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Pays de la Loire Jacques Auxiette (PS) réclame "une autre politique économique"

0 25.08.2014 14:55
Jacques Auxiette, président socialiste du conseil régional des Pays de la Loire

Jacques Auxiette, président socialiste du conseil régional des Pays de la Loire

(photo archives Presse Océan, Nathalie Bourreau)

Dès ce vendredi 22 août et sans pour autant « rejoindre celles et ceux qui remettent en cause globalement la politique économique du gouvernement », Jacques Auxiette, président PS du conseil régional des Pays de la Loire, envoyait aux médias nationaux et locaux une tribune libre consacrée « à la place accordée à l’investissement public dans la stratégie de redressement du pays » sous forme d’une adresse à François Hollande et avant même l’université d’été du PS à La Rochelle qui se tiendra ce week-end.

Précédant de quelques heures la crise gouvernementale provoquée par les déclarations d’Arnaud Montebourg (PS), Jacques Auxiette tenait déjà des propos assez critiques, avec une conclusion prouvant, si besoin en était, que de nombreux élus socialistes n’adhèrent plus ou peu aux options du chef de l’État.

« Pour gouverner, il faut avoir une vision et agir concrètement. L’investissement public en France n’est plus guidé, ni par une vision ni par de l’action. Pour l’emploi et pour l’avenir, une autre politique économique est possible. Maintenant », écrit notamment Jacques Auxiette.

Des propos qui ne sont pas non plus étrangers aux récentes prises de position du gouvernement et plus particulièrement de Ségolène Royal, ministre PS de l’Écologie, sur deux dossiers concernant directement la région des Pays de la Loire : le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes et le projet autoroutier A831 qui traverse le marais poitevin.

« Aujourd’hui, l’incapacité de l’État à s’engager clairement sur les futurs contrats de plans avec les régions, et donc à lister les équipements qui seront construits et financés pour les prochaines années, nous prive de toute perspective, donc de confiance en l’avenir », souligne le président Auxiette qui n’apprécie guère le positionnement de Mme Royal, hostile notamment à ces deux projets d’infrastructures aéroportuaire et autoroutière.

Nous publions ci-dessous le texte complet de la tribune de Jacques Auxiette (PS)

« Monsieur le Président,

 

vous venez d’annoncer aux Français une nouvelle vague de mesures qui doivent contribuer, après bien d’autres, à sortir le pays du marasme, et les Français de l’inquiétude ou de la désespérance. Tous les décideurs publics doivent contribuer à ce redressement nécessaire. Y compris les élus locaux qui sont les premiers témoins, et souvent les derniers recours, des souffrances qui accablent de plus en plus de nos concitoyens : chômage, pauvreté, misère… Mondialisation parfois folle, cohérence européenne introuvable, système social et fiscal remis en cause, tout est infiniment complexe. Et à l’évidence certains leviers n’agissent plus, ou n’agissent pas comme vous l’escomptiez, et comme nous l’escomptions avec vous. Il y en a pourtant quelques-uns qui sont simples, et c’est parfois les collectivités locales qui en ont la

 

clef. Le plus évident est celui de l’investissement public, dont elles assument la charge et la

 

responsabilité à plus de 70 %. Construire des écoles ou des lycées, construire des routes, construire des logements sociaux, favoriser la transition énergétique, voilà des dépenses utiles. J’ose le mot : voilà de la dette utile. Obsédés par la dette nationale, les spécialistes, - mais aussi je le crains -, nombre de dirigeants nationaux créent dans l’esprit de tous une confusion mortelle entre la maîtrise (et certainement la diminution) de dépenses de fonctionnement qui ont gonflé au fil des ans, et l’investissement public. Bravaches mais aussi irresponsables, ils font passer l’investissement des collectivités pour une lubie d’élus locaux jetés en pâture à l’opinion. Ils feignent d’ignorer qu’à la différence de l’État, aucune collectivité en France ne s’endette pour financer son fonctionnement courant…

 

Les coups d’arrêt donnés aux investissements d’avenir sont une double catastrophe : catastrophe pour notre pays qui n’aura pas demain les lycées, les universités, les logements, le patrimoine, les grands équipements de transport, de recherche ou d’énergie qui font aujourd’hui sa force et sa compétitivité. Catastrophe ensuite pour l’emploi. À long terme, car l’adage est vrai : les investissements d’aujourd’hui sont les emplois de demain. Mais aussi à très court terme, avant la fin de votre mandat… Un plan social majeur va frapper notre pays. Le secteur du bâtiment et des travaux publics montre de graves signes de fragilité : recul de l’emploi (-3,2 % en Pays de la Loire fin 2013), effondrement de l’emploi intérimaire (-14 % en ce début d’année dans notre région), baisse de la production de béton (- 2,4 % en un an) et forte diminution des constructions de logements. Voilà un sombre tableau dans un territoire qui se porte pourtant mieux que beaucoup d’autres, et dans lequel nous devons préparer l’arrivée de 900 000 habitants supplémentaires d’ici 2040.

 

Depuis 2009 en Pays de la Loire, la région que je préside investit 1 million d’euros par jour dans les travaux publics, construit des lycées, achète des trains et rénove des voies ferrées, bâtit des centres de recherche qui nous permettent de garder ou d’attirer des entreprises, d’accueillir de nouveaux habitants et d’être la région au plus bas taux de chômage de France. Aujourd’hui tout s’arrête. Les coupes budgétaires frappent indifféremment les actions les plus utiles et celles qui à l’évidence nécessitent d’être revisitées, laissant à croire que votre politique s’inscrit dans la continuité de celle de votre prédécesseur qui avait délibérément privé les régions de leurs moyens d’action. Et la trop médiatisée réforme de la carte administrative nous a éloignés des vrais sujets. Aujourd’hui, l’incapacité de l’État à s’engager clairement sur les futurs contrats de plans avec les régions, et donc à lister les équipements qui seront construits et financés pour les prochaines années, nous prive de toute perspective, donc de confiance en l’avenir. Pour gouverner, il faut avoir une vision et agir concrètement. L’investissement public en France n’est plus guidé, ni par une vision ni par de l’action. Pour l’emploi et pour l’avenir, une autre politique économique est possible. Maintenant ».

 

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