
Les apparitions magiques de sa femme défunte et de son fils disparu depuis des années confirment à Oncle Boonmee que sa fin est proche. Dans son domaine apicole, entouré des siens, il se souvient alors de ses vies antérieures.
OK pour vous raconter l'histoire en quelques mots, mais pas sûr que ça suffise à éclairer votre lanterne de spectateur. Car cet exercice de cinéma garde envers et contre toutes tentatives d'explications l'épaisseur obscure de son mystère. Et c'est sûrement ce qui a pu séduire le déjanté Tim Burton, au point qu'avec son jury il en fasse la Palme d'Or du dernier festival de Cannes.
En résumé, donc, l'oncle Boonmee du titre, victime d'insuffisance rénale, est un vieil homme qui sent approcher son rendez-vous avec la mort. Il s'y prépare, au coeur de la jungle, en conversant avec sa soeur venue de la capitale. Un soir, alors qu'ils sont attablés à la terrasse, apparaissent les fantômes de sa femme et de son fils décédés depuis des années. Si elle revient sous forme humaine, lui a les apparences d'une créature mi-homme mi-singe....
Il n'y a pas à proprement parler d'intrigue, c'est la cadette des préoccupations du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Le chouchou de la Croisette, déjà récompensé du prix Un Certain Regard pour Blissfully yours en 2002 puis d'un Prix du Jury deux ans plus tard grâce à Tropical malady reste ancré dans le sillon d'une même démarche. Il est plasticien autant que cinéaste, créateur d'images contemplatives et sensorielles dans lesquelles il se propose d'immerger son public. Le tout dans un enchaînement de très longs plans-séquences souvent immobiles qui s'installent dans la confusion onirique et la perplexité surréaliste.
Pour qui ne parviendra pas à se laisser prendre à cet exercice expérimental et hermétique situé aux antipodes des canons et codes de la production ordinaire, restera quand même une longue scène d'amour, intense et étonnante, entre une princesse et un poisson-chat. Sans doute la séquence la plus torride de la sélection du dernier Festival. Mais bon, sur ce terrain-là la concurrence n'était pas vive....