
Ce film s'inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu'à leur enlèvement en 1996.
Après Boonmee la Palme d'Or très controversée, voici sur les écrans le Grand Prix du dernier festival de Cannes, que beaucoup auraient volontiers vu en récompense suprême. Touchés par ce drame lumineux que Xavier Beauvois a éclairé de sa sensibilité et de sa rigueur.
Depuis Nord, dix-huit ans déjà, il y a eu N'oublie pas que tu vas mourir, Selon Mathieu et Le petit lieutenant. Une filmographie empreinte d'audace et de renouveau dans la recherche des thèmes et leur traitement. C'est encore le cas à travers l'évocation du sort des sept trappistes de Tibhirine décapités en mai 1996, au plus fort de la guerre civile algérienne. Bavure du pouvoir en place ou traquenard des islamistes, la réponse n'a toujours pas été apportée. Mais ça n'est pas le propos de Xavier Beauvois, qui renvoie les deux camps dos à dos, avec un soupçon de méfiance contre le régime gouvernant.
Le récit s'attarde sur les quelques semaines qui ont précédé le drame. La communauté des moines, dirigée par un Lambert Wilson inspiré à la tête d'une distribution prenante d'humanité, vit en parfaite harmonie avec la population locale. Avec des produits agricoles que l'on écoule sur le marché, et ces soins que le médecin du groupe assure au rythme de cent-cinquante consultations quotidiennes certains jours. Ils sont dans l'insouciance, et la confiance. Incapables de penser au mal qui pourrait leur être fait. Pourtant quand la menace se fait plus proche, il est question d'une éventuel départ. Les uns et les autres sont partagés sur la conduite à tenir.
Mais un berger ne quitte pas son troupeau face au danger. Une dernière fois, ils s'interrogent. Comme s'ils avaient été touchés par la révélation, la caméra scrute leur visage soudain apaisé et serein. La foi les transporte, ils acceptent leur sort. Elle est plus forte que la barbarie. Formidable moment de cinéma qui renvoie à la Cène du Christ acceptant sa Passion au milieu de ses apôtres. Le hasard tombé du ciel a mis sous la neige les lieux de tournage pour offrir au metteur en scène la force d'une scène finale bouleversante dans son dépouillement, sa pudeur et sa simplicité. A l'image de ce film transporté par la grâce.