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Politique François Mitterrand a failli naître à Nantes

0 08.01.2016 05:40
  • Photo archives PO

    Nantes, 18 juin 1977, avec Jean-Pierre Chevènement et Claude Estier lors du congrès du PS

  • Photo CHT-Hélène Cayeux

    Nantes, 9 mai 1981, François Mitterrand et Alain Chenard pour le meeting de clôture de la campagne présidentielle.


  • Photo Stephan Ménoret

    8 février 1989, Jean-Marc Ayrault, maire de St-Herblain et candidat à la mairie de Nantes, reçoit François Mitterrand au Sillon de Bretagne.

Il y a 20 ans disparaissait François Mitterrand. Celui qui fut président de la République de 1981 à 1995 entretenait des liens étroits avec Nantes et la Loire-Atlantique. À plus d'un titre. L'ancien Premier ministre et ex-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault et l'ex-secrétaire d'État aux anciens combattants et ex-député-maire de Rezé Jacques Floch évoquent leurs souvenirs.

Dans sa longue conquête du pouvoir, François Mitterrand a tissé des liens politiques étroits avec Nantes. Alors qu'il poursuit la reconstruction du Parti socialiste entamée quelques années plus tôt, François Mitterrand, en sa qualité de premier secrétaire, vient, entre les deux tours des élections municipales, soutenir le candidat socialiste, Alain Chenard. À la tête d'une liste d'union de la gauche, il est arrivé en tête du premier tour, devançant la liste menée par le challenger du maire radical sortant, sur laquelle figurent d'anciens socialistes. Ces derniers, déjà élus sous le précédent municipe, avaient refusé de quitter la majorité pour former un groupe d'opposition comme le leur demandaient les instances du Parti socialiste qui les a donc exclus. Seul Alain Chenard avait franchi le pas. Un exemple pour François Mitterrand qui, le 17 mars 1977, dans un Champ de Mars comble, voit dans Nantes « une capitale nécessaire pour la gauche ». Une tendance confirmée au 2nd tour des municipales avec la victoire d'Alain Chenard.

Jean-Marc Ayrault : « Il nous avait remonté les bretelles »

Quatre mois plus tard, le premier secrétaire socialiste est de retour dans la cité des ducs de Bretagne qui du 18 au 20 juin accueille le congrès du parti. Après de vifs débats entre le courant mitterrandiste et le CERES, l'aile gauche du parti, François Mitterrand est réélu premier secrétaire. Et c'est à Nantes, le 9 mai 1981 au Champ de Mars, que le candidat à la présidence de la République tient son dernier meeting de campagne. Jean-Marc Ayrault, l'ancien Premier ministre et ex-maire de Nantes, a gardé « un souvenir très précis de ce meeting. Il y avait une foule considérable qui sentait la victoire proche. François Mitterrand venait de Mulhouse et il avait beaucoup de retard. Et Alain Chenard qui devait faire le discours d'introduction l'a répété trois fois pour faire patienter l'assistance. Moi, j'avais pour mission d'aller chercher François et Danièle Mitterrand à l'aéroport et de les y ramener », raconte Jean-Marc Ayrault. Il avait déjà eu l'occasion de le voir, quelques années auparavant. « J'avais été convoqué avec Jean-Claude Routier-Leroy (ndlr : alors responsable du Parti socialiste de Loire-Atlantique) pour un problème interne au département. il nous avait remonté les bretelles », rigole-t-il.

Un père chef de gare à Chantenay

Le 8 février 1989, il accueille cette fois le président Mitterrand à Saint-Herblain, dont il était alors maire. « Je l'avais invité à voir la réhabilitation du Sillon de Bretagne et il venait également soutenir ma candidature à la mairie de Nantes ». Dans son discours officiel, le président de la République se livre à quelques confidences : « Que de fois m'est-il arrivé de rappeler que j'ai beaucoup entendu parler de Nantes et de sa banlieue pour la raison très simple que mes parents y ont vécu. Et moi-même, il s'en est fallu de peu après tout si la tradition française n'était pas pour les mères de famille, devant avoir des enfants que de retourner dans leur famille qu'au lieu d'être né à Jarnac, Charente, je fusse né à Chantenay. Cela ne vous aurait pas avancé beaucoup, cela n'aurait pas changé grand-chose à votre sort mais comme c'étaient les années de jeunesse de mes parents, j'ai toujours entendu raconter cette ville et ses environs avec le charme de l'espoir, le goût de vivre et l'espérance. Alors je garde en moi encore cette marque-là et, venu chez vous, j'ai le sentiment au travers du travail accompli pour "le Sillon de Bretagne" que le raccord est fait entre cette espérance et celle d'aujourd'hui ».

