Recevez gratuitement la lettre d'information générale de Presse Océan.
Chaque matin, l'essentiel de l'actu est déjà dans votre boîte mail.

Je m'inscris !

Nantes Reportage à bord de la "Bac 10"

0 07.10.2014 06:00
Ce jour-là, les policiers ont notamment dû enfoncer la porte d'un homme menaçant au bélier

Ce jour-là, les policiers ont notamment dû enfoncer la porte d'un homme menaçant au bélier

Photo PO-Nathalie Bourreau

Jeudi dernier, Presse Océan a pu embarquer avec un équipage de la brigade anticriminalité de jour. Récit d’une journée riche en émotions.  

 

Flash-ball, bombe lacrymogène, gilets… Le matériel est chargé dans la 407, amochée à l’avant. « Tiens, il y a une nouvelle bosse là », observe Christophe, en passant la main sur la carrosserie enfoncée. « Les collègues de la nuit ont dû avoir un problème ».

« C’est bon ? On y va ?», lance le policier, le Sig Sauer à la ceinture, dans la cour du commissariat central. Vincent et Max ont pris les téléphones. La radio est branchée. En route.

Juste avant de démarrer, l’équipage de la « Bac 10 » a fait le point avec les collègues du jour. Ensemble, pour « l’appel », ils ont formé les équipes, noté les plaques des dernières voitures volées dans l’agglomération nantaise et fait le point sur les dernières 24 heures.


 

Ils ont aussi en tête le nom des personnes recherchées. Ce jeudi, rue du Calvaire, à Nantes, ils croient justement reconnaître un jeune homme, qui figure au fichier, pour « des vols effrac » (vols avec effractions). Dans le doute, Max a fait demi-tour et Vincent est descendu de voiture pour aller voir de plus près. La ressemblance était frappante, mais « non, ce n’est pas lui ».

 

Comportements « suspects »

 

Ici, dans les beaux quartiers, la « Bac » passe quasi inaperçue. Ce ne sera plus le cas dans 5 minutes,  près du quartier Plaisance, à Orvault. Un deal était peut-être en cours, dans une ruelle très discrète. Vincent a fait le tour. Christophe et Vincent ont balayé toutes les rues adjacentes du regard. Personne à l’horizon. Mais à quelques mètres de là, près d’un arrêt de bus, deux jeunes gens affichent un comportement jugé « suspect ». Un équipage est déjà là-bas. La « Bac 10 » se stationne un peu plus loin, histoire de ne pas se faire remarquer. Vincent se planque dans l’entrée d’un immeuble, radio en main. Max, lui, a trouvé un autre poste d’observation. Dix minutes s’écoulent.

Le calme... Avant la tempête. Tout à coup, c’est carambolage sur les ondes. Un vol à l’arraché est signalé ici (à Dalby). Un autre là (aux Lauriers, à Bellevue). Les signalements tombent. « Quatre individus. L’un portant un bob. L’autre un jogging noir à bandes rouges »… Christophe appelle ses équipiers. Il faut bouger. Vite.


 

Le compteur s’affole

 

Le compteur s’affole. Pour rallier Bellevue au plus vite, Max sort le deux tons et Christophe appuie sur l’accélérateur.

Conduite (très) sportive en vue. Virages serrés. Mieux vaut s’accrocher.

Il aborde le quartier par l’arrière, histoire de ne pas attirer l’attention. Mais au pied des premières tours, des voix s’élèvent déjà : « Eh, c’est la Bac ! » Aussitôt, des ados accourent. Scrutent la voiture. Et ses occupants.

Christophe continue sa route. Un scooter passe. Sans plaque. Son pilote regarde les policiers… et part en trombe. Course-poursuite dans les ruelles du quartier. La 407 slalome au pied des immeubles… jusqu’à devoir s’arrêter. Net. Le deux-roues a coupé par un petit parc. Impossible de le suivre en voiture.

Christophe ne lâche pas le morceau. Il repart et tente  de le coincer de l’autre côté. Mais le scooter s’est envolé. « Il va faire le canard pendant deux ou trois heures », prédit l’équipage. (Entendez : il va se faire discret). Mais hop, voilà qu’un nouveau deux-roues apparaît. Cette fois, le pilote n’est pas casqué. C’est reparti pour un tour… Cette fois encore, l’engin va emprunter un chemin inaccessible aux policiers. Mais Vincent a relevé sa plaque. Et l’a consignée dans son petit calepin, avant de la communiquer à la salle de commandement de Waldeck-Rousseau, pour vérification.

