises de Loire-Atlantique

La mère de Tony Meilhon est venu déposer mercredi devant la cour d'assises de Loire-Atlantique

Photo PO-NB

A Rennes, mercredi, la mère de l’accusé est venue déposer à la barre. Elle n’avait pas revu son fils depuis le premier procès.

Elle avance à petits pas. Hésitants. Presque à reculons.

La mère de Tony Meilhon aurait préféré ne pas avoir à s’avancer à cette barre, aujourd’hui.

A la cour d’assises d’Ile-et-Vilaine, qui rejuge depuis mardi son fils, pour avoir tué et découpé Laëtitia Perrais, en janvier 2011 à Pornic, cette petite femme blonde de 60 ans avait d’ailleurs fourni un certificat médical pour s’excuser de ne pas être là. « Je n’en ai pas la force », disait-elle. « Je ne veux pas me sentir accusée, comme je l’ai été au premier procès, où j’avais été agonie ».

A son fils, elle avait d’ailleurs écrit : « Ce drame épouvantable, c’est toi qui l’a commis. Nous n’y sommes pour rien. Tu es le seul coupable ».

Le président Dary, qui considérait que son témoignage était très important pour les débats, avait demandé à un médecin de la visiter. Et elle s’est finalement résolue à venir déposer.

Dans une jolie robe grenat, elle se présente donc devant la cour. Elle dont les jurés avaient tant entendu parler, la veille. Cette mère que Tony Meilhon appelait tour à tour « ma salope de mère » et « ma maman que j’aime ».

« Il a gâché ma vie… »

Elle souffle dans le micro. Et d’une voix déjà tremblante, elle déclare spontanément : « Je ne sais pas comment on en est arrivés là. Il a gâché ma vie, celle d’autres personnes évidemment. La sienne aussi… Il aurait pu se remettre dans le droit chemin, mais il ne s’est pas arrêté ». Les sanglots étranglent maintenant sa voix : « Il ne pouvait pas être dans son état normal, ça n’est pas possible. Je culpabilise toujours. Je ne suis plus capable de travailler, d’aller faire mes courses. Je ne suis plus capable de rien… »

Après un temps : « Comment peut-on me reprocher d’être une mauvaise mère ? Mes enfants, je les ai nourris, j’ai tout fait pour eux ».

Dans une déposition visiblement éprouvante pour elle, cette femme raconte l’enfance de son garçon. « J’étais sous l’emprise de son père. Il buvait. Il me tapait. Il cassait tout. J’ai dû partir et me cacher avec mes enfants ».

De cette séparation d’avec ce père, dont il était « le chouchou »,  l’accusé dit avoir beaucoup souffert. « On me l’a volé », dit-il. « On m’a séparé de lui sans me consulter. »

« Mais vous n’aviez que quatre ans à l’époque, M. Meilhon », fait lui remarquer le président. « Oui, mais ce qui se passe entre les adultes ne devraient pas interférer dans la vie des enfants », lui répond Tony Meilhon, qui semble avoir idéalisé ce père absent.

« Tony n’a jamais accepté que je refasse ma vie avec un autre homme », poursuit la mère de l’accusé. « Il a réalisé qu’il y avait quelqu’un à la maison qui remplaçait papa, et qui contrôlait la situation. Il est devenu difficile. Il se sauvait des écoles. Parfois, il était très gentil, doux, calme, aimant. Et parfois, c’était tout le contraire. Dès qu’on lui refusait quelque chose, il était hors de lui. J’ai été voir un psychologue. Je voulais qu’on m’aide. On m’a dit qu’il fallait que je le place ».

Une lettre à sa mère

Les frères et sœurs de Tony quittent la maison de Couëron à 16 et 17 ans. L’accusé, lui, n’a alors que 9 ans. Il décroche à l’école. Commence à fumer du cannabis à 13 ans. Commet ses premiers vols aussi. Deux ans plus tard, il entre pour la première fois en prison. Il y passera la moitié de sa vie.

Depuis sa cellule, à l’isolement, l’accusé avait écrit à sa mère à l’été 2011, soit quelques mois après les faits pour lesquels il comparaît aujourd’hui. Le président lit ce courrier devant la cour : « Ca fait trois ans qu’on ne se parle plus. Je t’aime encore, comme ma mère, comme la personne qui m’a mis au monde. Malgré les disputes, je voudrais t’entendre. Gros bisous à toi ma maman. Ton fils qui t’aime ».

Le président : « Vous n’avez pas répondu, pourquoi ? »

La mère : « Parce qu’un jour, il m’insulte et le lendemain il me dit qu’il m’aime. C’est pas comme ça la vie. La vie, c’est on aime sa mère ou on ne l’aime pas ».

Un avocat des parties civiles évoque alors, à voix basse, les relations intimes que cette femme aurait eues avec son nouveau compagnon et qui auraient traumatisé Tony, enfant. Lors de son procès en première instance, en effet, l’accusé avait raconté entendre sa mère « gémir » certains soirs. Il avait également assuré avoir été frappé par son beau-père, quand il entrait dans leur chambre, à l’époque.

A l’évocation de ces dires, la mère de l’accusé se tourne vers son fils et lui crie : « Tony, t’es un gros menteur ! C’est faux ! Complètement faux ! Je veux bien supporter certaines choses, mais ça, jamais. Je suis humiliée ! »

Dialogue entre mère et fils

 Son fils voudrait lui parler directement. Mais le président rappelle à l’accusé que la chose est impossible devant une cour d’assises. Tony Meilhon peut s’adresser à elle, bien sûr, mais sans regarder sa mère.

Il se lève alors, et déclare, doucement : « Je voudrais lui faire savoir qu’elle n’a pas démérité. Elle a fait des choix très difficiles. En me protégeant de mon père, elle croyait me faire du bien, mais elle m’a fait beaucoup de mal. Et ça, elle n’a pas su le voir. »

Plus tard, Tony Meilhon encore : « Moi, ce que j’ai vu, c’est l’absence de mon père. Quand j’étais petit, ma mère me disait toujours : tu es comme lui. Elle me disait que mon père était violent, alcoolique, colérique, malade mental et violeur… Je ne veux pas faire de mal à ma mère. Elle souffre déjà tellement… Mais certaines choses méritent d’être rappelées..»

L’accusé vouvoie désormais sa mère : « Ces foyers dans lesquels vous m’avez placé et que vous appelez des ‘écoles’, c’étaient des formations à la jeune délinquance. Les difficultés que vous avez eues avec moi ne sont pas arrivées par hasard. Il y a eu beaucoup de tensions au sein du cocon familial. Vous aviez un choix à faire entre cette nouvelle vie qui naissait et celle qui ne voulait pas s’effacer. Et moi, je vous rappelais mon père. Vous n’êtes pas responsable de tout ce qui m’est arrivé. C’est un ensemble de choses. Mais vous avez fait un choix. Vous m’avez mis en foyer ».

La déposition est terminée. La mère de Tony Meilhon regarde une dernière fois son fils,avant de partir.

Elle aurait pu rester dans la salle. Mais elle a préféré s'en aller.

Anne-Hélène Dorison


Pour suivre le procès en appel de Tony Meilhon, en direct depuis Rennes :

http://www.presseocean.fr/actualite/affaire-laetitia-direct-suivez-le-proces-en-appel-de-tony-meilhon-a-rennes-15-10-2015-1728

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