Recevez gratuitement la lettre d'information générale de Presse Océan.
Chaque matin, l'essentiel de l'actu est déjà dans votre boîte mail.

Je m'inscris !

Xynthia Un drame lié à un phénomène rare et à une mémoire collective perdue

0 17.09.2014 09:32
Archives PO

Archives PO

Entre mémoire collective perdue des inondations passées et phénomène météorologique rare, les spécialistes ont expliqué mardi au tribunal les causes du drame de la tempête Xynthia, qui a fait 29 morts en 2010 sur la mince langue de terre qu'est La Faute-sur-mer (Vendée).

Après le rappel des inondations répétées de ce territoire, le président du tribunal a sévèrement mis à mal, en fin de journée, l'ancien maire René Marratier, qui peu après le drame répétait en boucle: "De mémoire de Fautais jamais une inondation ne s'est produite à La Faute-sur-Mer."

Le président a fustigé l'ancien maire René Marratier et son "autisme absolu par rapport aux antécédents historiques" d'inondations.

Face à lui, bafouillant mais têtu, René Marratier a maintenu qu'il ne savait pas, ou si peu…

+ Notre dossier spécial procès Xynthia en cliquant ici

Pourtant dans l'histoire de cette commune, les agriculteurs qui choisirent de s'installer après la Révolution française sur cette langue de sable, coincée entre l'océan à l'Ouest et l'estuaire du Lay à l'Est, furent confrontés aux inondations.

Et d'emblée, ils dédièrent ses parties basses régulièrement inondées au pâturage du bétail, a expliqué à la barre du tribunal correctionnel des Sables-d'Olonne Thierry Sauzeau, universitaire spécialisé dans l'histoire des constructions littorales.

La digue qui protège la cuvette située au sud-est de la commune a ensuite été érigée au début du XXe siècle, justement pour protéger ce bétail des submersions marines fréquentes, sans empêcher ces terrains d'être inondés en 1940, 1941, ou encore 1957.

"Tous ces événements locaux laissent des traces très importantes dans les archives départementales", même si la mémoire collective a, elle, eu tendance à les effacer ou les minimiser en raison des pertes uniquement matérielles, selon M. Sauzeau.

Dans les années 1960, avec l'essor du tourisme balnéaire, "c'est la même génération qui a connu les événements de submersion qui a enclenché les mouvements de construction", et cette contruction va, au fil du temps, gagner sur ces pâturages inondables, remarque-t-il.

Le rythme des constructions connaît une croissance exponentielle : 250 entre 1980 et 1990, puis 450 entre 1990 et 2000, avant de retomber à 250 entre 2000 et 2010.

La commune s'étale sur des terrains de plus en plus bas, et les plus à risque, oubliant son passé, d'autant qu'aucune tempête ne vient plus troubler son développement entre 1957 et 1999, et que même en 1999, aucune submersion n'a lieu.

Des dizaines d'habitants s'installent ainsi dans ces anciens pâturages inondables sans connaître les risques auxquels ils s'exposent.

En 2010, avec Xynthia, la Faute renoue avec les submersions.

4% de chances

Un film réalisé par des experts et diffusé mardi explique le phénomène qui a frappé la commune dans la nuit du 27 au 28 février 2010 : une "concomitance exceptionnelle" de surcote marine créée par la tempête et d'une pleine mer de coefficient 102.

Un tel phénomène a 4% de risque de se produire dans la vie d'une personne, sur une durée de vie de 78 ans, relèvent les experts.

Pour l'un des experts, Luc Hamm, interrogé à la barre mardi après-midi, "il y a une chance sur 2000 chaque année de tirer une tempête de cette importance, voire plus importante. Et chaque année qui passe, la probabilité augmente".

A ce procès, qui doit durer cinq semaines, participent plus de 120 parties civiles.

René Marratier, maire de la commune de 1989 à mars 2014, Françoise Babin, son ex-adjointe à l'urbanisme et propriétaire de terrains et de maisons dans les lotissements engloutis, son fils, Philippe Babin, agent immobilier et président de l'association qui devait entretenir les digues submergées, et Patrick Maslin, gérant de sociétés de construction et conseiller municipal, sont poursuivis pour "homicides involontaires aggravés" et "mise en danger de la vie d'autrui par violation manifestement délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence".

Alain Jacobsoone, à l'époque directeur départemental adjoint des Territoires et de la Mer, est poursuivi pour "homicides involontaires aggravés" pour avoir négligé d'alerter le maire sur les dangers de la tempête qui s'annonçait.

Ils risquent tous au maximum cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende.

Le procès va durer jusqu'au 17 octobre, avant le jugement attendu le 12 décembre.

 

Connexion utilisateur
Vous pouvez vous connecter avec votre compte facebook.
Vous pouvez vous connecter soit avec votre nom d'utilisateur assigné, soit avec votre adresse e-mail.
Le champ mot de passe est sensible à la casse.
inscription à la lettre d'information générale
logo Presse Océan

Vous avez aimé cet article ?

Recevez gratuitement la newsletter Presse Océan.

Chaque matin, l'essentiel de l'actu est déjà dans votre boîte mail.