« Il s'est tourné vers moi pour me demander de la monnaie »

Après cette visite, le nouveau maire de Nantes revoit le Président. « En 1990, il m'a invité à venir déjeuner dans ses salons privés à l'Élysée. Et là je lui ai demandé d'effectuer une visite officielle à Nantes ». C'est chose faite le 25 janvier 1994. François Mitterrand vient visiter les quartiers Nord et inaugurer la deuxième ligne de tramway. « Nous avons emprunté le tramway pour retourner à la mairie puis nous avons continué à pied au milieu des milliers de personnes massées dans les rues. Il avançait doucement, sans rien perdre de ce que pouvait dire la foule. À un moment, un vendeur lui a proposé un journal de rue. Il s'est tourné vers moi pour me demander de la monnaie ».

« Un grand homme d'État »

Mais au-delà de l'anecdote, Jean-Marc Ayrault salue surtout le « grand président » qu'il a été, « même s'il y a eu des déceptions et des parts d'ombre. C'était un grand homme d'État qui a marqué l'histoire de la République depuis la fin de la longue période de l'après-guerre. Il y a d'abord eu De Gaulle, puis lui. Il incarnait une certaine sensibilité de la France, il l'aimait et il la comprenait ». Il insiste sur l'homme qui a su construire « patiemment les conditions de l'alternance en travaillant à la reconstitution du PS. C'était un homme de conviction qui a eu le courage d'abolir la peine de mort alors qu'une majorité de Français s'y opposaient ». C'est cet homme de conviction qui se rend à La Baule le 20 juin 1990 pour la 16e conférence des chefs d'État d'Afrique et de France. François Mitterrand y prononce un discours rédigé par l'écrivain Erik Orsenna qui conditionne la qualité des échanges avec l'Afrique à l'accélération des processus de démocratisation.

Jacques Floch : « Parfois, il fallait suivre »

Jacques Floch a également bien connu François Mitterrand. Avant d'être maire de Rezé puis député, il a entre autre été responsable départemental de la Convention des institutions républicaines (CIR), le parti créé en 1963 par François Mitterrand. « J'ai participé à sa politique. Mais parfois, il fallait suivre », s'amuse l'ex-secrétaire d'État aux Anciens combattants de Lionel Jospin. « À une époque, j'ai présidé l'association des villes de banlieue. Et il avait souhaité rencontrer le bureau de l'association. Il nous a dit ''Je suis un homme du monde rural et de la grande ville mais je ne connais pas vos villes''. Je lui ai expliqué que nos villes rassemblaient entre 7 et 8 millions d'habitants et que nous prenions beaucoup d'initiatives. Il s'était interrogé sur les politiques culturelles. Quand je lui ai répondu que j'avais à Rezé un ensemble de musique classique et un espace culturel avec 10 000 lecteurs, il était réellement surpris. Cela m'a valu par la suite de recevoir la Croix de chevalier de l'ordre national du Mérite, pris sur sa cassette personnelle ».

 

« Rendez-nous Mitterrand ! »

Aujourd'hui retiré des affaires, Jacques Floch est nostalgique de cette époque. « Dans les années du gaullisme finissant, il a redonné l'espoir aux gens de gauche. Entre les années soixante-dix et 1981, son parcours est marqué par une succession de conquêtes. Il essayait d'inventer quelque chose, même si nous nous sommes trompés dans notre analyse de l'économie et de la mondialisation ». Mais aux yeux du septuagénaire, tout cela semble bien loin. « L'espoir qu'a fait naître Mitterrand n'est pas mort. Mais il faut quelqu'un pour l'incarner. Hollande et Valls sont ses enfants directs mais ça s'arrête là. Il faut être inventif sur une nouvelle construction sociale. La gauche a besoin de gens capables de penser des réformes d'importance. » Et de dire haut et fort : « Rendez-nous Mitterrand ! La déchéance de nationalité, c'est une erreur qu'il n'aurait jamais faite ».

Dominique Bloyet

Notre dossier complet à lire ce vendredi 8 janvier 2016 dans Presse Océan (éditions numériques en cliquant ici) et sur presseocean.fr

 

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