 

Contrôles d’identité

 

Pas une minute de répit. Rue Romain Rolland, quatre jeunes garçons arrivent.  L’un porte un bob. L’autre un jogging. Ils pourraient correspondre aux signalements donnés sur le vol à l’arraché de tout à l’heure. Les trois policiers descendent pour les contrôler. Palpations. L’un d’eux a un smartphone… sans carte Sim. Un autre porte un couteau sur lui. Les deux autres s’impatientent. « Bon, on peut y aller là ? » Eux oui. Ils ne sont pas les voleurs, selon la victime, qui vient d’arriver dans une voiture de police sérigraphiée.Mais leur copain à l’arme blanche, lui, reste. Il est conduit au commissariat.

 

La « Bac 10 » redémarre. Place Centrale, tous les regards sont braqués sur la Peugeot. Tous. Sans exception.

La voiture roule au pas. Un jeune homme en short à fleurs s’avance vers elle. « Eh ça va ? Qu’est-ce qu’il y a ? » Les policiers ne lui ont rien demandé. Mais puisqu’il s’approche, Christophe et Max descendent.  « T’as quelque chose à te reprocher ? »

 « Moi ? Non. Les conneries, c’est fini. Tout ça, c’est derrière moi. J’ai plus 20 ans, t’as vu. Je suis tranquille maintenant », répond-il en rigolant. Christophe tique, pourtant. Il connaît ce visage. « C’est quoi ton nom ? » Le jeune homme répond et donne aussi sa date et son lieu de naissance. Appel à la salle. Vérification. Le verdict tombe. Son interlocuteur a une peine de prison d’un an à effectuer, dans le cadre d’une affaire de stupéfiants. Il se laisse calmement menotter sur la place, sous les yeux des clients du bar d’à côté, que la scène ne semble pas vraiment étonner. Direction l’Hôtel de police.

 

Porte à défoncer

 

La  « Bac 10 » se serait volontiers offert une petite pause, histoire de grignoter quelque chose. Mais les collègues n’attendent pas. Ils ont besoin du bélier pour enfoncer la porte d’un homme, qui a proféré des menaces de mort, près du quai de la Fosse. C’est reparti. Gilets pare-balles sur le dos, brassards aux bras, ils arrivent dans le hall. C’est Max qui forcera la porte, après une dernière tentative de négociation avec l’occupant, qui s’est muré dans le silence. « Ouvrez Monsieur ! » Rien à faire. Max prend le bélier. Trois bruits sourds font trembler les murs de l’immeuble. En un instant, l’homme est à terre.

Direction les Dervallières. En chemin, Max revient sur les interventions qui l’ont marqué, ces dernières années. Comme cette fois où il s’est retrouvé avec un homme ivre, armé d’un fusil, et qui tenait en joue un pompier, à terre. « J’ai cru assister à une exécution en direct. Je n’oublierai jamais cette image ».

Christophe se souvient aussi de cet homme, SDF, récupéré aux bains douches, qui lui avait expliqué dans la voiture avoir été « recruté » par une femme, pour tuer son mari. C’était vrai. L’affaire s’était terminée aux assises.

Il y a eu des « coups de chaud », aussi. Beaucoup.

 

Montée en pression

 

Un nouveau les attend justement. A la Bottière. Des jeunes caillassent un tram. Nouvelle accélération.

Tous les équipages convergent et décident de les prendre « en tenaille ». Max et Vincent montent dans le tram, arrêt Haluchère. D’autres sont postés près du pont. Mais les ados, rôdés, se sont évaporés. Reste qu’un jeune homme en jogging blanc prend ses jambes à son cou, à la vue de la 407. Max bondit et part « en courette ». Mais le garçon va se réfugier sur la place, où un comité de soutien s’est déjà formé. Christophe descend et file soutenir son équipier. Des jeunes lui courent après. Des insultes fusent. Confusion totale. Une pierre tombe du ciel. Et frôle les policiers. La brigade canine arrive. Le chien donne de la voix. Les collègues en tenue arrivent en appui. Le petit fuyard a été rattrapé. A priori, il n’avait rien à se reprocher.

Fin de mission pour la « Bac 10 ». Demain sera un autre jour.

Anne-Hélène Dorison


Retrouvez aussi notre double page dans Presse Océan mardi 7 octobre

 

 

 

 

 

 

Connexion utilisateur
Vous pouvez vous connecter avec votre compte facebook.
Vous pouvez vous connecter soit avec votre nom d'utilisateur assigné, soit avec votre adresse e-mail.
Le champ mot de passe est sensible à la casse.
inscription à la lettre d'information générale
logo Presse Océan

Vous avez aimé cet article ?

Recevez gratuitement la newsletter Presse Océan.

Chaque matin, l'essentiel de l'actu est déjà dans votre boîte mail.